Samedi 16 décembre 2017
Concerts & dépendances
dimanche 30 août 2015 à 16h06

Que le festival de La Chaise Dieu ait consacré une soirée entière au grand Henry Purcell (1659-1695) est dans l’ordre des choses. Organiste à Westminster de Londres dès 1679, Purcell devient en quelque sorte le musicien officiel de la monarchie anglaise et est reconnu par ses compatriotes comme le premier compositeur du pays. Après la chute de Jacques II en 1688, il compose la musique du couronnement de Mary II, fille de ce dernier, et de Guillaume III (d’Orange), son époux, avec notamment Praise the Lord, O Jerusalem. Cette page ouvrait le splendide concert du Chœur de chambre toulousain Les Eléments et du Concerto Soave dirigés par Joël Sububiette. Entendus également, plusieurs Anthems (hymnes), ouvrages destinés au culte soit à Westminster soit à la chapelle royale et s’inscrivant dans la glorieuse tradition élizabéthaine et jacobéenne (fin du XVIe siècle et début du XVIIe) tout en tenant compte parfois des acquis de l’école « moderne » italienne. Ne fut pas oublié (sous forme d’extraits instrumentaux) le semi-opéra The Fairy Queen, où triomphe le génie lyrique et dramatique de Purcell, un des premiers du XVIIe siècle. En 1692, Purcell compose pour les trente ans de la reine Mary l’ode Love’s Goddess Sure Was Blind, vaste et d’une invention inépuisable, et trois ans plus tard, pour ses funérailles (precédant de peu les siennes), réunit trois de ses plus beaux et plus célèbres Anthems, dont Man that is Born of a Woman. Moments mémorables, comme ceux vécus à l’écoute de l’extraordinaire hymne vespéral Now that the Sun hath Veiled his Light pour soprano et basse continue, chanté avec intensité et émotion par Maria Cristina Kiehr. Célébrer Purcell comme il faut n’est pas l’apanage des artistes britanniques.

Marc Vignal

Basilique Saint-Julien de Brioude, 27 août (à suivre)

samedi 29 août 2015 à 16h56

En cette année 2015, le festival de La Chaise Dieu rend hommage à Bach, Haendel et Domenico Scarlatti, tous nés en 1685, il y a trois cent trente ans. La programmation est cependant telle qu’on peut aisément y passer quatre jours sans rencontrer ces trois importants compositeurs. Brahms, sauf erreur, n’est pas de ceux qu’on entend la plus souvent à La Chaise Dieu, mais son Requiem allemand y a évidemment toute sa place. Il ne s’agit pas d’une messe proprement dite, mais d’une musique funèbre sur des textes en langue allemande tirés de l’Ecriture, dans la tradition luthérienne. Soucieux d’universalité, Brahms prit soin de préciser qu’ « allemand » pouvait être remplacé par « humain ». Cet ouvrage de la fin des années 1860 est une spécialité de Raphaël Pichon. Il l’a dirigé à La Chaise Dieu à la tête de son chœur Pygmalion dans sa version avec deux pianos, faisant apparaître la mort non comme un objet de terreur mais dans sa dimension consolatrice. En début de programme, des motets de Brahms, Schütz et Mendelssohn eux aussi magnifiquement interprétés. Laurence Equilbey, le Chœur Accentus et l’Insula Orchestra ont commencé par le puissant Miserere en ut mineur de Jan Dismas Zelenka (1679-1745), compositeur tchèque longtemps actif à Dresde, à l’honneur à la Chaise Dieu il y a deux ans. Après les Vêpres d’un confesseur de Mozart s’est imposé le « grand » Magnificat de Carl Philipp Emanuel Bach, exécuté par ce dernier à Leipzig en 1749 comme acte de candidature à la succession de son père à Saint-Thomas, souhait qui ne devait pas se réaliser. Beau concert avec en prime un Alleluia de Buxtehude (1637-1707), étonnant par sa séduction mélodique et donc fredonné à la sortie par des auditeurs ravis.

