Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances
samedi 31 mars 2012 à 00h32

A l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, premier tableau de l’acte III des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1 h 20 de musique), tel qu’il a été créé au Palais Garnier en 1897, dans la traduction française d’Alfred Ernst. Un projet risqué mené par deux chercheurs, Aurélien Poitevin et Rémy Campos. Le décor en trompe-l’œil, les costumes Renaissance sont comme à l’époque, et les chanteurs respectent la rhétorique gestuelle qui a prévalu à l’opéra (et chez les politiques, lesquels imitaient les artistes) jusqu’à ce que les metteurs en scène de théâtre viennent tout chambouler. Seul manque l’orchestre (sur instruments d’époque ?), remplacé par un piano (moderne). Dépaysement garanti, mais pas autant qu’on pourrait l’espérer. Sans démériter (Didier Henry est très émouvant en Hans Sachs), les interprètes sont désespérément de notre temps. On imagine les créateurs plus « monstres sacrés », plus « en représentation », maniant la déclamation française sans se soucier d’une version originale que le public n’avait de toute façon pas dans l’oreille. Pourquoi alors ce « à la manière de… » ? Pour retrouver l’innocence originelle, pour montrer que la fidélité à la lettre - même un siècle après - révèle mieux l’esprit d’une œuvre que nos actuelles relectures ? Les maîtres d’œuvre viennent de sortir un gros livre intitulé La Scène lyrique autour de 1900. A suivre dans Musikzen. 

François Lafon

Opéra National de Paris Bastille, Amphithéâtre, 30 et 31 mars à 20h. Photo © DR

vendredi 30 mars 2012 à 20h22

Lo Speziale aux Athévains, Orlando Paladino au Châtelet, maintenant Il Mondo della Luna : trois opéras de Haydn à Paris depuis le début de l’année, mais trois réalisations très différentes ! Il est possible de « réduire » un opéra, si sa musique et sa dramaturgie s’y prêtent. C’est le cas d’Il Mondo della Luna, « dramma giocoso per musica » en trois actes sur un livret d’après Goldoni (1777). Au Théâtre Mouffetard, l’orchestre est remplacé par un simple pianoforte, à l’exclusion de tout autre instrument, et le nombre de personnages limité à cinq, au lieu des sept de l’original. Manquent Flaminia, une des filles du barbon Buonafede, et son amoureux Ernesto : les deux parties « sérieuses » de l’ouvrage. Le spectacle dure 1h 35’, au lieu des 2h 15’ de l’opéra dans son intégralité. Même les personnages retenus se voient privés de certains airs : Buonafede de son anthologique « Che mondo amabile » à l’acte II. Sans doute parce que là justement, les couleurs orchestrales sont primordiales, impossibles à rendre au seul pianoforte. Le finale de cet acte est amputé de son début. Mais miracle : la musique de Haydn renverse la situation. Grâce à elle, on dresse plus d’une fois l’oreille (finale de l’acte I au moment du supposé envol vers la lune), grâce aussi aux interprètes, à la tête desquels on a envie de placer Anna Reinhold, très présente vocalement et scéniquement en servante Lisetta. La mise en scène d’Alexandra Lacroix évoque la première expédition vers la lune, en juillet 1969.

Marc Vignal

Théâtre Mouffetard, Compagnie Manque Pas d’Airs. Jusqu’au 21 avril Photo © Accent tonique

