Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Philippe Jordan, un hyperactif chez Bruckner
vendredi 19 octobre 2018 à 23h36
A la Philharmonie de Paris, Philippe Jordan dirige la 8ème Symphonie de Bruckner avec l’Orchestre de l’Opéra. Un monument orchestral d’une heure et vingt-cinq minutes, avec bois par trois, huit cors, trois harpes, trois trompettes et un tuba-contrebasse, point de non-retour de la symphonie romantique que le seul Mahler dépassera en gigantisme. Un exploit à la mesure de Jordan, chef aussi hyperactif qu’éclectique, à peine sorti de Tristan et Isolde (Wagner) et de Bérénice (Jarrell – voir ici) à Bastille et Garnier, enchaînant cette semaine ce chef-d’œuvre limite et l’une de ses très courues master-classes avec les pensionnaires de l’Académie-maison, cette fois sur … La Chauve-souris de Johann Strauss (« La valse viennoise, c’est un, deux et - peut-être - trois »). Mais de quelle 8ème Symphonie s’agit-il ce soir, Bruckner - coutumier du fait et déstabilisé par les critiques du chef (wagnérien) Hermann Levi - s’étant lancé dans une série de remaniements de quelques-unes de ses œuvres antérieures qui contribueront à l’empêcher de terminer sa 9ème Symphonie avant de mourir en 1896 ? Tels Eugen Jochum, Sergiu Celibidache ou Karl Böhm, Jordan a choisi la version Nowak – 1955 (en presque clair : un mélange des deux premières versions, moins les retouches opérées par le musicologue Haas en 1939). De ces illustres prédécesseurs, il perpétue le sens de grands développements, des crescendos menant à un ciel inaccessible, et surtout ce « sentiment d’attente » qui, pour Jochum, était le secret de cette musique. Avec son excellent Orchestre de l’Opéra, il ne cultive pas, en revanche, l’aspect « granitique » des phalanges de tradition germanique. Qu’en sera-t-il avec son orchestre viennois ? 
François Lafon

Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez, 19 octobre. Diffusion ultérieure sur France Musique
(Photo © Jean-François Leclercq)