Samedi 20 juillet 2019
Concerts & dépendances
Festival d’Ambronay – Humain, trop humain Orphée
mardi 19 septembre 2017 à 15h58
Révélé à Ambronay en 2006, alors qu’il n’était qu’un simple stagiaire venu suivre les cours du chef Gabriel Garrido, son compatriote argentin, Leonardo Garcia Alarcon a acquis en dix ans une renommée internationale, non seulement à la tête de son ensemble Cappella Mediterranea fondé en 2005, ou comme directeur artistique du Chœur de chambre de Namur, mais aussi comme nouvel interprète du répertoire baroque, en particulier italien : Cavalli, Falvetti, Vivaldi et bien sûr Monteverdi. En résidence durant quatre ans à l’abbaye, il est depuis trois ans « artiste associé » du Centre culturel de rencontre, et à ce titre, il dirigeait le concert d’ouverture du premier week-end d’Ambronay avec « son » Orfeo de Monteverdi – qu’il remettait sur le métier, avec une nouvelle équipe de solistes. Ses enregistrements monteverdiens récents (Les Vêpres et les albums « Piazzolla-Monteverdi » et « 7 péchés capitaux ») l’ont montré soucieux de restituer la richesse infinie des émotions contenue dans le théâtre musical de Monteverdi.
Plus expérimenté dans sa direction, plus fin aussi, le chef empoigne l’ouvrage avec une maîtrise qui l’honore dans la clarté et l’équilibre des plans et une attention sans faille au chant. On goûte le rôle quasi soliste de la harpe (Marie Bournisien) qui, grâce à son art de l’ornementation, confère à cet Orfeo une assise médiévale. Avec une distribution homogène, dominée par le ténor Valerio Contaldo (photo), exceptionnel rôle-titre, le chef donne la ligne directrice de l’ouvrage, tournée vers la grande lamentation du cinquième acte – qui « devrait conclure l’opéra » selon Alarcon, alors que celui-ci s’achève sur « le très beau duo entre Orphée et Apollon, clairement ajouté » pour éviter un final dramatique. Si Contaldo (et le chef ?) n’ont pas forcément raison d’en faire un personnage ambigu et charmeur, voire « donjuanesque » au troisième acte, face à un Charon/commandeur (la basse Salvo Vitale), son interprétation du cinquième acte restera dans les mémoires, tant le ténor y incarne à la perfection la grandeur et le tragique si humain de son personnage. La Musica/Eurydice de Mariana Flores (qui débutait à l’Opéra de Paris la saison dernière dans Eliogabale) est d’un niveau comparable : timbre cuivré, souplesse et noblesse d’une voix à la sensibilité idéale dans un tel répertoire ; des qualités qu’elle partage avec la mezzo Anna Reinhold (complices dans Cavalli, aussi !) dans les rôles de la sombre Proserpine (acte IV !) et de L’Espérance. Enfin, une mention spéciale au jeune Britannique Nicholas Scott, venu tout comme Reinhold du Jardin des Voix de William Christie : ténor prompt à endosser différentes expressions, de celui de berger à celui d’esprit des enfers, tout en donnant l’Écho à Orphée. Des louanges qui s’adressent aussi bien à la Cappella Mediterranea qu’au Chœur de chambre de Namur – même si leurs claquements de main pour accompagner en rythme le final des nymphes et des bergers paraissait, quoique bon enfant, un brin déplacé (*).  
À l’inverse, le lendemain, la prestation de l’Arpeggiata de Christina Pluhar ne suscitait que gêne et questionnements. Comment se fait-il que la formation ne soit plus que l’ombre d’elle-même, avec une pauvreté sonore qui n’a d’égale que le jeu uniforme appliqué tant à Monteverdi qu’à Cavalli et Sances, y compris par Doron Sherwin, joueur de cornet à bouquin si accompli jusque-là ? En vedette, le contre-ténor Philippe Jaroussky offrait une prestation sans éclat, réussissant à chanter de la même manière des airs pris chez Monteverdi (Orfeo, Couronnement de Poppée), Cavalli (La Calisto, Il Giasone, L’Ormido) et Purcell (en bis Remember me de Didon et Enée) – un comble…  
Franck Mallet
 
16 et 17 septembre, Abbatiale, Ambronay. (Photo : Valerio Contaldo©Bertrand Pichène)
 
(*) Orfeo diffusé sur France Musique le 24 septembre, à 20h 
 
À venir : week-end 2 : avec Karina Gauvin et Le Concert de la Loge (22/09 ), La Résurrection de Haendel dirigé par O. Dantone (23/09) et Les Cris de Paris, dir. G. Jourdain (24/09).
Week-end 3 : Ensemble Céladon & Paulin Büngen (28/09), Messe en si de Bach dirigée par G. Schwarz (29/09 à Lyon, Correspondance, dir. S. Daucé, Canticum Novum, dir. E. Bardon (30/09) et Les Arts Florissants, dir. P. Agnew (01/10). 
Week-end 4 : Capella Sanctae Crucis, dir. T. Simas Freire (05/10) et Un Requiem imaginaire par J.-F. Zygel, Spirito, dir. N. Corti (06/10).