Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances

Double scoop de fin de semaine : la 3ème chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris déboute Jean Nouvel de sa demande de mise en état de la Philharmonie de Paris selon ses plans, et l’Inspection générale des finances blanchit Mathieu Gallet de toute responsabilité dans les disfonctionnements budgétaires qui ont alimenté la grève à Radio France. Il est vrai que la Philharmonie fonctionne, qu’elle ne désemplit pas depuis son ouverture en janvier et que l’acoustique de la grande salle est unanimement louée. Il est vrai aussi que les raisons de la crise de Radio France sont bien antérieures à la nomination de son actuel président. Il n’est pas moins vrai que la Philharmonie fait encore penser au restaurant ouvert trop tôt dans Playtime de Jacques Tati, et que l’on annonce une fermeture estivale destinée, entre bien d’autres choses, à procéder à d’importants réglages acoustiques. Il n’est pas moins vrai non plus qu’en dépit de résultats d’audiences (relevées au début de la grève) meilleurs que prévus, les antennes de Radio France doivent faire l’objet d’une vaste réflexion (et le numérique dans tout cela ?), que l’ouverture d’un luxueux auditorium n’a pas suffi à apaiser la toujours explosive rivalité entre les deux orchestres maison, et que la double dichotomie artistique-politique/culture-rentabilité n’a pas fini de mettre à mal la vocation vertueuse du « service public ». Que l’architecte dispendieux soit renvoyé à ses rêves et que le patron sans états d’âme soit soutenu par l’autorité est plus que jamais dans l’ordre des choses.

François Lafon

Ouverture du week-end pascal à la Philharmonie 1 : la Messe en si mineur de Bach par John Eliot Gardiner, avec les English Baroque Soloists et le Monteverdi Choir. Pour un ensemble rompu notamment à l’intégrale des Cantates, une sorte d’accomplissement que ce chef-d’œuvre équilibré comme une cathédrale, recyclant pourtant nombre de pièces antérieures, réunissant vingt ans de création. Fidèle au Bach humain avant tout qu’il décrit dans son livre Musique au château du ciel (Flammarion – voir ici), Gardiner jongle avec le sacré et le séculier, la danse et la méditation pour construire, en effet, un château céleste, grandiose et divers. Effet de l’acoustique peu réverbérée (rien d’une église) de la Philharmonie : l’oreille doit se faire à la présence écrasante du Monteverdi Choir, précis comme jamais, et volant la vedette aux instrumentistes, pourtant admirables (deux flûtes transcendantes, en particulier). Elle doit se faire aussi aux voix solistes issues du choeur, disciplinées mais anonymes, bien loin des guest-stars habituelles. Ovation finale, bravos scandés, interminables.

François Lafon

Philharmonie de Paris, 3 avril Photo © Philharmonie de Paris

A la Philharmonie de Paris, Maria Joao Pires joue le 4ème Concerto de Beethoven avec Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole de Toulouse. Une version de chambre, sans effets mais respirant large, un piano porté sur la confidence mais avec tout le panache nécessaire, comme retenant l’orchestre sans pourtant le brider. Les musiciens, déjà rompus à l’acoustique claire mais encore piégeuse de la salle (ils y ont joué le Requiem de Berlioz en février), se sont chauffés avec l’Ouverture des Hébrides (ou La Grotte de Fingal, initialement L’Ile solitaire) de Mendelssohn, pièce en demi-teinte, pré-impressionniste où tout effet descriptif (la mer, les vagues) serait déplacé. C’est dans cet esprit qu’après l’entracte Sokhiev, à la manière de son maître Yuri Temirkanov, laisse circuler l’air entre les pupitres dans une 4ème Symphonie de Tchaikovski angoissée comme il le faut (c’est la première des trois Symphonies « du Destin »), notablement mûrie depuis son disque « de mariage » avec l’orchestre (Naïve - 2008). Grand moment des cordes dans un Scherzo en pizzicati digne des meilleures phalanges russes, ce qui n’indique en aucun cas une quelconque altération de la personnalité si française de l’Orchestre.

François Lafon

Philharmonie de Paris, 2 avril Photo © DR