Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances
samedi 19 février 2011 à 23h56

Grand final et salle comble, au Châtelet, de Présences 2011, vingt-et-unième festival de création musicale de Radio France, dédié cette année à Esa-Pekka Salonen. Treize concert gratuits, dont quatre dirigés par le maître, dont on aura entendu l’œuvre quasi intégrale. Car c’est le compositeur qui est à l’honneur, plus que le chef. Ce soir, il dirige un Philharmonique de Radio France tiré au cordeau dans deux pièces pour grand orchestre : Nix, en création mondiale, et L.A Variations, dédié au Philharmonique de Los Angeles, sur lequel il a régné dix-sept ans durant. C’est de la « musique de chef d’orchestre », bien écrite, bien sonnante, mettant en valeur tous les pupitres. On y entend du Stravinsky, du Sibelius (son compatriote, qu’il a d’abord détesté, puis qu’il s’est mis à vénérer), du John Adams. On se souviendra davantage du formidable clarinettiste Kari Kriikku sillonnant les rangs de l’orchestre dans le raffiné D’OM LE VRAI SENS de Kaija Saariaho, et surtout de son exécution anthologique d’Amériques, d’Edgar Varèse, génial brûlot créé en 1926, et plus que jamais symbole de modernité. Comme Furtwängler, comme Klemperer, comme Markevitch, Salonen est un grand chef qui compose. Mahler, Strauss, Bernstein, Boulez restant, à tous égards, des exceptions.

François Lafon

Photo DR

samedi 12 février 2011 à 22h38

« Cocteau et Poulenc sont morts tous les deux en 1963, peut-on lire dans le programme du théâtre de l’Athénée. Poulenc le 31 janvier ; le lendemain, la NASA envoie le premier chimpanzé dans l’espace. Cocteau meurt en octobre, deux heures après avoir appris la mort d’Edith Piaf. » On ne saurait mieux définir l’atmosphère du one woman opera show proposé par la mezzo Stéphanie d’Oustrac, arrière petite nièce du compositeur. Le rideau se lève sur La Dame de Monte-Carlo, ou la dernière nuit d’une joueuse qui a tout perdu, suivi de Lis ton journal, extrait du monologue Le Bel indifférent, créé par Piaf (mais sans musique). Puis vient La Voix humaine, ou comment le téléphone peut devenir une arme mortelle en cas de rupture sentimentale. Stéphanie d’Oustrac est très bien (hystérie contrôlée, passages en douceur du parlé au chanté) et le pianiste Pascal Jourdan (puisque c’est la version originelle avec piano, plus théâtre, qui est utilisée) jongle habilement avec les pleins et les creux de ce dialogue unilatéral. Que le spectateur se sente mal à l’aise est le but de l’opération. La structure d’oripeaux colorés qui sert de décor - peut-être pour rappeler que c’est à l’Athénée qu’a été créé La Folle de Chaillot (Giraudoux et Cocteau étaient contemporains) - appuie les intentions des auteurs. En 1982, dans le foyer glacial du théâtre de Chaillot, Antoine Vitez avait monté La Voix humaine dans la même version de chambre, mais avec une femme vieillissante (Anne Béranger, ex-chanteuse devenue chorégraphe) et pour tout accessoire un collier qui finissait par lâcher. C’était terrifiant. Stéphanie d’Oustac est jeune et fraîche, comme le voulait Cocteau, et c’est encore plus terrible. Si votre couple ne va pas fort, réfléchissez avant d’y aller.

François Lafon

Au théâtre de l'Athénée, Paris, jusqu'au 13 février. Diffusion sur France Musique le 24 février à 9h05. (Affiche Malte Marin)

vendredi 11 février 2011 à 01h05

Au Théâtre des Champs-Elysées, Roger Muraro joue la Symphonie fantastique transcrite pour le piano par Liszt. Dans le disque, qui vient de paraître chez Decca, on entend l’œuvre comme un laboratoire d’idées, encadré d’extraits de la première Année de pèlerinage, qu’elle a l’air d’avoir inspirée. On imagine le public de l’époque devant ce festival de bizarreries rythmiques et harmoniques En concert, Muraro intercale les Images de Debussy : Liszt le décanteur, Debussy l’aventurier, entracte, retour à Berlioz l’inventeur. La Fantastique paraît plus folle encore. Muraro y prend tous les risques, frôle les précipices, rajoute chicanes et démarrages en côte. « Il y a des moments où Liszt ne note presque plus rien, explique-t-il. Il oublie des entrées d’instruments. J’ai dû imaginer des liens : 90% de Liszt écrit, 10% recréé ». Quand se terminent ces trois quarts d’heure de voltige, il pousse un énorme soupir. Il faudrait publier le concert avec l’enregistrement studio. L’un et l’autre, paradoxalement, dégagent la même impression : de la surenchère naît une sorte d’ascèse. Chapeau l’artiste.

François Lafon
 

vendredi 4 février 2011 à 01h22

Première de Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai (1883-1944) à l’Opéra de Paris, cent ans après sa création. Pourquoi cent ans après ? L’ouvrage a bonne réputation : Zandonai avait beau être un disciple de Mascagni (l’auteur de Cavalleria Rusticana), il aimait Strauss, Debussy et, par-dessus tout, Wagner, et cela s’entend. Et puis le livret est tiré d’une pièce de Gabriele D’Annunzio, elle-même inspirée de Dante. Le spectacle, mis en scène par Giancarlo del Monaco, est riche : « Au premier acte, on découvre un jardin avec de vrais arbres, des statues et des milliers de fleurs, explique celui-ci dans Opéra Magazine. Cela pourra déplaire à ceux qui ne supportent pas qu’un opéra soit replacé dans le cadre esthétique de sa création ». Dans la fosse, le chef Daniel Oren s’emploie à montrer que l’orchestration, elle aussi, est riche. Sur scène, des voix riches, à commencer par celle de Roberto Alagna, plus en forme que jamais. Trop de richesse, alors ? Sur le rideau de scène, énorme et angoissant : le masque mortuaire de D’Annunzio. Giancarlo del Monaco a tout compris : quoi qu’on fasse, Francesca da Rimini est une pièce de musée.

François Lafon

Opéra National de Paris – Bastille, les 6, 9, 12, 16, 19, 21 février.