Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances
lundi 14 décembre 2009 à 14h26

La milliardaire Louise Nippert, âgée de quatre-vingt-dix-huit ans, vient de signer un chèque de quatre-vingt-cinq millions de dollars (cinquante-huit millions, cent-trente-neuf mille cinq-cent-trente-quatre euros et trente-neuf cents) destiné à renflouer l'Orchestre, l'Opéra et le Ballet de sa bonne ville de Cincinnati. Elle prend le relais d'un autre « ange des arts » de la capitale de l'Ohio, Patricia Corbett, disparue en 2008 à quatre-vingt-dix-neuf ans. On peut se moquer de ce mécénat d'un autre temps, considérer que le sponsoring d'entreprise ou la subvention d'état sont plus conformes à la morale et aux intérêts de la société moderne, on se dit que cela a tout de même de l'allure, et qu'il est plus classieux, quand on est à la tête d'un pactole, de subvenir aux besoins d'une grande institution culturelle qu'à ceux, pour prendre un exemple parmi d'autres, d'un ex-romancier devenu photographe mondain. On se demande aussi ce qu'en pense le chef Paavo Järvi, douzième Directeur musical de l'Orchestre de Cincinnati depuis 2001 et futur directeur de l'Orchestre de Paris.

Privé de théâtre depuis son départ tumultueux de la Scala de Milan en 2005, Riccardo Muti vient d'être nommé directeur de l'Opéra de Rome. Il prendra ses fonctions le 3 décembre 2010, en dirigeant Moïse et Pharaon de Rossini. La Ville Eternelle étant, dans le domaine lyrique, considérée comme provinciale - et l'Opéra de Rome ayant frôlé la catastrophe avant que l'état ne lui lance une bouée de sauvetage de quinze millions d'euros -, c'est en apparence un curieux choix de la part de ce chef ****luxe, qui s'apprête par ailleurs à prendre les rênes du très riche Orchestre Symphonique de Chicago. Quelle revanche, en réalité ! Puisque la Scala est tombée aux mains des étrangers (Stéphane Lissner, Daniel Barenboim), puisque cette saison encore, Bizet, Mozart, Janacek, Wagner, Berg et Gounod n'y laissent qu'un strapontin à Rossini, Verdi et Donizetti, Muti, star internationale mais nationaliste en art comme en politique, prend la tête de l'opposition, dans un théâtre 100% italien. Il va sans dire que les élus romains (le maire, Gianni Alemanno en tête, membre du parti de Silvio Berlusconi Popolo della Libertà) se frottent les mains d'avance, le seul nom du chef étant, en plus, censé faire bourse délier à des sponsors jusqu'ici réticents. Si Visconti était encore vivant, il en ferait un film.