Lundi 23 octobre 2017
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mercredi 18 octobre 2017 à 23h14
Au théâtre de l’Athénée : Cassandre de Michaël Jarrell d’après Cinq Conférences de poétique de la romancière allemande Christa Wolf, avec Fanny Ardant. En concert avec Susanna Mälkki et l’Ensemble Intercontemporain (voir ici), en scène dans ce spectacle créé au festival d’Avignon 2015 et fréquemment repris, un compagnonnage tout trouvé que ce monodrame pour voix parlée et orchestre, matière à extérioriser un tempérament de tragédienne rappelant ses incarnations de Maria Callas au théâtre (Master class) et au cinéma (Callas for ever). Beau texte surtout, dans lequel le récit la fille de Priam condamnée à prédire la catastrophe (la guerre de Troie) mais à ne jamais être crue trouve en chaque époque une actualité nouvelle, belle musique que celle de Michaël Jarrell, riche mais jamais redondante, façon pas si souvent réussie d’accompagner la voix parlée (« Cassandre est en dehors de l’opéra, il n’y a plus de raisons de chanter, il n’y a plus que la voix et le récit »). Mise en scène minimaliste mais juste d’Hervé Loichemol, excellent Lemanic Modern Ensemble dirigé par le jeune Jean Deroyer : un cadre propice à mettre en valeur la spontanéité sous la sophistication, le jeu entre jeunesse et maturité qui ne sont pas pour rien dans la fascination qu’exerce Fanny Ardant. Idéal pour incarner une prophétesse qui n’a pu empêcher l’inéluctable. 
François Lafon 

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 22 octobre (Photo © DR)

mercredi 18 octobre 2017 à 19h25
Petite devinette à l’usage des fans d’opéra : quelle œuvre peut-on résumer par l’enchaînement « chantage sexuel, torture, meurtre, tromperie, trahison, suicide » ? Alors ? … La réponse se trouve dans l’avant-dernier roman de Donna Leon, Brunetti en trois actes. Il y a plus de vingt ans, le premier polar de cette Américaine fixée à Venise s’appelait Mort à La Fenice, et il y était question de La Traviata. La vingt-quatrième enquête de son commissaire fétiche, Guido Brunetti, le ramène à La Fenice, l'Opéra de Venise, où la célèbre Flavia Petrelli chante Tosca, que la romancière résume de la manière susdite, en commençant par raconter la fin de l’opéra comme un règlement de comptes digne d’un thriller. Mais son goût de la littérature, sa vision de la société italienne, et son amour des entrelacs vénitiens prennent vite le dessus, comme la musique, bien sûr. Férue de classique - elle a notamment publié un Bestiaire de Haendel à propos de ses arias, et des Curiosités vénitiennes accompagnées de musiques de Vivaldi - Donna Leon explore avec délice l’univers de l’opéra côté face et côté pile. En décrivant les déambulations de son commissaire en quête du mystérieux admirateur qui poursuit la Petrelli de menaçantes assiduités, elle raconte les affres des divas, les petites mesquineries des artistes, nous mène dans les coulisses des sentiments, et décrit tout un petit monde qui ne sait pas toujours où se trouve sa vérité.
Gérard Pangon
 