Marc Vignal
(à suivre)

Abbatiale Saint-Robert, 24 et 26 août

lundi 24 août 2015 à 11h51

Festival Berlioz, théâtre éphémère du château Louis XI : la Symphonie fantastique et sa suite Lélio ou le retour à la vie, par John Eliot Gardiner et l'Orchestre révolutionnaire et romantique. La croisée des routes (Napoléon - thème de l'année) et le coeur du sujet, à savoir l'invention d'une symphonie-théâtre dont Roméo et Juliette restera la figure de proue. Coup de canon (un vrai) , devant le château à l'entrée du chef, cloches fondues tout exprès lors du festival 2013 (voir ici), mais aussi dramaturgie visuelle et auditive exacerbée par les sonorités acérées des instruments d'époque. Ainsi placée dans un espace qui n'est qu'à elle - violons et altos jouant debout, harpes cernant le chef pour le Bal (2ème mouvement) - la Fantastique révèle tout ce quelle a d' inouï ( c'est à dire jamais entendu) et mène tout naturellement à ce Lélio qui brouille les codes et abat les règles, "mélologue" avec récitant, portrait - entre ironie sous-jacente et coeur sur la main - de l'Artiste amoureux , suite de séquences orchestrales à la logique shakespearienne coupées d'airs de ténor avec piano et ponctué ée de choeurs flamboyants. Musiciens en état de grâce, choristes (de formidables Ecossais de dix-sept à vingt-quatre ans) prêts à tous les jeux, solistes sur le fil (Michael Spyres, Laurent Naouri), héros justement distancié (Denis Podalydès) : ovation debout pour un concert d'anthologie. L'après-midi à l'église de La Côte-Saint-André : routes moins directement Napoléon de la Pologne, avec déclinaison de la Polonaise (Chopin, Wieniawski, Lipinski) par le pianiste Denis Pascal et ses fils Alexandre (violon) et Aurélien (violoncelle), chambristes déjà aguerris.

François Lafon

dimanche 23 août 2015 à 10h18

Cette année au festival Berlioz de la Côte-Saint-André : "Sur les routes Napoléon". Pluriel signifiant : deux siècles exactement après le retour de l'île d'Elbe, c'est sur nombre de chemins que se croisent le musicen et le meneur d'hommes, tous deux victimes du destin, tous deux loosers gagnants au regard de l'Histoire. Onze jours de festivités, cinquante manifestations, mille musiciens mobilisés. Etapes musicales le long de la route Napoléon, avec bivouac, défilé en costumes et banquet impérial, Te Deum (de Berlioz) monstre au théâtre antique de Vienne : l'ouverture est la hauteur de l'ambition du directeur Bruno Messina, artisan de l'impressionnante montée en puissance d'une manifestation qui s'est longtemps cherchée. Pour preuve le concert Rois et reines, dans l'église monumentale de Saint-Antoine l'Abbaye, en plein Vercors. Autour de le Méditation religieuse extraite du triptyque Trista, où Berlioz met en garde les puissants contre les mirages de la gloire, le chef Hervé Niquet, jouant comme toujours la carte de l'enthousiasme à la tête du Concert Spirituel, confronte les Restaurations : Retour des cendres avec la pré-verdienne Marche funèbre d'Auber pour les funérailles de Napoléon, Messe des morts commandée par Louis XVIII à Charles-Henri Plantade pour commémorer le décès de Marie-Antoinette, Requiem de Cherubini pour le transfert à Saint-Denis des dépouilles royales. Etranges télescopages temporels : classicisme et romantisme, mélodrame et retenue, concessions et hardiesse, cuivres d'outre-monde - chez le bien oublié Plantade - anticipant les microintervalles. Chemin de traverse l'après-midi dans la plus austère église de la Cöte-Saint-André, avec le déjà médiatique Edgar Moreau (violoncelle) et le pas encore connu Pierre-Yves Hodique (piano) pacourant avec un égal panache les "Routes de l'Allemagne romantique" (Mendelssohn, Schumann, Brahms).

François Lafon

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, jusqu'au 30 août. Photo © DR