Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances
jeudi 24 juillet 2014 à 21h22

Menaces de grève, fermeture annoncée : le Metropolitan Opera de New York est au bord de la faillite. Responsable désigné, le directeur Peter Gelb, accueilli tel le Messie lors de son arrivée en 2006, rejeté aujourd’hui : 92% de fréquentation en 2007, 79% en 2012-2013, critiques hostiles, public déçu. Trou dans la caisse : trente millions de dollars. Solution selon la direction : une baisse des salaires de 16%. Contre-proposition du personnel : moins de productions, mais meilleures et moins onéreuses. Meilleures ? Question de goût, mais pas seulement : en 2009, rumeurs de fronde quand la Tosca à grand spectacle signée Franco Zeffirelli (1985) est remplacée par une nouvelle production due à Luc Bondy. En 2012, levée de boucliers devant La Tétralogie high-tech de Robert Lepage. Deux spectacles contestables (il y en aura d’autres) apportant de l’eau au moulin des traditionnalistes. Car c’est de cela qu’il s’agit. Riche, âgé et élitiste, le public du Met veut du luxe et des stars. Différence avec celui, non moins riche, non moins âgé, non moins élitiste mais soucieux de (relative) modernité qui donne le "la"dans les salles européennes. Autre différence avec l’Europe : ce sont des donateurs privés qui financent (ou non) l’entreprise, et pas l’état. En 2007, Gerard Mortier, grand prêtre de l’opéra revisité à l’européenne, accepte le poste de directeur du New York City Opera, seconde scène lyrique new-yorkaise. Il démissionne avant même de prendre ses fonctions. Raison officielle : il n’a pas obtenu le budget dont il avait besoin. Raison officieuse : Peter Gelb, nommé au Met un an plus tôt, occupe le même créneau réformiste. A la rentrée 2013, le New York City Opera a mis la clé sous la porte. A bon entendeur…

François Lafon

Photo  DR

vendredi 18 juillet 2014 à 19h54

Tournée française du Quatuor Talich et collection anniversaire sous le label La Dolce Volta de quelques-uns de ses grands enregistrements. Mais de quel Quatuor Talich s’agit-il ? De remaniements en refondation, la formation créée en 1964 par le violoniste Jan Talich, neveu du Furtwängler tchèque Vaclav Talich, a connu elle aussi son Printemps de Prague et ses périodes sombres. Cela ne se sent pas tant à l’écoute de ces dix albums sauvés du catalogue des défuntes éditions Calliope, peut-être parce que sept des dix albums datent des années 2000, lorsque Jan Talich Jr, lui-même altiste, a relancé la l’entreprise de son père. Des Talich années 1970, on retrouve tout de même une impressionnante Grande Fugue de Beethoven et une Petite Musique de nuit de Mozart inédites en CD, et de ceux – intermédiaires peut-on dire – de 1995 une version qui fait encore référence des Sept dernières Paroles du Christ de Haydn. Tout cela donne une idée de la solidité de la tradition maison, et infirme par ailleurs celle, largement répandue lors de la reprise par Jan Jr., que les Talich nouveau style ne vaudraient jamais leur prédécesseurs. Autre remise en question : les sonorités râpeuses des Talich historiques, considérées comme faisant partie de l’ADN de la formation, ici relativisées par le remastering. Jamais, en cinquante ans d’existence, les Talich seniors ni juniors n’ont caressé l’oreille comme l’ont fait les Viennois du Quatuor Alban Berg ni étonné par leur technique transcendante comme les Américains du Quatuor Juilliard. N’empêche que, ainsi atténuées, les rugosités en question colorent différemment les interprétations et les intentions qu’on peut leur prêter. A vérifier en concert, sachant que depuis 2012 l’équipe a encore été modifiée, le 2ème violon Petr Macecek ayant laissé la place à Roman Patocka.

François Lafon

Tournée jusqu’au 13 août : Chirens, Cannes, Guilestre, Labeaume, Prades (festival Pablo Casals), Pleguien – Collection 50ème anniversaire : 10 CD vendus séparément (8,90 € pièce) La Dolce Volta, distribution Harmonia Mundi

mercredi 2 juillet 2014 à 16h16

Parmi les nombreuses tâches que doit remplir Bach en tant que cantor à Saint-Thomas de Leipzig, il a celle d’assurer la musique des services funèbres. Les musiciens et lui-même doivent être sur place un quart d’heure à l’avance, et c’est lui qui doit choisir les chants et motets entendus durant la cérémonie. En général, il puise dans le recueil de motets imprimé « Florilegium portense ». Si au contraire on désire des textes tirés entièrement ou en partie de l’Ecriture, Bach doit, sur commande de la famille et des proches, composer et faire étudier un nouveau motet : terme désignant à l‘époque un morceau polyphonique de caractère religieux, alors qu’au Moyen-Age, le motet relevait du répertoire profane. Des six motets de Bach ayant survécu, tous en langue allemande, cinq semblent avoir été destiné à de telles circonstances, le premier d’entre eux, Singt dem Herrn ein neues Lied (Chantez au Seigneur un chant nouveau) pour double chœur, étant peut-être une musique de nouvel an. La Maîtrise Notre-Dame-de-Paris et la Maîtrise de Radio France avaient à remplir le vaste espace de la cathédrale, et peu à peu cela s’est produit, l’oreille s’y est faite. En particulier à la fin, avec le jubilatoire Lobet den Herrn, alle Heiden (Louez le Seigneur, toutes les nations), d’authenticité parfois discutée. Fascinant était de constater la façon différente qu’avaient de diriger Lionel Sow (sobriété, peu de gestes) et Sofi Jeannin (enthousiasme, engagement). Le bref et subtil Immortal Bach du Norvégien Knut Nystedt, né en 1915, concluait dans l’émotion ce beau concert.

Marc Vignal

Notre-Dame-de-Paris, 1er juillet 2014 Photo © DR