Mardi 27 juin 2017
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Tout l’été à la bibliothèque-musée du Palais Garnier (antenne lyrique de la Bibliothèque Nationale) : Mozart, une passion française. « Pas d’anniversaire, précise le trio des commissaires - Laurence Decobert, Jean-Michel Vinciguerra, Simon Hatab -, seulement de nouvelles productions de la trilogie Da Ponte ». Gageure : raconter, à partir du riche fonds maison, Mozart et l’Opéra de Paris depuis les voyages en France du jeune Amadeus jusqu’aux productions les plus récentes de ses opéras. Autour du manuscrit de Don Giovanni, relique suprême conservée à la BNF (à laquelle l’avait légué la cantatrice Pauline Viardot) et présentée pour la première fois in loco, s’organise le manège des lectures et relectures. Césure bien vue : les années 1830, au cours desquelles le compositeur à la mode devient un classique. Avant, folles adaptations : La Flûte enchantée devenant Les Mystères d’Isis, Les Noces de Figaro « rabeaumarchaistisées », Cosi fan tutte rebaptisé Les Amants napolitains (voire Le Laboureur chinois), Don Giovanni se terminant sur le Dies Irae du … Requiem (de Mozart, quand même). Après, chemin escarpé pour arriver aux actuelles interprétations « historiquement informées » (pour la musique tout au moins). Constatation : c’est plutôt au Théâtre italien ou au Théâtre Lyrique (XIXème siècle) ou au festival d’Aix-en-Provence (XXème), bref ailleurs qu’à l’Opéra de Paris, que le retour à l’original (pas seulement les langues) s’est effectué. Ce n’est par exemple qu’en 1976 (pendant l’ère Rolf Liebermann) que L’Enlèvement au sérail a été donné pour la première fois en allemand au Palais Garnier, la primeur française de la VO revenant à Aix en 1951. Parcours clair, fluide, permettant aux connaisseurs de s’y retrouver et aux néophytes de ne pas s’y perdre. Un certain humour aussi : reproduction de ce royaume de la musique (Gazette musicale de Berlin, traduit dans Le Journal des comédiens du 4 juin 1829), où Mozart est le roi, Haendel le ministre des cultes, Beethoven le généralissime, Bach le ministre de la justice et Rossini le confiseur de la cour. Beau catalogue, textes à méditer du trio des commissaires.
François Lafon

Exposition Mozart, une passion française. Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris (Palais Garnier jusqu’au 24 septembre. Tous les jours 10h - 17 h (18 h du 17 juillet au 10 septembre). Catalogue, éditions BNF, 39 euros (Photo : Mozart, son père et sa sœur d'après Carmontelle © BnF)

vendredi 9 juin 2017 à 00h05
ManiFeste 2017- suite - au Centquatre (voir ici) : Campo Santo, impure histoire de fantômes, installation/concert pour 5 musiciens, électronique et dispositif sonore et vidéo de Jérôme Combier (conception et composition) et Pierre Nouvel (scénographie et vidéo). Une drôle d’histoire, au titre emprunté à W. G. Sebald - romancier et essayiste allemand engagé -, mais inspiré, hanté même par Pyramiden, site minier de l’archipel norvégien du Spitzberg, pas loin du pôle nord, exploité par la Russie de 1926 à 1998 et depuis abandonné, synonyme de faillite économique autant que culturelle, allégorie en dur de la vanité humaine et de la mort des empires. Une « expérience sensorielle », prétexte à réflexion et à citations nombreuses lues en voix off (Sebald, mais aussi Diderot, Nietzsche, Blanqui, Derrida), à musique bien sûr et à spectacle surtout, les photos fixes et les lents travellings de la cité désertée et décatie donnant puissamment à rêver ou à cauchemarder, projetées sur un écran à géométrie variable - surface plane, angle mort, dôme au milieu duquel le sable s’écoule, frappant des plaques de métal amplifié.  « Et qui se souviendra d’eux, d’ailleurs est-ce qu’on se souvient ? », demande Sebald. C’est de cet univers minéral voué à l’abandon que se nourrit – probablement plus qu’elle ne le nourrit – la musique de Combier, méditation hypnotique traversée en live de riffs de guitare électrique, d’effluves d’accordéon, de percussions aussi variées qu’inventives (formidable ensemble Cairn). Salle bondée – le spectacle, créé à Orléans en 2016, aurait pu être doublé – mais applaudissements mesurés. Peut-être parce qu’un certain ennui est une des composantes inévitables d’un tel voyage au pays des illusions perdues. 
François Lafon

