Samedi 16 décembre 2017
Concerts & dépendances
mercredi 25 novembre 2009 à 14h50

560 000 Livres Sterlings (620 000 euros) : c'est la somme qu'en quatre ans d'activité, le directeur financier de l'Orchestre Philharmonique de Londres, un Australien de trente-cinq ans nommé Cameron Poole, a détourné à son profit. Son épouse, membre actif du Parti Conservateur et candidate aux prochaines élections, l'avait fait engager comme trésorier de la chorale de la Christ Church de Gipsy Hill, mais aucune plainte n'a été déposée de ce côté. L'affaire fait un certain bruit en Angleterre, d'autant que l'administrateur en question avait des allures de play-boy et menait grand train (on comprend maintenant d'où venaient ses ressources). En général, les Arsène Lupin modernes opèrent dans la finance (Jérôme Kerviel) ou le convoi de fonds (Toni Musulin), quand ils ne travaillent pas à l'ancienne, tels les orfèvres (en la matière) qui ont récemment braqué la joaillerie Chaumet. Tous font un tabac sur Internet. Qu'en sera-t-il de Cameron Poole ?

vendredi 20 novembre 2009 à 01h00
En prélude au bicentenaire de la naissance de Chopin, Alexandre Tharaud sort fin novembre un CD intitulé Journal intime. Sous ce titre qui lui ressemble, il réunit, comme il aime le faire, des pièces illustres (la 1ère Ballade) et des raretés (la Contredanse). Quelques mois après le double album Satie qui a ravi ses fans, Harmonia Mundi met donc les bouchées doubles avec son pianiste vedette. Eh bien, pas du tout : c'est sous étiquette Virgin que paraît le nouvel album. Comme les stars du ballon rond, les as du clavier jonglent avec les clubs. Chez Virgin, le wonder boy rejoint une équipe où brillent déjà David Fray, Piotr Anderszewski et Nicholas Angelich. Pas grave, direz-vous, il est unique et le restera. On n'attend que cela de lui. Pendant ce temps, Harmonia Mundi sera occupé à lancer le récital Chopin d'Alain Planès, un compagnon de longue date, enregistré sur un piano Pleyel de 1837 et reproduisant le programme d'un des rares concerts que Chopin a donnés à Paris.
vendredi 13 novembre 2009 à 09h38

Selon les calculs de l'Observatoire de la musique, le mois de septembre n'a pas été très bon pour le disque. Le CD audio repasse sous la barre des quatre millions d'exemplaires vendus, la décroissance du marché sur les neuf premiers mois de 2009 s'élève à 12% en volume et 12,9% en valeur, bref, les galettes argentées s'enfoncent dans une crise personnelle commencée bien avant la Crise Générale. Et le classique dans tout ça ? Eh bien, il vivote. Il est le seul avec les variétés internationales à afficher quelques chiffres positifs (au milieu d'autres, qui ne le sont pas), alors que les variétés françaises continuent de plonger : un petit +3'5% de plus en volume de ventes… et un -4'9% en valeur, ce qui veut dire que l'on vend plus de disques classiques mais aussi meilleur marché. L'heure est au low cost.
Or que trouve-ton à la sixième place des ventes desdites variétés françaises, derrière Mika et David Guetta, mais devant Maurane et Johnny Hallyday ? Mozart, l'opéra rock, dont les ventes, bonnes depuis la sortie de l'album en avril dernier, ont été boostées (34 000 exemplaires vendus en septembre), par le succès du spectacle, qui joue actuellement les prolongations au Palais des Sports de Paris. Quel rapport avec le classique, direz-vous ? Mozart à la sauce Olivier Dahan (le réalisateur de La Môme) est une enfilade de chansons de laquelle émergent quelques harmonies d'époque. Certes. Mais il n'y a pas plus d'une dizaine d'années, la bande originale du film Titanic a fait exploser la niche classique, où elle avait bizarrement été rangée (il est vrai qu'on y entendait « Ce n'est qu'un au revoir… »), aux côtés des valses moulinées par André Rieu. On ne cherche donc même plus à la valoriser, cette petite niche ? Allez, let's think positive. Wolfgang devant Johnny, ça réchauffe ! Il en a d'ailleurs vu d'autres, le divin enfant. En 1925, Sacha Guitry en a fait une femme (la sienne, Yvonne Printemps), sur une musique de Reynaldo Hahn : énorme succès. Quant à l'Amadeus de Milos Forman, furieusement rétro vingt-cinq ans après sa sortie, il continue une jolie carrière en vidéo.

mercredi 4 novembre 2009 à 12h35

Le Landernau musical parisien en est encore tout retourné : le Concours Rostropovitch, tête de gondole depuis trente ans de l'Association pour la Création et la Diffusion Artistique (ACDA), a failli être annulé. Sueurs froides pour les violoncellistes, direz-vous, mais encore ? Mais encore c'est la faute à la mairie de Paris, qui a voulu baisser la subvention dudit Concours de 300 000 à 250 000 euros. Là, on sort du Landernau, d'autant que le fauteur de trouble n'est autre que Christophe Girard, Monsieur Culture à l'Hôtel de Ville, à qui l'on reproche avec insistance de préférer les coups médiatiques au travail de fond. En bref, les responsables de l'ACDA craignent qu'à terme, leur association se retrouve privée de subventions. « Vous n'avez qu'à trouver des mécènes », aurait rétorqué Girard, par ailleurs cadre dirigeant chez LVMH. En fin de compte, tout s'est arrangé, et le Concours a eu lieu. Mais la menace plane toujours : en termes de ratissage électoral, une compétition pour happy few sera toujours moins efficace que la Nuit Blanche ou la transformation de la Gaîté-Lyrique en temple des musiques actuelles. « Et la culture, la vraie ? » « Comment, la vraie ? Voulez-vous dire par là que le reste est faux ? » Déjà financièrement incorrecte, la niche classique va finir par se retrouver politiquement pas très nette. Et vous n'irez pas vous plaindre que le monde tourne à l'envers.