dimanche 25 mars 2012 à 12h35

Au Théâtre de la Colline, Les Autonautes de la cosmoroute, une création collective d’après Julio Cortazar et Carol Dunlop, par la compagnie Jakart et Mugiscué. En 2010, un groupe de huit acteurs réitère le pari fou tenu vingt-huit ans plus tôt par l’écrivain franco-argentin et sa compagne : faire, en camionnette Volkswagen Combi rouge, le voyage Paris-Marseille sans quitter l’autoroute, en faisant escale sur soixante-cinq aires de stationnement, à raison de deux par jour. Le spectacle, fou lui aussi, mêle les deux expériences. Première scène : quatre filles et quatre garçons assis en rang d’oignon, huit voix soigneusement accordées décrivant les lieux, les bruits, les événements, la végétation, le monde vu depuis « cette grande voie qui s’étalait en vain depuis des années, devant nos yeux scellés par l’ignorance. » On pense à l’Octuor de Schubert (clarinette, basson, cor, deux violons, alto, violoncelle, contrebasse), un des compositeurs favoris de Cortazar. Au fil du voyage : solos, duos, trios, thèmes récurrents, ruptures façon Schumann, mélodie continue wagnérienne (le Combi s’appelle Dragon Fafner), musique concrète à la Pierre Schaeffer (la circulation de jour et de nuit), chansons variées, de Kate Bush à Delphine Seyrig chantant Carlos d’Alessio. On sort de ce délire très fin avec la même impression d’équilibre qu’après un bon concert de chambre. Et en plus, on rit.

François Lafon

Théâtre National de la Colline, Paris, Petite Salle, jusqu’au 19 avril - Julio Cortazar et Carol Dunlop : Les Autonautes de la cosmoroute (Gallimard, collection « Du Monde entier », 1982, hélas! épuisé) Photo © Elisabeth Carecchio

lundi 19 mars 2012 à 01h19

Reprise à l’Opéra Bastille du Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène du cinéaste Michael Haneke (2006). L’histoire d’un prédateur sexuel qui se croit au-dessus des lois et s’étonne d’être tout à coup harcelé par ses victimes, dans le cadre glacé d’une tour de la Défense. Le décor est « bleu Sofitel », comme le remarque un directeur de maison de disques habitué à voyager. Suivez son regard… Outre cette actualité inespérée, le spectacle n’a rien perdu de sa charge explosive, ne serait-ce que parce que Peter Mattei, seul rescapé de la distribution d’origine, est plus impressionnant encore en arriviste suicidaire. Problème récurrent : Mozart passe mal à la Bastille. Les dames (Véronique Gens, Patricia Petibon, Gaëlle Arquez, valeureuses) doivent forcer la voix, et Leporello (David Bizic) est bien souvent inaudible, malgré le soin de Philippe Jordan à équilibrer la scène et la fosse. Mais la salle est pleine, et elle a sept-cents places de plus que le Palais Garnier, où le spectacle a été créé.

François Lafon

Opéra de Paris Bastille, 21, 23, 25 mars, 3, 8, 12, 14, 19, 21, avril Photo © DR

dimanche 18 mars 2012 à 00h57

Au Châtelet, création parisienne d’Orlando Paladino, dramma eroicomico de Joseph Haydn d’après l’Arioste. Spectacle branché : Kamel Ouali à la mise en scène, Nicolas Buffe aux décors et costumes. Le Landerneau opératique s’attendait au pire. Le chorégraphe de la Star Ac’ reconverti dans le « spectacle musical » (Le Roi Soleil, Dracula) et le graphiste design branché manga : le chef-d’oeuvre de Haydn – même dans le domaine, secondaire pour lui, de l’opéra – ne méritait pas cela. Surprise, la greffe prend. Cette histoire échevelée, avec guerrier fou d’amour, valet vantard, méchant ontologique et magicienne facétieuse, cette série B à la musique triple A (et plus encore) devient une grande BD pur manga mâtinée de Star Wars et de music-hall bien de chez nous, sans pour autant tomber dans le n’importe quoi : l’histoire est racontée, la musique est mise en valeur, les chanteurs sont en situation. Tous impeccables, les chanteurs, comme le chef Jean-Christophe Spinosi, décidément capable du moins bon, mais aussi, comme ici, du meilleur. Standing ovation, final bissé. Il ne faut décidément  jurer de rien.

