Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances

Paris Quartier d’été pour trois soirs au Théâtre de l’Athénée. A 19h : Sylvie Courvoisier (piano préparé) et Mark Feldman (violon). A 21h : Israel Galvan (danse) et Sylvie Courvoisier (composition et piano). Public calme, estival, venu découvrir, dans ce théâtre habituellement fermé en cette saison, un duo américano-suisse, disciple de l’éclectique John Zorn, et pratiquant une musique savamment indéfinissable : jazz, folk, improvisée, classique. Petit quiz, reconnaître les références et citations : longue variation sur les premières mesures du Concerto à la mémoire d’un ange de Berg, réminiscences de Debussy, Liszt, Paganini et Feldman (l’autre, Morton), tout cela alimentant l’univers ludique et sérieux, pas toujours convaincant mais constamment déroutant, de ce drôle de couple. Une programmation pointue, une sorte de Festival d’Automne en été, une bulle d’art contemporain. A deux pas : l’Olympia assiégé par les fans de Madonna. Un contraste assez parlant en ces temps de subventions en berne et de basses eaux culturelles.

François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, 26, 27, 28 juillet. Photo © DR

vendredi 20 juillet 2012 à 00h16

Aux Voûtes, ancienne gare frigorifique à l’ombre de la Grande Bibliothèque, Le Balcon aux Enfers par le collectif Le Balcon, dans le cadre de Paris Quartier d’été 2012. Trois salles, deux compositeurs colombiens (Pedro Garcia Velasquez et Marco Suarez Cifuentes), deux œuvres en kit, pass disponible pour assister en trois soirées aux trois versions du spectacle. Avant l’entracte : Plip, inspiré de José-Luis Borges, pour ensemble, électronique et vidéo. En seconde partie : L’Enfer musical d’Alejandra Pizarnik, poétesse argentine, opéra pour trois lieux, trois chanteuses, trois ensembles sonorisés. Premier soir vu de la Voûte 2 : public prêt à toutes les expériences, atmosphère Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon dans les années 1970. Pénombre, effets acoustiques planants, longues phases d’attente, interprètes imperturbables, plages d’humour à froid. Une jeune fille à une femme plus âgée : « C’est expérimental ». La dame : « On ne se moque pas un peu de nous ? ». La jeune fille : « Le collectif a été adoubé par Pierre Boulez lui-même ». Sous les Voûtes aussi, l’Enfer est pavé de bonnes intentions.

François Lafon

Le Balcon aux Enfers, 19, 20, 21 juillet à 21h. Photo © Jacki Herbet

Ouverture du 28ème Festival de Radio France et Montpellier. Programme tentaculaire à propos, entre autres, de « Musique et pouvoir », thème bien trouvé dans une ville en proie à un bras de fer musclé entre le directeur de l’Opéra et ses équipes. Concerts gratuits ou payants, de chambre ou symphoniques, jeunes solistes ou confirmés, dans les diverses salles du Corum ou les caves vinicoles de l’Aude, œuvres lyriques en scène ou en concert, sessions d’orgue, master-classes, académie d’orchestre, émissions de radio en direct, films sur la musique, cycle autour de l’exposition Caravage, etc. Pas de vedettariat forcené, mais une locomotive en résidence : cette année, Renaud Capuçon. Trois concerts pour la journée d’ouverture. « Jeunes solistes » avec Liya Petrova (« choix » de Capuçon) et David Kadouch : le pianiste se taille la part du lion dans Beethoven (Sonate n° 1 « Le Printemps »), la violoniste reprend du poil de la bête dans Brahms (3ème Sonate). « Musique de chambre » avec Jean-Efflam Bavouzet, qui met la salle (bondée, shorts et tongs) dans sa poche en expliquant que « les Etudes de Debussy, c’est moins rébarbatif qu’il n’y paraît », et en les jouant dans le même esprit après une éblouissante 33ème Sonate de Haydn. « Séquence violon » (traduire : ouverture officielle) le soir avec Brahms (Concerto pour violon, 1ère Symphonie), par Capuçon lui-même et l’Orchestre National de France, handicapés par un chef (David Afkham) un peu vert pour ce répertoire. Juste le temps pour un tour à la demi-expo « Corps et ombres, Caravage et le caravagisme européen » au Musée Fabre (l’autre moitié est au musée des Augustins à Toulouse, seul l’Amérique la verra en une fois) : toiles brûlantes dans une atmosphère à 18°, température nécessaire à leur conservation. Longtemps rendez-vous des (chefs-d’) œuvre(s) oubliés sous l’égide du flamboyant René Koering, compositeur et homme de radio, Montpellier, maintenant dirigé par Jean-Pierre Le Pavec, ambitionne d’être la grande manifestation estivale généraliste, face au festival d’Aix-en-Provence, plus centré sur l’opéra. Il conserve pour l’instant – en dépit de ou grâce à son étiquette Radio France - un parfum régional. C’est peut-être cela qui lui garantit de ne pas perdre son âme.

François Lafon

festivalradiofrancemontpellier.com Photos David Kadouch et Liya Petrova © DR