Donna Leon - Brunetti en trois actes éd. Points
 
Nuit blanche 2017 à la Philharmonie de Paris – Cité de la musique : Cinq marathons musicaux jusqu’à l’aube. 20h30, Salle des concerts de la Cité, début de l’hommage à Pierre Henry. Pénombre, public recueilli devant l’habituelle forêt d’enceintes. En écoutant sa dernière pièce Multiplicité, testament musical, adieu aux sons urbains donné ce soir en première mondiale, on cherche instinctivement la crinière blanche du maître, disparu en juillet dernier. La nuit se terminera avec Messe pour le temps présent, comme un retour aux sources. 21h30 à l’Amphithéâtre du Musée de la musique, deuxième concert (sur dix) de la Nuit du Quatuor, préparée par ProQuartet. Public de plus en plus nombreux, tous n’entrent pas. Ovation (même entre les mouvements) pour le Quatuor Danel, lequel ne fait qu’une bouchée du bouillant 1er Quatuor de Tchaïkovski. A 5h30, le Quatuor Tercea clôturera la session avec … Ainsi la Nuit de Henri Dutilleux. 22h au Musée éclairé de mille bougies (électriques) pour son vingtième anniversaire : célébration du clair-obscur. Etsuko Chida chante La Belle du Soir en s’accompagnant au Koto, exposée telle une œuvre précieuse. Deux étages au-dessus, des membres des Arts Florissants entonnent des Leçons de Ténèbres de Couperin. Entre les deux, Nicolas Arzenijevic et Antonio Garcia Jorge, saxophonistes, jouent (superbement) Le Dialogue de l’Ombre double de Pierre Boulez. 22h50 : éclairée a minima, la grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie prend des allures de cathédrale, avec pour officiant le pianiste Bruce Brubaker jouant Phil Glass, Terry Riley et John Cage, plus que jamais hallucinatoires et puritains en même temps. En dessous, au Studio transformé en salle de méditation, le groupe Vacarme (deux violons, violoncelle) et six invités passent la Nuit en « la », raga sans fin sur une seule note. Minuit : dehors, files d’attentes géantes, sous la pluie. Foule patiente, presque silencieuse, comme sont silencieux les groupes qui se déplacent d’un lieu à l’autre, canalisés selon une logistique évoquant La Folle Journée de Nantes. Nuit blanche sur le mode zen. Impressionnant. 

François Lafon

Philharmonie de Paris – Cité de la musique, 7-8 octobre (Photo © Jean-Régis Roustan)

jeudi 5 octobre 2017 à 09h46
Edité par la Cité de la Musique : Pierre Henry, le son, la nuit, entretiens avec Franck Mallet. Un demi-siècle de création transgenres (musicaux, mais pas seulement) et transgénérationnelle, au fil d’entretiens impromptus ou officiels (Les Inrockuptibles, Artpress), réalisés de 1995 à 2016, un an avant la mort du musicien-performer-inventeur. Des témoignages précieux : Pierre Henry ne verse jamais dans le jargon musique contemporaine, et Franck Mallet se garde bien de l’y pousser, tout en le conduisant en souplesse sur des chemins escarpés. Aucune démagogie non plus : ce n’est pas parce que Jean-Michel Jarre a décrété en guise de requiem qu’il était « le grand-père de tous les DJ du monde » que le sujet, vaste et complexe, n’est pas traité avec toute la tenue requise. Omniprésent sur la scène médiatique, inventeur de sons inattendus, animateur de lieux et organisateur d’événements qui ne l’étaient pas moins, l’auteur de Variations pour une porte et un soupir était resté un artisan, jamais aussi heureux, à la fin de sa vie, que lorsqu’il transformait pour une soixantaine de happy-few sa maison parisienne en auditorium-labyrinthe, voire en orchestre éclaté, où sa « musique concrète » trouvait sa juste mesure. Obligatoire frustration : ni les disques, ni les films (répertoriés en annexe) et récits ne remplacent – encore moins qu’ailleurs – le « j’y étais ».  Et Dieu (titre d’une œuvre monstre de Pierre Henry, d’après Victor Hugo) sait si l’on a eu des occasions de le dire et de le ressentir, au-delà des illustres jerks électroniques de la Messe pour le temps présent (chorégraphie Maurice Béjart), maintes fois remixés, y compris par le maître lui-même, et qui font de lui – seul et culte – le patriarche de l’ « interdit d’interdire » en musique.
François Lafon

Pierre Henry, le son, la nuit, entretiens avec Franck Mallet, Editions Cité de la musique, Philharmonie de Paris, collection « La Rue musicale », 160 p. 13, 90 euros
Dans le cadre de la Nuit blanche, samedi 7 octobre : Une Nuit, une Vie, hommage à Pierre Henry, Cité de la musique (salle des concerts), Paris, de 20h30 à 6h30 du matin

