Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances

Qui a le droit d’aller à la Villa Medicis de Rome ? C’est la question que Frédéric Mitterrand, le Ministre de la Culture, doit être en train de se poser en ce moment. Une pétition circule sur Internet pour protester contre le choix de la chanteuse Claire Diterzi comme pensionnaire dans la prestigieuse institution culturelle dont la mission est d’« offrir la possibilité à des artistes et à des spécialistes francophones de nationalité française ou de toute autre nationalité de se perfectionner dans leurs disciplines » et qui a accueilli Berlioz, Debussy ou Bizet. Or certains compositeurs de musique contemporaine ont très mal pris que pour une fois ce ne soit pas un de leurs qui fasse le voyage à Rome. Pourquoi inviter une artiste dont on ne discute pas la valeur mais qui, selon les signataires de la pétition, a déjà creusé son sillon dans la musique commerciale et n’a de ce fait nullement besoin de l’aide de l’Etat ? Le choix est pour eux d’autant plus choquant que dans le jury on trouve Laurent Bayle, ancien directeur de l’IRCAM et actuel directeur de la Cité de la Musique (et membre de la Commission Karmitz mise en place par le Président de la République). Le ton du texte traduit une certaine amertume : « Réduire le nombre des compositeurs de musique contemporaine porteurs de projets ambitieux et audacieux et les remplacer par des musiciens qui ont déjà un pied dans l'industrie musicale et sont dans la capacité de vivre de la scène, c’est refuser de tenir compte de la rigueur de leur travail et les traiter avec mépris. Les pièces d’orchestre, les opéras demandent un long temps de gestation et les œuvres qu’ils écrivent en ce moment seront peut-être les classiques des siècles futurs. Si les structures qui les accueillaient jusqu’alors réduisent le nombre de possibilités qui s’offrent à eux, comment pourraient-ils développer des formes et des langages musicaux nouveaux, par définition non conformes aux standards commerciaux ? » Faire entrer à l’Académie Française de Rome une représentante des « musiques actuelles » serait donc un acte de « démagogie et calcul politique ». Et de dénoncer aussi le désengagement de l’actuel Ministère envers la création contemporaine. Et pourquoi pas, comme le suggère le compositeur Philippe Manoury, un des signataires, «  demander au Ministère d'ouvrir une section "musique actuelle" à la Villa » pour terminer avec cette guerre de territoires ?

Pablo Galonce