Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances
jeudi 25 septembre 2014 à 23h29

Rentrée musicale au théâtre de l’Athénée : Canti d’amor, musique de Monteverdi, par l’Ensemble des jeunes du Muziektheater Transparant (Antwerpen, Belgique). Wouter Van Looy, le metteur en scène, a imaginé un montage d’extraits de madrigaux à partir de l’Arianna, considéré à son époque comme le plus bel opéra de Monteverdi, dont le livret nous est parvenu mais pas la musique, si ce n’est un Lamento célèbre. Belle idée a priori que cet opéra en creux, nourri de pièces qui sont comme un atelier du théâtre en musique. « Certains chanteurs ont ce talent incroyable de rendre leur imagination visible avec leur voix et la présence de leur corps, presque sans rien faire. Les jeunes ont fréquemment ce talent, qu’ils perdent souvent quand ils veulent approfondir les techniques de chant et de dramaturgie », explique Van Looy dans sa déclaration d’intention. Mais l’exercice est un peu ardu pour la quinzaine de stagiaires à la technique encore verte, ayant pour tout bagage un scénario assez incompréhensible fondé sur l’idée que l’on ne ressent ni n’exprime mieux l’amour et ses tourments que lorsqu’on est jeune et inexpérimenté. Autre atmosphère, autre monde dans la fosse, où le chef Nicolas Achten dirige un ensemble non moins jeune mais remarquablement au point, accréditant l’idée que le madrigal est un théâtre pour l’oreille auquel la scène ne peut offrir qu’un complément redondant.

François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 28 septembre. Le 26 septembre à 19h : présentation par le musicologue Philippe Cathé Photo © DR

samedi 20 septembre 2014 à 01h14

Nouvelle présentation du Barbier de Séville de Rossini à l’Opéra Bastille, empruntée au Grand Théâtre de Genève. Pourquoi pas - en ces temps de restrictions budgétaires - une reprise de la mise en scène plutôt réussie de Coline Serreau, au répertoire depuis 2002 ? Volonté de Stéphane Lissner, nouveau directeur de la maison, de rompre avec le passé ? On jurerait en tout cas que le spectacle signé Damiano Michieletto a été conçu pour le plateau géant de Bastille, avec sa maison tournante de trois étages, où l’on suit comme au cinéma les courses poursuites et les parties de cache-cache des protagonistes, mais aussi la vie très animée de tout un petit peuple. « Je préfère appréhender les œuvres de Rossini en m’appuyant sur des références modernes », explique Michieletto, qui ne fait en cela que suivre la mode. De fait, son actualisation mi-Pedro Almodovar mi-Dino Risi, inventive, souvent drôle, débouche sur une interprétation plutôt traditionnelle de l’ouvrage (rien n’empêche la jeunesse de s’émanciper), là où celle de Coline Serreau (l’Afrique du nord, une fille échappant à un mariage forcé) posait des questions plus actuelles, en tout cas plus aigues. Plateau équilibré, où l’on retrouve quelques grands titulaires (Karine Deshayes en Rosine, Dalibor Jenis en Figaro), direction vivante et précise du spécialiste Carlo Montanaro. Deux distributions en alternance : peut-être à l’usage le spectacle acquerra-t-il le grain de folie alla Marx Brothers qui lui manque encore et le rendra totalement irrésistible.

François Lafon

Opéra National de Paris Bastille, jusqu’au 3 novembre. Diffusion en direct au cinéma le 25 septembre et sur Culturebox à partir du 26 septembre. En différé sur France 3. Photo © Opéra de Paris - B. Coutant

jeudi 18 septembre 2014 à 00h04

A l’Oratoire du Louvre, Skip Sempé dirige le Requiem de Gilles revu et augmenté à l’occasion du service funèbre de Rameau (même lieu le 27 septembre 1764). Même plateau que pour le disque (voir ici), mais version encore plus étoffée d’ajouts ramistes. Un beau monstre pour un chef-d’oeuvre qui en a vu d’autres, utilisée pour les funérailles de Louis XV ainsi que pour celles, entre autres, de Campra, Stanislaw Leszczynski et Gilles lui-même, lequel s’en était réservé la primeur après l’avoir refusé à un commanditaire mauvais payeur. Etrange choix tout de même que cette musique typiquement XVIIème - bien que réinstrumentée et carrément postdatée dans les années 1760 - pour honorer un des compositeurs les plus novateurs du XVIIIème, provocation même lorsque la soprano (la charmante Judith van Wanroij) se lance dans un Pie Jesu mis en musique à l’italienne par Domenico Alberti, comme si Rameau n’avait pas représenté le parti français dans la Querelle des Bouffons. L’ensemble se tient pourtant, parce que le plateau est somptueux (magnifique Collegium Vocale de Gand, le choeur de Philippe Herreweghe), et que Skip Sempé s’entend à y faire souffler l’esprit qui réunit l’église et l’opéra.