mercredi 27 septembre 2017 à 23h15
Au Théâtre Déjazet, reprise de Und, de Howard Barker, mis en scène par Jacques Vincey. En compagnie (efficace et discrète) du musicien Alexandre Meyer : Natalie Dessay, comédienne (elle chantonnera, à la fin, le Kaddish de Ravel). Une reconversion commencée il y a deux ans, à Tours puis déjà à Paris et un peu partout en France. Un emblème donc, et un défi : au lieu d’essayer ses talents de rigolote au boulevard, l’ex-Reine de la Nuit défend un énigmatique monologue, œuvre d’un Britannique autoproclamé « dramaturge de la catastrophe ». A texte dur, mise en scène tranchante : perchée sur un tabouret d’où elle ne bougera pas, « Elle » attend son homme, se rêvant aristocrate en fourreau rouge et perruque conique, en réalité (?) Juive menacée au cours d’une Nuit de cristal dont les lames de glaces s’écrasant autour d’elle sont les terrifiants symboles (explication possible, parmi d'autres). Une surenchère dans la contrainte qui empêche Dessay de jouer les bêtes de scène tout en en mettant en valeur son extraordinaire palette expressive : si l’on pense à La Voix humaine de Cocteau, à Erwartung de Schönberg – autres amoureuses condamnées à la solitude –  c’est dans O les beaux jours de Samuel Beckett qu’on aimerait la voir maintenant, tant ses possibilités de Stradivarius parlant évoquent celles, rarement égalées, de la créatrice Madeleine Renaud. 
François Lafon
 
Théâtre Déjazet, Paris, jusqu’au 13 octobre (Photo © DR)

vendredi 15 septembre 2017 à 08h59
Ouverture, à la Seine Musicale de l’Ile Seguin, de l’exposition Maria by Callas, quarante années jour pour jour après la disparition de la diva. Que dire, que montrer, que faire entendre qui n’ait été dit, montré, entendu ? A l’exemple de Warner Classics, lequel remastérise à cette occasion les enregistrements live après avoir rajeuni les disques de studio, le vidéaste, callassophile convaincu et commissaire de l’exposition Tom Volf parie sur la technique : immersion audiovisuelle, forêt d’écrans, « cloches de sons » sous lesquelles on entend, entre autres, la soprano barytoner Rigoletto lors de ses master-classes à la Juilliard School, « salle 360 » – acmé du parcours selon Volf – nous plaçant dans l’œil d’un cyclone de sons et d’images. Mais quoi de nouveau dans cette rétrospective où l’on retrouve nombre de documents connus ? Des extraits filmés (une Butterfly inespérée), des interviews, coupures de presse, programmes, objets personnels (sa "Sainte Famille", petit tableau qui ne la quittait jamais) recueillis auprès de ceux qui ont connu Callas à la ville comme à la scène. Callas by Maria autant que Maria by Callas alors ? C’est le paradoxe de cette exposition à l’image de La Seine Musicale, généraliste et haut de gamme au risque de ne pas trouver sa voie. Autre paradoxe : au lieu de rapprocher de nous ces sons et ces images d’un autre temps et d’une qualité technique aléatoire, ces prouesses technologiques ont pour effet de les rendre plus insaisissables, plus abstraits presque (donc plus attirants peut-être). Déjà auteur d’un très illustré Maria by Callas (Assouline) et éditeur des Mémoires inachevés (et inédits) de l’artiste (Fayard), Volf promet pour octobre un Callas confidentiel (La Martinière) et pour Noël un documentaire (vu au dernier festival de Cannes) n’utilisant – c’est promis – aucun contenu figurant dans l’exposition. Contrairement à ce que l’on pouvait penser,la callasso-archéologie semble encore avoir de beaux jours devant elle. 
François Lafon

Exposition Maria by Callas, La Seine Musicale, Ile Seguin, Boulogne-Billancourt, du 16 septembre au 14 décembre (Photo © DR)

