Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Une Muette bien articulée
dimanche 8 avril 2012 à 16h48

Fondée sur un événement historique – la révolte du peuple napolitain contre le vice-roi espagnol - La Muette de Portici enflamma la Belgique lors d’une représentation à Bruxelles en août 1830, au point de mener le pays à l’indépendance. La Muette eut un succès continu au XIXème siècle, avant de tomber dans l’oubli au XXème. Elle reste néanmoins connue pour son ouverture (très rossinienne) et le duo célèbre, cet « Amour sacré de la Patrie » dont se sont emparés les Belges. Pourtant Aubert, compositeur au style très personnel, Rossini français qui n’aurait pas oublié son Gluck, y déploie ses talents de mélodiste, et deux airs fleuve. Mais, hélas, ce soir-là, certains interprètes n’étaient pas au mieux, même si, dans son ensemble, la distribution rend honneur au livret de Scribe (et Delavigne) par une diction soignée et une prononciation justement expressive. L’autre difficulté de la Muette, c’est elle, ce rôle muet, dansé et mimé. L’actrice Elena Borgoni occupe la scène, mais au prix d’agitations qui peuvent fatiguer, jusqu’au très beau tableau final en vierge napolitaine aux allures de Frida Kahlo. La très classique mise en scène d’Emma Dante donne une cohérence remarquable aux chants, aux danses, aux mouvements de foule, servie par une mise en lumière et des costumes qui font de cette production un spectacle complet. Quoiqu’il soit coproduit avec la Monnaie de Bruxelles, les Belges devront attendre 2015 pour le voir : est-ce par crainte que cette grande Muette dénoue aujourd’hui ce qu’elle avait initié en 1830 ?

Albéric Lagier

Paris, Opéra-Comique 9, 11, 13 et 15 avril Photo © DR