Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
La Métamorphose : Kafka, l’inouï et l’in-vu
samedi 13 juin 2015 à 00h18

A l’Athénée dans le cadre du festival Manifeste 2015 (Ircam) : La Métamorphose, opéra de Michaël Levinas d’après Kafka. Une recréation, quatre ans après la première à Lille dans une mise en scène de Stanislas Nordey. Cette fois, Maxime Pascal et ses musiciens du Balcon font équipe avec le vidéaste-plasticien Nieto pour raconter l’histoire du jeune homme qui se réveille un jour métamorphosé en vilain insecte. Une histoire aussi inmontrable (Kafka ne voulait pas de cancrelat sur la couverture du livre) que difficile à mettre en musique, eu égard à la trivialité « ni fantastique, ni pré-surréaliste » (Levinas) du texte. Habile subterfuge : le ton est donné dans le prologue, où trois bouches carmin (on pense à Pas moi de Beckett sur la même scène – voir ici) profèrent un étrange poème (Je, tu, il) du dramaturge Valère Novarina, sur une musique venue de partout et de nulle part (technique Ircam), ponctuée de non moins étranges jaillissements vocaux (« une musique qui n’arrêtera plus de chuter », dit Levinas). Autour de ce leitmotiv s’organise un univers sonore aussi inouï (au sens propre : jamais ouï) que sont à la fois « in-vues » et truffées de références picturales et cinématographiques les images de Nieto : métamorphosé à la plastique d’athlète sous une gangue poisseuse (le formidable contre-ténor Rodrigo Ferreira, dont la voix se mêle – toujours la technique Ircam - à celle du créateur Fabrice Di Falco), famille plus inquiétante encore que le monstre qu’elle rejette (avec soeur à visage multiple, telle Roberte dans Jacques ou la soumission de Ionesco), musiciens-lucioles cernant l’aire de jeu. Tout cela exaltant et au bord de l’insoutenable, impeccable binôme kafkaïen. Une réussite de plus pour Le Balcon, depuis trois ans en résidence à l’Athénée (lequel ferme pour travaux la saison prochaine), et obligé de procéder à un appel aux dons pour poursuivre son excellent travail (www.lebalcon.com).

François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 16 juin