Samedi 16 décembre 2017
Concerts & dépendances
vendredi 28 novembre 2014 à 01h19

Ante-ante-ante-pénultième concert de l’Orchestre de Paris à Pleyel avant d’émigrer à la Philharmonie : Christian Zacharias dirige Mozart et Schubert, avec le jeune pianiste canadien Jan Lisiecki en soliste. Un Mozart juvénile (Symphonie n° 31 « Paris », Concerto pour deux pianos), un Schubert de dix-sept ans (Symphonie n° 2), fou de Beethoven mais encore attaché au classicisme. Deux mondes tout de même, de part et d’autre de la faille creusée par la vague baroqueuse. Curieuse dichotomie entre la gestique sobre du chef et le son massif de l’orchestre dans la Symphonie « Paris », rappelant l’époque (trente ans déjà) du festival Mozart de Daniel Barenboim. Les musiciens ont pourtant marché avec leur temps, comme ils l’ont montré il y a peu sous la baguette de Giovanni Antonini (voir ici), et comme ils le rappellent après l’entracte dans une 2ème de Schubert bondissante et finement mélancolique. Entre temps, dialogue en porte-à-faux entre Zacharias (dirigeant du clavier) et Lisiecki dans le ludique Concerto pour deux pianos. Double bis opportun : le Presto final dudit Concerto, cette fois plus musclé, plus ludique justement, et en fin de concert, la version allégée (par l’orchestre autant que par Mozart) de l’Andante de la Symphonie « Paris », contribution de l’Orchestre à la Semaine de sensibilisation organisée par la FIM (Fédération Internationale des Musiciens) aux dangers courus par les institutions musicales et lyriques en ces temps de restrictions budgétaires.

François Lafon

Salle Pleyel, Paris, 26 et 27 novembre Photo : Christian Zacharias © DR

dimanche 23 novembre 2014 à 00h23

Au Théâtre des Champs-Elysées, Vadim Repin (violon) et Boris Berezovsky (piano) jouent Debussy, Chostakovitch, Stravinsky et Strauss (Richard). Programme pour happy few, mais public nombreux et extraordinairement attentif. Aucun spectacle pourtant, pas de lutte à mort entre les deux virtuoses, une entente parfaite au contraire, et une sorte de modestie commune : pas besoin de surjouer pour faire apparaître l’énergie du désespoir de la 3ème Sonate d’un Debussy aux portes de la mort, ni d’accentuer le clin d’œil de Stravinsky à Tchaikovski dans le Divertimento tiré du ballet Le Baiser de la fée. Pas la peine non plus de crooner dans la très lyrique Sonate de Strauss, pièce de jeunesse contenant déjà l’orchestre de Don Juan et les voix du Chevalier à la rose. Repin dispense le plus beau son de violon depuis David Oistrakh, Berezovsky met ses immenses moyens au service d’œuvres qui exigent beaucoup du piano sans être toujours payantes : rien que de normal. Deux sourires pourtant, quand le public ne sait s’il est temps d’applaudir après les Préludes op. 34 de Chostakovitch, et quand Repin annonce en bis l'ébouriffant Tambourin chinois de Fritz Kreisler, qu’il joue comme si de rien n'était.

François Lafon

Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 22 novembre Photo : Vadim Repin et Boris Berezovsky © DR

