Jeudi 18 juillet 2019
Concerts & dépendances
Salade baroque tourangelle
mardi 30 octobre 2018 à 12h15
Hier, le Giasone de Cavalli à Genève et Versailles, puis de retour en Suisse le King Arthur de Purcell : une année faste pour l’Argentin Leonardo García Alarcón et sa Cappella Mediterranea, devenu l’un des chefs de musique baroque les plus sollicités du moment… À Tours, invité pour la première fois à l’initiative de l’encore jeune festival Concerts d’Automne, dont la troisième édition se déroulait du 12 au 28 octobre, il n’arrivait pas en terrain conquis. Délaissant un répertoire bien établi (Monteverdi, Bach, Vivaldi, Purcell ou son « cher » Cavalli), il se lançait dans une « Carmina Latina », clin d’œil aux Carmina Burana médiévales. Mélange de musiques sacrées et profanes, ce programme constitué d’œuvres espagnoles, portugaise et sud-américaines des XVIe et XVIIe siècles témoigne de la fusion des styles entre Ancien et Nouveau Monde. L’hymne processionnel Hanacpachap, placé en introduction à ce concert, a séduit aussitôt le public. Rencontre étrange entre cette langue quéchua et la polyphonie de la Renaissance pour ce chant de louange qui exalte à la fois la « Joie du ciel » et le « Saint-Esprit ». Il faut beaucoup de talent pour restituer la poésie fragile de ces airs modestes, et les chanteurs de la Cappella Mediterranea et du Chœur de Chambre de Namur n’en manquent pas. Le burlesque et la joie subliment ainsi cette « Salade, constituée de tout et n’importe quoi » (Alarcón) de l’Espagnol Mateo Flecha, et la polyphonie la plus extraordinaire éclate dans le Magnificat de Francisco Correa de Arauxo – chef-d’œuvre authentique et sommet de l’ornementation du Baroque espagnol encore sous influence arabe, qui permet d’apprécier l’un des meilleurs ensembles vocaux actuels. Trois rappels, dont une émouvante chanson d’Ariel Ramirez (le célèbre compositeur de la Misa Criolla) par la soprano Mariana Flores et le guitariste Quito Gato : un répertoire d’une richesse vraiment infinie avec de tels musiciens.
Franck Mallet
 
Tours, Grand Théâtre, samedi 27 octobre, 20h (Photo © B. Pichêne)