La soprano Nancy (Ann Selina) Storace (1765-1817) est passée à la postérité principalement pour avoir créé, à Vienne en 1786, le rôle de Susanna dans Le Nozze di Figaro de Mozart. Née à Londres d’une mère anglaise et d’un père italien, elle y débute en 1774. En 1778, elle est emmenée par son père en Italie où elle connaît le succès, surtout dans le répertoire bouffe. De 1783 à 1787, elle est à Vienne une des vedettes de la troupe d’opéra italienne de l’empereur Joseph II. Elle retourne ensuite en Angleterre, où elle participe en 1791 à certains concerts de Haydn, et s’y produit jusqu’en 1808, non sans effectuer de 1797 à 1801 une tournée européenne avec son amant le ténor John Braham (1774-1856). Emmanuelle Pesqué a écrit un livre permettant de tout savoir sur Nancy Storace, au point que lorsqu’on s’y plonge, l’abondance d’informations déclenche  parfois une sorte de vertige. On ne s’en plaint pas. Rien de ce qui concerne Nancy n’a échappé à Emmanuelle, qu’il s’agisse d’articles de journaux, de ses programmes d’opéras ou de concerts, de témoignages de contemporains ou de Cherubini se rappelant en 1815 avoir dix ans plus tôt vu chez Haydn un portrait la représentant. Nancy est suivie pas à pas, sans que soient occultés ses difficultés professionnelles et ses problèmes familiaux, avec plusieurs annexes : une « Chronologie de carrière » dressant avec force détails l’inventaire des quelque sept cents événements musicaux auxquels elle participa en trente-cinq ans, la liste des vingt-cinq opéras anglais - dont onze de son frère Stephen - qu’elle créa de 1789 à 1808, « Nancy Storace personnage de fiction », etc. Rien à redire apparemment, sauf sur un point infime : le jeune Esterházy, futur prince Nicolas II, qui se marie à dix-huit ans en 1783 n’est pas le neveu mais le petit-fils du prince alors régnant.
Marc Vignal

Emmanuelle Pesqué : Nancy Storace muse de Mozart et de Haydn, (CreateSpace) 2017, 505 p.
 
jeudi 31 août 2017 à 02h16
" En suivant Berlioz à Londres au temps des expositions universelles " à La Côte-Saint-André, seconde journée. Exposition au musée-maison natale du compositeur : pèlerinage au pays de Byron et de Walter Scott, mais surtout vénération pour Shakespeare, dans lequel l’auteur de Béatrice et Bénédict voit le grand ancêtre, sans lequel lui-même ne serait pas ce qu’il est. Nombreuses lettres, affiches, objets personnels judicieusement présentés. Retour à l’église où le London Haydn Quartet poursuit son intégrale des Quatuors londoniens de Haydn. Jeu plus incisif que la veille (premier violon jusqu’à la stridence) pour les grandioses Quatuors op. 71 n° 2 et 3, entre lesquels s’intercale le séducteur op. 64 n°4, volonté ironique de plaire à un nouveau public. Le soir au Château Louis XI, coeur du sujet et foule des grands soirs : La Damnation de Faust dirigé par John Eliot Gardiner, auréolé des mémorables Symphonie Fantastique et Roméo et Juliette des deux précédents festivals. Monteverdi Choir et Orchestre Révolutionnaire et Romantique impeccables, tout dévoués à un théâtre sonore rendant caduque la question de savoir si la « légende dramatique en quatre parties » est ou n’est pas un opéra. « Ça manque d’unité ? Moi je réponds : Merde ! », disait Emmanuel Chabrier. C’est bien ainsi que le montre Gardiner, moins dans la cohérence dramaturgique que dans la décidément moderne (et shakespearienne plus que goethéenne) étincelle résultant de la confrontation des fragments, principe déjà des Huit scènes de Faust originelles. Un fabuleux patchwork où le théâtre est dans l’orchestre, au point que les chanteurs - si ce n’est Laurent Naouri conférant à Méphisto une inhabituelle complexité (l’esprit qui nie et qui rit) - passent au second plan, impression corroborée par la pâleur expressive de Faust-Michael Spyres (quels aigus, quelle diction pourtant, Nicolai Gedda n’est pas loin !) et d’Ann Hallenberg en Marguerite, largement dépassée en émotion par le cor anglais accompagnant son « D’amour l’ardente flamme ».
François Lafon