samedi 22 novembre 2014 à 01h14

Au Bouffes du Nord : Mimi, scènes de la vie de bohème, librement inspiré de Giacomo Puccini. Même équipe (Frédéric Verrières, compositeur, Guillaume Vincent, metteur en scène, Bastien Gallet, librettiste), même principe que The Second woman, il y a trois ans sur la même scène (voir ici), sauf que le référent n’est cette fois plus le cinéma, mais l’opéra. « Ce que nous voudrions faire, ce n’est pas une transposition de La Bohème, c’est l’arracher au XIXème pour la faire résonner ici et maintenant », déclare Vincent. Un argument souvent entendu, sauf que cette fois, il donne lieu à une véritable réécriture de l’original, à un jeu de sens et de sons, de dérapages et d’anachronismes visant à non pas à dissoudre le vernis du mélodrame, mais à se servir de lui pour faire apparaître l’essentiel sous le périssable. Vaste programme, risquant de perdre en route qui ne connait pas son Puccini sur le bout des doigts. La musique de Verrières est habile, très savante, souvent payante (le numéro Puccini-Alban Berg de la comtesse Geschwitz échappée de Lulu) mais n’évite pas toujours l’effet attendu, et le spectacle – danse de mort d’une jeunesse à la fois idéaliste et désabusée – se prend par moments les pieds dans les matelas de récupération qui couvrent le plateau. Proche de nous pourtant cet univers néo-puccinien - expliqué par Marcello le peintre, joyeux drille et philosophe - où les grandes causes chères à Verdi n’ont plus leur place, et dont le seul sujet est l’amour. Excellent Ensemble Court-circuit dirigé par Jean Deroyer, distribution virtuose, voix lyriques et chanteurs de variétés mêlées. Public jeune, venu en partie pour Camélia Jordana, pop star à la carrière en flèche, assez effacée pourtant en Mimi, éclipsée en tout cas par l’explosive rockeuse franco-allemande Caroline Rose.

François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 26 novembre. Tournée en janvier-février 2015, puis en 2015-2016 Photo © DR

Concert d’inauguration du nouvel Auditorium de Radio France, deux mois exactement avant l’ouverture de la Philharmonie de Paris. Une arène de 1461 places tout en bois (merisier, bouleau, hêtre) pour remplacer l’ancien « Aquarium » (ainsi nommé en raison de ses murs bronze et de son atmosphère brumeuse). Parterre de VIP ministres (ex- et actuels) compris, mais aussi vrai public profitant de l’opération de réouverture « Passez quand vous voulez » (14-16 novembre). Affiche partagée par les deux orchestres maison, le National dirigé par Daniele Gatti et le Philharmonique par Myung-Whun Chung, l’un avant l’entracte, l’autre après : pas de mélange festif réveillant le spectre d’une fusion toujours redoutée. Programme fleuve, pas festif lui non plus, mais propice aux comparaisons : Boléro (National) et Daphnis et Chloé (Philharmonique) de Ravel, suite du Chevalier à la rose de Strauss (National) et de Roméo et Juliette de Prokofiev (Philarmonique), plus l’ouverture de Tannhäuser de Wagner (National) et l’Ave Verum Corpus de Mozart (Philharmonique), incongru dans un tel contexte mais mettant en valeur le Chœur de Radio France. Un test acoustique grandeur nature aussi : son très présent mais comme à l’étroit, analytique plutôt que synthétique, plus flatteur pour le Philharmonique entraîné par un Chung vif-argent que pour le National lesté par Gatti. Un peu de fête tout de même en bis, où Chung lance à tombeau ouvert le prélude de Carmen, annoncé comme « le véritable hymne national de la France ».

François Lafon
 

Auditorium de Radio France, Paris, 14 novembre. En replay sur Culture Box, Arte Concert et Dailymotion Radio France. Diffusé ultérieurement sur France 2 Photo © DR

samedi 8 novembre 2014 à 01h06

Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis : Erik Satie, mémoires d’un amnésique, "un petit opéra comique sans lyrics". Connue comme dramaturge et rewriteuse du metteur en scène Laurent Pelly, son auteur Agathe Mélinand note qu’ « il est troublant de faire le portrait d’Erik Satie. Où se diriger, de quel Satie parler ? » En une heure et quart, deux acteurs, deux actrices, deux pianistes-acteurs, des accessoires (bien choisis), des projections (pas envahissantes), beaucoup de musique et pas moins de mots font le tour de la question. Le tour ? Impossible justement. Pour approcher l’inconnu d’Arcueil, ses provocations biaisées et ses multiples personnalités, tout juste peut-on procéder par petites touches, confronter la mélancolie (fût-elle sautillante) de ses musiques faussement simplistes à celle (fût-elle potache, grinçante, surréaliste avant l’heure) de ses déclarations, aphorismes et incongruités, et recycler les stéréotypes (chapeau melon, parapluie, cheval signé Picasso dans le ballet Parade) tout en les cassant. Ce que fait très bien ce spectacle inventif et élégant.

François Lafon

Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis, jusqu’au 24 novembre - Théâtre National de Toulouse, du 2 au 20 décembre – Théâtre Olympe de Gouge, Montauban, le 10 janvier Photo © DR