François Lafon

Châtelet, Paris, 19, 21, 23, 25 mars Photo © Théâtre du Chätelet

vendredi 16 mars 2012 à 09h45

Concert d’airs d’opéras de Massenet au Palais Garnier par l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, un mois après un récital collectif de mélodies du même Massenet à l’Amphithéâtre Bastille. Une manière d’enrichir un anniversaire plutôt morne (Massenet est mort le 13 août 1912), lancé par la vilaine Manon de l’Opéra Bastille. Programme équilibré : du Manon et du Werther, un peu de Don Quichotte et d’Hérodiade, mais aussi des raretés, Le Jongleur de Notre-Dame, Grisélidis, Roma, La Vierge, Cendrillon. Il n’y a pas que des pépites dans tout cela. Massenet avait intégré l’air du temps (à commencer par le wagnérisme), mais il le mettait au goût du public Troisième République. Réponse du berger à la bergère : le chant des sirènes de son opéra Ariane (1906) n’a pas échappé à Richard Strauss quand il a composé son Ariane à Naxos (1912). Treize stagiaires de l’Atelier pour affronter ce répertoire musclé, tous prêts pour la carrière. Parmi eux, deux oiseaux rares : Marianne Crebassa (mezzo) et Cyrille Dubois (ténor). Massenet, c’est connu, composait pour les oiseaux rares.

François Lafon

lundi 12 mars 2012 à 15h43

Depuis les années 1980, Parsifal a changé de nature. Adieu le rituel sacré, étouffant et post-IIIème Reich du metteur-en-scène Wieland Wagner et du chef Hans Knappertsbusch, bienvenue à un ouvrage humain et « discutable », un opéra (presque) comme les autres. Cinéaste, familier du Cirque du Soleil comme du Metropolitan Opera, le Québécois François Girard est de cette nouvelle famille. Pas plus que ses collègues Roberto Castellucci (à Bruxelles) et Krzysztof Warlikowski (à l’Opéra de Paris), il ne cherche, à l’Opéra de Lyon, le sublime en continu : friche volontaire pour le touffu acte I, onirisme de science-fiction au II, puissance symbolique au III. Plateau international dominé par Georg Zeppenfeld, Gurnemanz élégant, endurant et d’une hypnotique musicalité. À la tête d’un orchestre et de chœurs en grande forme, Kazushi Ono rappelle que Debussy ( Pelléas et Mélisande, Le martyre de Saint-Sébastien), Dukas, Mahler, Schönberg, Sibelius et Zemlinsky ne se sont jamais remis de Parsifal.

Frank Langlois


Opéra National de Lyon, 14, 17, 20, 23, 25 mars. Photo © Opéra de Lyon
 

vendredi 9 mars 2012 à 10h19

Reprise de La Veuve joyeuse de Franz Lehar au Palais Garnier dans la mise en scène de Jorge Lavelli. Un spectacle mal-aimé. En 1997, le public d’opéra avait lâché Lavelli après l’avoir idolâtré. Avec cette Veuve plus grinçante que joyeuse, il écornait un mythe viennois, mais aussi français. Karita Mattila et Bo Skovhus parlant gros sous entre deux tours de valse dans un décor évoquant un hall de banque ne cadraient pas avec le gai Paris selon Maurice Chevalier dans le film de Lubitsch ni avec l’ « Heure exquise qui nous grise » de la VF signée Flers et Caillavet, rois du boulevard de la Belle Epoque. Avant Lavelli, Maurice Béjart lui-même s’y était cassé les dents, en mariant Hanna et Danilo dans les tranchées de la Grande Guerre. Hier le public, très Opéra Comique (jeune couple invité par les parents, vieille dame se rappelant Jeanne Aubert et Jacques Jansen à Mogador en 1942), applaudissait plutôt le cancan, très enlevé, que les inquiétantes Walkyries-chauves-souris lançant des flammes au tableau final. Gros succès aussi pour Susan Graham, moins sexy que Mattila mais chantant à ravir, et Skovhus, fringuant comme il y a quinze ans. Applaudissements même pour le chef, catastrophique, couvrant les voix et cassant le rythme dialogues-musique en faisant systématiquement partir l’orchestre trop tôt ou trop tard.

