Jeudi 18 juillet 2024
Concerts & dépendances
Opéra de Lyon : Rossini sauvé par le gong
dimanche 29 janvier 2023 à 19h41
La véritable vedette de Moïse et Pharaon, opéra biblique dans sa version française de 1827, et représenté cet été à Aix (voir ici), est sans nul doute son compositeur. Tout en puisant par-ci par-là, comme de coutume, dans son répertoire buffa ou seria, Rossini tourne le dos à ces deux genres pour mitonner une partition aux souffles impressionnants, métamorphosée par sa francisation : ici, nul bel canto, mais une sublimation du verbe déclamé. Cette capacité, pour un Italien, d’endosser le goût français fait penser à Lully tandis que, côté livret, Etienne de Jouy s’est élevé au niveau des Corneille et Quinault. Et cela, pour annoncer Nabucco…  Avec l’opulent orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par un Daniele Rustioni toujours aussi inspiré, Rossini ne pouvait être mieux servi, sans oublier les chœurs de ce même Opéra, décidemment à faire pâlir d’autres réputés plus grands. Les chanteurs forment un ensemble de haut niveau (avec une mention particulière pour le Moïse de Michele Pertusi et la Sinaïde de Vasilisa Berzhanskaya…), si l’on excuse Anaï et Aménophis, deux jeunesses pleines d’énergie, mais de là à en faire deux pantins gesticulant et tonitruant, c’est une limite qu’il n’était pas utile de franchir. Suivons maintenant le déroulement de ce Moïse main dans la main avec le metteur en scène, Tobias Kratzer, vaillant soldat de l’école allemande du Regietheater, laquelle, en un demi-siècle, de novatrice s’est muée en académisme. Au premier acte, l’ennui qu’il instille sur toute la moitié Cour de la scène gagne immanquablement le spectateur. Soulagement au début du deuxième acte (introduit avec cette élégante énergie qui fait la signature de Daniele Rustioni) car, dramaturgie oblige, il se passe dans la pénombre et la léthargie. Un moment de grâce. Le ballet du troisième acte ? Cela n’a aucun sens, déclare Kratzer. Heureusement, le chorégraphe Jeroen Verbruggen n’est pas de cet avis, et c’est un autre moment de grâce - il y en aura d’autres encore. A force de tant de conventions, on craint le pire pour le quatrième acte, le franchissement de la Mer Morte. Kratzer va-t-il nous servir zodiacs et gilets de sauvetage ? Eh bien, oui. Ce pourrait être une blague ? Non, pas du tout.  Las, il cède la place à la vidéo de Michael Braun, plaisante à voir, puis, dernier moment de grâce, au chœur dispersé au parterre.. Alors les privilégiés qui y siègent auront cette impression jouissive d’avoir assisté à une représentation mémorable, ce qui est vrai, mieux encore les yeux fermés (sauf pour le ballet, naturellement), sauvée par le gong.
Albéric Lagier
 
Opéra National de Lyon les 20, 22, 24,26, 28, 30 janvier et 1er février. Coproduction Opéra de Lyon, Festival d’Aix-en-Provence et Teatro Real de Madrid.  (Photo © DR Opéra National de Lyon)

 

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