Jeudi 23 mai 2019
Concerts & dépendances
Georg Solti - Christoph von Dohnanyi, l'étrange filiation i
jeudi 11 octobre 2012 à 01h00

A Pleyel, Christoph von Dohnanyi dirige l’Orchestre de Paris dans Le Château de Barbe-Bleue de Bela Bartok. Opéra en concert ou opéra de concert, ce dialogue intime d’une heure sur fond de grand orchestre ? Opéra mental en tout cas, puisque ce château aux portes verrouillées n’est autre que l’âme du monstre. En Barbe- Bleue, Matthias Goerne, tourmenté comme il le faut ; en Judith, sa dernière épouse, Elena Zhidkova, plus extérieure. Dohnanyi, lui-même d’origine hongroise, rend hommage à Georg Solti, qui aurait eu cent ans le 21 octobre, et avait dirigé l’ouvrage pour sa prise de fonction à la tête de l’orchestre (1972) ainsi que pour ce qui devait être son dernier concert avec celui-ci (1995). C’est par ailleurs Solti qui lui avait mis le pied à l’étrier, en le choisissant comme assistant à l’Opéra de Francfort dans les années 1950. Une affaire de famille artistique ? Pas vraiment, car Dohnanyi a le geste souple et la fibre chambriste, là où Solti menait son orchestre comme une machine de guerre. En première partie, une Symphonie « Italienne » de Mendelssohn particulièrement lumineuse, comme pour conjurer les ténèbres bartokien. Un contraste risqué, bien dans l’esprit de Solti, lui.

François Lafon

Belà Bartok Photo © DR