Festival jusqu’au 3 septembre, exposition au Musée Hector Berlioz jusqu’au 30 septembre (Photo : John Eliot Gardiner©FestivalBerlioz)

mercredi 30 août 2017 à 01h20
Cette année au Festival Berlioz de la Côte-Saint-André : « Berlioz à Londres au temps des expositions universelles ». Deux manifestations ce 29 août, deux façons inventives de traiter le sujet. En matinée à l’église : début de l’intégrale en cinq concerts des Quatuors « Londoniens » de Haydn, par l’excellent London Haydn Quartet. « Un clin d’œil aux souvenirs de Berlioz dont l’appartement londonien était voisin d’un salon de musique ». Habile rapprochement : les Quatuors op. 71 et 74 de Haydn et le Quatuor op. 74 de Beethoven. Contraste évident entre le génie haydnien d’étonner sans cesse sans sortir du cadre classique, et celui, beethovénien, de faire exploser ledit cadre tout en lui rendant hommage. Galvanisés par l’énergique premier violon Catherine Manson, les Anglais jouent sur instruments d’époque, mais sans baroquiser : classiques toujours, façon pertinente de réconcilier Berlioz avec Haydn. En soirée dans la vaste chapelle des Apprentis d’Auteuil (ex-Orphelins d’Auteuil, délocalisés dans vingt-cinq départements) : La Tempête (d’après Shakespeare) par la Compagnie La Tempête. « Créer un univers fantastique, échapper à la paraphrase, stimuler l’imaginaire et provoquer un éveil constant et inconscient de l’auditeur » : ainsi Simon-Pierre Bestion - auteur, metteur en scène, chef d’orchestre et de chœur – définit-t-il son projet à la tête de ladite Compagnie. Impressionnant travail musical, convoquant Locke et Purcell, Hart et Draghi, Pécou et Philippe, Franck Martin et Berlioz pour retrouver, en musique, chant, danse et expression corporelle, les « paysages imaginaires » d’une des pièces les plus mystérieuses de Shakespeare - comédie féérique, fable politique, métaphore du théâtre, peut-être son testament d’artiste. Troupe nombreuse et polyvalente, parfum de happening post-68, exaltation des forces naturelles davantage que drame personnel du magicien Prospero (qu’on ne voit pas, jusqu'à ce qu'on découvre qu'il s'agit de Bestion, omniprésent maestro), mais surtout atmosphère de recueillement, voire de religiosité étrangère au propos shakespearien. Une manière berliozienne peut-être de prendre ses distances avec le sujet.
François Lafon

Festival Berlioz, La-Côte-Saint-André, jusqu’au 3 septembre (Photo : La Tempête©FestivalBerlioz)
 
Spirito, chœur de chambre basé à Lyon, résulte de la fusion de deux ensembles professionnels. Nicole Corti, sa directrice musicale, l’a dirigé à La Chaise Dieu, ainsi que l’Orchestre des pays de Savoie et quatre solistes vocaux, dans le Stabat Mater en sol mineur de Haydn. Composé en 1767, c’est l’ouvrage vocal du musicien d’Eszterháza qui connut la plus large diffusion en Europe avant La Création, de trente ans postérieure. Typique de la période « Sturm und Drang » de Haydn, le Stabat Mater est tourné vers l’intérieur avec une grande économie de moyens, la détente ne s’imposant qu’avc le dernier de ses treize volets : la fugue en sol majeur « Paradisi Gloria », entrecoupée de vocalises de la soprano. Dans l’assez vaste introduction orchestrale, dotée de sauts d’intervalles et de contrastes dynamiques saisissants, Nicole Corti fait montre d’un beau sens des nuances et des accents. Elle mettra d’un bout à l’autre en valeur la dimension spirituelle de l’ouvrage. Le Stabat Mater était la pièce de résistance d’une soirée commencée avec du Mozart plutôt léger et le savant Alleluia pro omni tempore (2010) de Thierry Escaich. Le même jour, en fin d’après-midi, un remarquable programme de musique de chambre intitulé  « L’âme russe » : deux importantes sonates pour violoncelle et piano, celle de Chostakovitch (1934, plusieurs fois révisée), sarcastique comme ce compositeur savait l’être à moins de trente ans, et celle de Rachmaninov (1901), monument du romantisme finissant. Xavier Phllips, un de ceux qui se sont perfectionnés auprès de Rostropovitch, et Igor Tchetuev, né en Ukraine, lauréat du Concours international Arthur Rubinstein à tel Aviv, prennent avec raison et pour notre plus grand plaisir ces musiques à bras-le-corps.
Marc Vignal
 
Abbatiale Saint-Robert et Auditorium Cziffra, 26 août (Photo : Nicole Corti © DR)