Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances

Le New York City Opera, qui vient de rendre publique sa feuille d’impôts pour l’année 2008-2009 (de septembre à septembre), accuse un déficit de 19,9 millions de dollars. Parmi ses débours, le site américain Bloomberg relève une somme de 400 000 dollars octroyée à Gerard Mortier : 65 000 dollars de salaire et 335 000 dollars de separation payment (indemnité de séparation). Embauché en février 2007 alors qu’il était directeur de l’Opéra de Paris, Mortier devait prendre les rênes de la seconde scène lyrique new-yorkaise à la rentrée 2009. Il a déclaré forfait en novembre 2008, au motif que le budget qu’on lui proposait n’était pas à la hauteur de ses ambitions artistiques. A la fin de sa période probatoire, il avait passé une semaine par mois à New York, voyageant en première classe (aller-retour sur Air France : 15 500 euros) aux frais de la maison. Pendant ce temps, les indemnités de départ de l’administrateur artistique et du directeur général du NYCO étaient revues à la baisse. Mortier, qui a depuis été nommé directeur du Teatro Real de Madrid, n’a donc pas tout à fait perdu son temps à New York. Il s’est surtout - et cela, c’est sans prix -, évité des désagréments artistiques qui n’auraient pas tous été dus aux restrictions budgétaires. Avec lui, le petit  NYCO aurait montré au grand MET ce que c’était qu’un véritable opéra du XXIème siècle. Mais l’arrivée du moderne Peter Gelb à la tête du MET a modifié la donne. Mortier aurait eu encore plus de mal, dans ces conditions, à faire admettre aux sponsors que Saint François d’Assise, c’est plus glamour que La Tosca.

François Lafon

mercredi 5 mai 2010 à 09h34

En Italie, quand l’opéra ne va pas, rien ne va. Or voilà que la première de Carmen est annulée à Bologne, que Turin déprogramme Le Barbier de Séville, que L’Or du Rhin risque de ne pas briller à la Scala de Milan, et qu’à Florence, Zubin Mehta dirige « Va Pensiero » pour les employés en grève au lieu de régaler le public chic de La Femme sans ombre de Richard Strauss. Le détonateur : un décret réduisant les dépenses des opéras de la Péninsule, et une mesure signée par le président de la République Giorgio Napolitano visant, d'après la presse à les privatiser. Mais qui voudrait acheter une institution en faillite ? Les quinze Fondazioni lyriques sont touchées, et cinq mille six cents emplois menacés. L’état compte ainsi économiser 260 millions d’euros par an, sans compter les 110 millions prodigués par les régions, les provinces et les communes. La raison : les théâtres italiens sont les moins rentables du monde, ils perdent tous les ans 2,7 millions chacun (dette cumulée : 300 millions), chaque spectacle est subventionné à hauteur de 135 000 euros, et l’ensemble coûte 400 millions par an aux contribuables. Le quotidien Il Giornale, dont Silvio Berlusconi est le propriétaire, se félicite de voir baisser les salaires et ironise sur l’« indemnité humidité » touchée par les musiciens quand ils jouent en plein air, la « prime armes factices » exigée par les figurants des Arènes de Vérone quand ils doivent manier poignards et épées, ou le « bonus langue » allégué aux choristes du San Carlo pour chanter ne serait-ce qu’un mot dans un idiome autres que l’italien. La première scène de Senso, le film de Luchino Visconti, se passe à la Fenice de Venise. On y voit une représentation du Trouvère tourner à l’émeute. Avis aux politiques !

François Lafon