François Lafon

Oratoire du Louvre, Paris, 17 et 18 septembre, dans le cadre de Terpsichore 2014. Autres concerts les 25 et 26 octobre, salle Erard (Skip Sempé - Pierre Hantai - Olivier Fortin, clavecin) - www.terpsichore-festival.com

lundi 15 septembre 2014 à 14h36

Jouer dans un même concert du pianoforte et du piano moderne, pourquoi pas ? Cela se pratique assez couramment, avec des œuvres de la même époque, c’est-à-dire de la fin XVIIIème, ou d’époques très différentes. Dans le cadre des Journées romantiques qui ont lieu sur la Péniche Anako amarrée dans le bassin de la Villette à Paris, Daniel Isoir et Michel Benhaïem ont interprété la transcription pour piano à quatre mains, du Sacre du Printemps de Stravinski, réalisée par le compositeur lui-même. Ce dernier ne chercha pas tant à reproduire au piano les timbres de l’orchestre, ce que pourtant en certains passages il réussit brillamment, qu’à en mettre en valeur les possibilités harmoniques et percussives. L’œuvre est d’une force telle que l’auditeur reconstitue aisément. Avant Stravinsky, Carl Philipp Emanuel Bach et Mozart étaient prévus au programme avec une des très capricieuses fantaisies du premier et la vaste sonate pour quatre mains en fa majeur KV 497 du second. Elle aurait pu faire contrepoids au Sacre, mais elle fut remplacée par les plutôt sages variations en sol majeur KV 501, probablement sur un thème de Mozart lui-même, et complétée par le rondo en la mineur qui apporta une touche de poésie.

Marc Vignal

Péniche Anako, 14 septembre 2014. La programmation de ces Journées est étalée sur une bonne semaine, avec des formations et des compositeurs très divers. Photo © DR

vendredi 12 septembre 2014 à 00h23

Concert de rentrée de l’Orchestre de Paris à Pleyel – en attendant la Philharmonie début 2015 : Maxim Vengerov joue le Concerto pour violon de Brahms. Curiosité : adulé il y a vingt ans, talonné par son condisciple Vadim Repin- comme lui élève du maître Zakhar Bron à Novossibirsk -, accusé d’abuser des défauts de ses qualités (précocité/facilité, brillant/superficialité, émotion/sentimentalisme), il a redoré son blason, entre autres en pratiquant la direction d’orchestre. Tel qu’en lui-même cependant : le cœur sur la main, la sonorité à peine moins riche qu’à ses débuts, il prend tous les risques, néglige par moments la justesse mais emporte son public. Curieux attelage que ce grand lyrique face à Paavo Järvi, brahmsien cérébral, menant un orchestre impeccable comme un général ses troupes, sans pourtant entraver le soliste, lequel se lance à la fin du premier mouvement dans une cadence à haut risque, véritable pièce de concert au sein du concerto, et se défoule en bis en annonçant « un cadeau. Jules Massenet, Thaïs, pas tout : la Méditation ». Dix minutes de kitch succulent, ovation de la salle. Une façon d’annoncer la seconde partie française : 3ème Symphonie de Roussel, La Valse de Ravel. Järvi parfait pour déchaîner la folie rythmique de la première sans oublier de mettre en valeur les solistes qui sont la force de l’orchestre, un peu trop rationnel pour aller jusqu’au bout des dérapages grinçants du trois temps ravélien.

François Lafon

Salle Pleyel, Paris, 10 et 11 septembre Photo © DR

"Grande ouverture festive" du Festival Berlioz à La Côte Saint-André. Cette année : "Berlioz en Amérique, au temps des révolutions industrielles". Rutilantes à l'entrée de l'usine-pensionnat Girodon de Saint-Siméon-de-Bressieux - vestige du temps où les soyeux faisaient vivre la région -, les deux cloches de la Symphonie fantastique fondues l'année dernière. Pour commencer, jeux anciens, cavalière en amazones, machines d'époque; pour finir, envol de montgolfière (préparée par un Montgolfier pure souche), bal cajun et feu d'artifice. Foule compacte sous la grande verrière et dehors devant un écran géant pour la reconstutution du "concert monstre" imaginé par Berlioz en 1844 à l'occasion de l'Exposition à Paris des produits de l'industrie. En honorant Berlioz novateur, inventeur du concept de festival, agitateur d'idées autant que musicien, le directeur Bruno Messina traite le sujet, et tout le sujet. Berlioz n'est jamais allé en Amérique ? Non, mais il en a rêvé, et a été tout autant un enfant de l'ère industrielle qu'un romantique cheveux au vent. A concert monstre, programme monstre, mélange de tubes de l'époque et de déjà grands classiques, de chefs-d'oeuvre universels et d'hymnes cocardiers, terreau commun du mélange shakespearien (ou hugolien) de grotesque et de sublime, de concessions et d'innovations qui font le génie berliozien. Pas loin de mille participants, orchestres Symphonique de Mulhouse et des Pays de Savoie, choeur (professionnel) Emelthée et choeurs amateurs de la région réunis sous la baguette de Nicolas Chalvin, assez ferme pour fédérer les troupes et organiser le choc de Spontini avec Beethoven, de Gluck et de Meyerbeer, d'Auber et de Mendelssohn, et bien-sûr de Berlioz avec Berlioz, dont l'Hymne à la France rejoint le choeur du Charles VI d'Halévy ("Jamais l'Anglais ne règnera"), et dont la Marche au supplice de la Symphonie fantastique sonne comme un pied-de-nez dans un tel contexte. Deux Marseillaise (orchestration Berlioz) pour finir. Pièce de concert ou hymne national? Le public, édiles compris, ne s'est levé que la seconde fois.

François Lafon

Festival Berlioz, La Côte Saint-André, du 21 au 31 août. www.festivalberlioz.com Photo © DR