Centquatre, Paris, 8 juin (Photo © Pierre Nouvel)

vendredi 2 juin 2017 à 23h20
Danse au Centquatre (Paris) pour l’ouverture du festival ManiFeste de l’IRCAM sous-titré cette année « Le Regard musicien » : Mockumentary of a contemporary saviour (Documentaire parodique sur un sauveur contemporain) du chorégraphe, metteur en scène et cinéaste belge Wim Vanderkeybus.  Sujet inspiré par le film de Scorsese La Dernière tentation du Christ, portrait ironique d’un sauveur, idée que « c’est en temps de crise que certains jouent sur le désarroi et se dressent en détenteurs de toutes les réponses ». A entendre autant qu’à voir en effet, stade (momentanément) ultime des noces fructueuses et tourmentées des arts visuels et sonores, dont au Centre Pompidou l’exposition L’œil écoute (voir ici) raconte l’histoire, et dont l’Ircam, qui fête son quarantième anniversaire, s’est toujours revendiqué. Tandis que, dans le plus pur style Vanderkeybus bien connu des habitués du Théâtre de la Ville, les danseurs chutent et reptent, se frappent et s’enlacent, parlent beaucoup surtout, principalement en anglais, le son IRCAM les enveloppe et les porte, les caresse et les écrase, tente de faire d’eux des « corps musiciens ». Une création signée Charo Calvo - compositrice attitré du chorégraphe -, et Manuel Poletti pour la technique, faisant musique de tous sons, assez présente pour achever de structurer le maelström vanderkeybusien, parvenant surtout, mieux que le texte, à insuffler une dose suffisante de fantastique à un spectacle qui évoque moins souvent Andreï Tarkovski (Solaris) que le feuilleton télé La 4ème Dimension
François Lafon

Centquatre, Paris, jusqu’au 4 juin (Photo © Danny Willems)

Parcours de l’année au Musée National d’Art moderne (Beaubourg) : « L’œil écoute » (titre emprunté à Paul Claudel), en lien avec « Le Regard musicien » (thème , en juin, du festival ManiFeste de l’Ircam, lequel fête ses quarante printemps). Des Ballets russes (Braque et Stravinsky, Satie et ses peintres) aux Artistes musicalistes d’Henry Valensi, et jusqu’à l’« affirmation de la notation dans le champ des arts plastiques », les collections du 5ème étage du Centre Pompidou ont en effet beaucoup à proposer. Une thématique nettement typée, mais rien d’une exposition classique : c’est en déambulant au milieu des chefs-d’œuvre (40 salles) qu’on repère - ou non, ou en se perdant dans les couloirs de traverse - les ilots marqués « L’œil écoute » au sol. Pas facile non plus de passer de la théorie à la pratique, et de savourer avec l’œil et l’oreille les porosités entre les arts et autres « expérimentations verbo-voco-visuelles » évoquées. Pour cette Soirée sonore en partenariat avec Arte Radio, capteur d’atmosphère (Andrea Perugini) et « fontaine électroacoustique », visite théâtralisée avec deux comédiens jouant les badauds-guides tentent de rétablir l’équilibre. On peut aussi remplacer l’animation par l’écoute intérieure, rêver sur « Guitare et compotier » de Braque (1919) tout en s’aidant des toiles de Kandinsky, Survage ou Kupka pour faire le grand saut menant de la figuration à l’abstraction, où musique et peinture ne se nourrissent plus « que » de couleurs, de rythmes et de modulations. De juin à septembre, le cinéma et l’Espace nouveaux médias du musée s'emploient à nous éclairer sur la synesthésie, la performance, l’interprétation et même le vidéoclip.
François Lafon

« L’œil écoute », Centre Georges Pompidou, Paris, mai 2017 – avril 2018 (Photo : Dali-Hallucination partielle Six images de Lénine sur un piano (1931) © Salvador Dali, Fundacio Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacques Faujour/ Dist. RMN-GP)

