Jeudi 23 mai 2019
Concerts & dépendances
Festival Enescu 3 : Gurrelieder, première
jeudi 12 septembre 2013 à 09h57

Les Gurrelieder de Schönberg n’avaient jamais été entendus en Roumanie. C’est chose faite depuis le 7 septembre : concert-événement qui fut l’un des points forts du Festival Enesco. L’œuvre, entreprise en 1900, ne fut créée en 1913. Elle valut à Schönberg son plus grand triomphe public, mais ce triomphe fut en quelque sorte posthume : il avait dans l’intervalle radicalement évolué et produit une série d’ouvrages à scandale, alors que par leur sujet (une légende danoise relatant avec ses funestes conséquences l’amour d’un roi pour une jeune fille nommée Tove), le gigantisme de leurs effectifs instrumentaux et vocaux et leur durée de plus d’une heure et demie, les Gurrelieder s’inscrivaient dans la grande tradition romantique. Bertrand de Billy devait diriger. Il a été remplacé par le Britannique Leo Hussain, qu’on avait entendu le 5 à la tête de la Philharmonie de Moldavie dans des pages de Maxwell Davies et Birtwistle. Hussain, qui souhaitait depuis longtemps s’attaquer aux Gurrelieder, n’eut que très peu de temps pour se préparer. Il s’en est tiré avec les honneurs, comme aussi bien le chœur que Janina Baechle dans le Lied der Waldtaube (Chant du Ramier). Avant d’être interprété « normalement » en Sprechgesang, le texte de l’épisode suivant la fantastique « Chasse sauvage du vent d’été », juste avant le grandiose chœur final, a été simplement récité en roumain par l’acteur Victor Rebengiuc, vétéran des scènes du pays, dans un souci de meilleure compréhension. Il va de soi que les bruyantes manifestations d’enthousiasme du public à l’issue du concert se seraient produites en tout état de cause.

Marc Vignal

Photo © DR