François Lafon

Opéra National de Paris Palais Garnier, les 11, 14, 16, 19, 22, 26, 29 mars, 2 avril Photo © Opéra de Paris

mardi 6 mars 2012 à 09h35

Dernier concert du cycle Beethoven commencé l’année dernière à Pleyel par Bernard Haitink avec le Chamber Orchestra of Europe. « J’ai atteint ce que je voulais : un son léger et transparent, dans un tempo vif », déclarait Haitink au Figaro en janvier 2011. « Diriger un orchestre symphonique, c’est un peu comme piloter un énorme paquebot. Pour tourner, il faut commencer à manœuvrer des kilomètres en avance. Le COE est au contraire extrêmement réactif. » Main droite imperturbable, main gauche économe, le vieux chef se fait sa musique intérieure. Dans la 1ère Symphonie, son d’ensemble terne, mais solistes impeccables. Dans la 9ème, manquent les grandes orgues des énormes paquebots haitinkiens, le Concertgebouw d’Amsterdam, la Staatskapelle de Dresde, le Symphonique de Chicago. Il y a vingt ans, avec le même Chamber Orchestra of Europe, Nikolaus Harnoncourt a déclenché une petite révolution dans l’interprétation beethovénienne. Haitink tient compte du message, mais reste au milieu du gué. Comme si l’Hymne à la Joie n’annonçait plus des lendemains qui chantent.

François Lafon

samedi 3 mars 2012 à 11h02

Année Debussy à l’Opéra Bastille : reprise de Pelléas et Mélisande dans la mise en scène de Bob Wilson. Distribution soignée (une très jolie Mélisande : Elena Tsallagova), direction sensible de Philippe Jordan. Le spectacle, filmé par le spécialiste Philippe Béziat, sera diffusé en direct le 16 mars sur operadeparis.fr et medici.tv, et visible en streaming pendant trois mois. Un classique : salle bondée, public rajeuni. Quinze ans après sa création dans le cadre plus intime (tout est relatif) du Palais Garnier, le rituel wilsonien fascine encore : lent ballet de silhouettes isolées dans un espace vide aux lumières étudiées, mouvements évoquant à la fois le théâtre nô et la gestique électronique du groupe Daft Punk. Or aujourd’hui, la photo paraît floue : les éclairages dérapent, les lignes de force sont émoussées. Simple décalage, fréquent à l'opéra. Qui oserait penser que Bob Wilson est démodé ?

François Lafon

Opéra National de Paris Bastille,  5, 8, 11, 14, 16 mars. Photo © Opéra de Paris

jeudi 1 mars 2012 à 00h05

A l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, Le Diable dans le beffroi et La Chute de la Maison Usher de Debussy d’après Edgar Poe. Enfin, les fragments qu’en a laissés le compositeur, mis en spectacle par l’OFNY (Opéra Français de New York). Montage astucieux, spectacle maladroit : un acteur très cabot vocifère la traduction du Diable par Baudelaire, et assure le lien avec La Maison Usher. L’intérêt est dans la musique : quelques thèmes finement ironiques au piano pour Le Diable, trois quarts d’heure, piano et voix, pour La Maison Usher, où l’on retrouve le ton et l’atmosphère de Pelléas et Mélisande. Pour combler les trous : texte parlé, un extrait de Children’s Corner, des mélodies, un Prélude. Décor bateau (une bibliothèque comme métaphore de l’« appréhension purement livresque du réel »), maquillages expressionnistes (tant pis pour l’impressionnisme debussyste), interprètes valeureux, parmi lesquels l’excellent Pelléas de l’Opéra Comique, l’année dernière, sous la direction de John Eliot Gardiner. Moralité : laissez les fragments vivre leur vie de fragments.

François Lafon


Opéra Bastille, Amphithéâtre, 1er, 3, 5 mars