Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances

Jörg Widmann (une création française), Dvorak, Beethoven : à Pleyel, un programme sur mesure pour Christoph von Dohnanyi, avec l’Orchestre de Paris. Sauf que de Dvorak, il s’agit du rare et pas fameux Concerto pour piano,  défendu (c’est le mot) par le jeune Martin Helmchen, de Widmann l’ouverture de concert Con brio, où les timbales en folie (bravo le timbalier) illustrent le rythme selon Beethoven, et de Beethoven en personne, la Symphonie « Héroïque ». C’est là que le vieux chef (quatre-vingt-un ans) va faire d’un concert de série un moment d’anthologie. Son « Héroïque » n’a pas bougé depuis son enregistrement avec l’Orchestre de Cleveland en 1983 (Telarc), et si elle nous paraît étonnamment ample, c’est parce que les baroqueux sont passés par là, et que nos oreilles ont changé. Ce qui ne vieillit pas, en revanche, c’est la liberté avec laquelle Dohnanyi dirige cette musique. Plus de bâti : l’édifice tient tout seul. Pour cette « première symphonie romantique », dont le dernier mouvement fait exploser les formes traditionnelles, cette (fausse) improvisation est en situation : l’imagination est au pouvoir et l’Esprit de la révolution souffle. Et dire que Dohnanyi, dans le cercle fermé des baguettes internationales, est encore considéré comme un second couteau !

François Lafon

Paris, Salle Pleyel 29 et 30 septembre

mercredi 22 septembre 2010 à 07h41

Troisième reprise pour ouvrir la saison à l’Opéra de Paris, troisième production datant de la direction d’Hugues Gall – avec une impasse significative sur le règne de Gérard Mortier : Le Vaisseau fantôme de Wagner. « On évalue le niveau d’une maison d’opéra à la qualité de ses reprises autant qu’à l’éclat de ses premières », affirme l’actuel directeur Nicolas Joël. Cela veut dire des distributions qui tiennent la route, des chefs à toute épreuve et des mises en scène pas trop compliquées. Les fans  du festival permanent sont frustrés. Ni L’Italienne à Alger, ni Eugène Onéguine, ni  ce Vaisseau, c’est vrai, ne véhiculent le grand frisson. Les salles sont pleines pourtant, et le public applaudit de bon cœur : tout le monde, apparemment, ne mesure pas son plaisir à l’aune du festival permanent. On va entendre une œuvre, correctement interprétée. Un signe de médiocrité ? Pas forcément. Et puis l’oiseau rare n’en est que mieux venu : dans ce Vaisseau piloté par un chef routinier (Peter Schneider) et habité par une Senta sans grâce (Adrianne Pieczonka) entourée de vétérans jouant « au métier » (James Morris, Matti Salminen), la découverte du ténor Klaus Florian Vogt (photo) nous fait passer du noir et blanc à la couleur. Un seul être arrive, et le monde est repeuplé.

François Lafon

Photo :  Opéra national de Paris/ Frédérique Toulet