dimanche 7 mai 2017 à 10h14
Tout savoir sur l’opéra russe ? C’est possible grâce au nouveau livre d André Lischke, sans doute le plus complet sur ce sujet en quelque langue que ce soit. Sont examinés dans l’ordre chronologique plus de cent trente opéras, du Meunier de Sokolovski (1779) à Cœur de chien de Raskatov (2010), d’une cinquantaine de compositeurs dotés chacun d’une notice biographique détaillée. Cela en une dizaine de chapitres allant de « L’éclosion de l’opéra russe » à la période « post-URSS » en passant par « Au plus haut » (Tchaikovski, Moussorgski et autres  Rimski) ou par « Un cas à part » (Taneïev). Prokofiev apparaît dans « Des voies diverses », avec Rachmaninov ou Stravinski, et aussi dans « L’opéra en URSS - La prégnance de l’Idéologie », avec Chostakovitch Kabalevski ou Khrennikov. Pour Boris Godounov, pas moins de quarante et une pages : circonstances de composition et de création des diverses versions, réception, éditions et travaux de restitution, les versions 1869 et 1872, les Boris de Rimski-Korsakov, Ippolitov-Ivanov et Chostakovitch, les faits historiques (1598-1605), le livret et Pouchkine, réutilisation de fragments du Salammbô inachevé, structures musicales et utilisation du folklore, liste des personnages, synopsis (1869 et 1872), types vocaux, commentaire musical (vingt-cinq pages), discographie et vidéographie. C’est dire la diversité des angles d’attaque pour cet opéra et d’autres de même stature. Une précieuse introduction (trente-deux pages) dresse le panorama des questions soulevées : les périodes de  l’opéra russe, sa bibliographie, les études musicologiques le concernant, ses sujets (historiques ou non, russes ou non), ses lignes de force (de l’allégeance au pouvoir à la subversion), ses livrets et librettistes, ses sources littéraires (omniprésence de Pouchkine), ses types vocaux, sa discographie depuis les chanteurs nés en 1850-1870, rôle du Bolchoï d’autres théâtres, l’Occident et l’opéra russe. Ces sujets réapparaissent dans la bibliographie finale. Une mine inépuisable.
Marc Vignal
 
André Lischke : Guide de l’opéra russe. Fayard « Les indispensables de la musique », 2017, 776 p. 38€

vendredi 5 mai 2017 à 23h44
Lancement à l’Opéra-Comique, de la onzième édition de Tous à l’opéra, pendant lyrique, en ce week-end électoral, de l’opération Tous aux urnes dont la culture sous toutes ses formes aura été la grande absente. Vingt-et-un théâtres sur les trente-trois membres de la Réunion des Opéras de France (ROF) y participent cette année, de l’Opéra de Paris à celui de Limoges, du Centre Lyrique de Clermont-Auvergne au Capitole de Toulouse, quelques grandes scènes (cette fois : Dijon, Nantes, l’Opéra du Rhin…) se distinguant par leur absence. Visites guidées, répétitions publiques, concerts et récitals, opérations jeunes, ateliers participatifs : un week-end prosélyte (80 000 spectateurs chaque année), pour tenter une fois de plus de persuader parents et enfants que l’opéra ne s’adresse pas qu’au troisième âge, qu’il n’est pas forcément ennuyeux, qu’il peut même être contemporain sans écorcher les oreilles. Marraine idéale de l’opération et meneuse de revue de cette soirée d’ouverture : Marie-Nicole Lemieux – voix sombre mais tempérament solaire, look chanteuse mais moderne -, en binôme avec Julie Depardieu - comédienne dans la vie et cantatrice dans ses rêves. Fil rouge : la relation amoureuse, depuis le temps béni de la séduction jusqu’à la fin, heureuse ou non, thème décliné sur tous les tons dans un pourcentage élevé d’ouvrages lyriques. Cinq chanteurs dans un cadre à taille humaine pour Dvorak et Bizet, Rossini et Gluck, Saint-Saëns et Mozart, mais surtout pour un feu d’artifice vocal orchestré par la maîtresse de cérémonie : Stéphanie d’Oustrac, formidable Carmen (rendez-vous au festival d’Aix), Philippe Talbot et ses aigus en voix mixte (on pense à Alain Vanzo), Florian Sempey désormais rossinien d’honneur, Chantal Sauton dans la tradition française (celle de Jacqueline Brumaire), et bien sûr Lemieux superstar, enchaînant Dalila, Orphée et l’Italienne (à Alger). Salle comble (soirée gratuite), public atypique, beaucoup de très jeunes, tous reprenant en chœur l’Heure exquise de La Veuve Joyeuse ou la Barcarolle des Contes d’Hoffmann. Et ce ton Lemieux, si bien adapté à la circonstance, qui convertirait à l’opéra les plus sceptiques. 
François Lafon
 
Tous à l’opéra, 6 et 7 mai - www.tous-a-lopera.fr (Photo © DR)

Rossini aimait les petits pois, il le raconte dans l’une des petites pièces de ses Péchés de vieillesse. Le mois de mai, justement, est celui des petits pois comme le dit sur son blog Alexandre Grimod de La Reynière, le père fondateur de l’art gustatif. Son blog ?? Oui, assurément : deux siècles ou presque après sa mort, il reprend, en effet, du poil de la bête grâce à Régis Confavreux, inlassable fouilleur d’archives, qui a reconstitué la vie de ce demi-aristo déjanté. Expert en scandales et provocations, paillard et combinard, ami de Cambacérès et de Restif de la Bretonne, organisateur de frasques gastronomiques, commerçant à ses heures, écrivain, parfois, Grimod de la Reynière acquiert une nouvelle et immense réputation en 1803 à la publication de l’Almanach des Gourmands, ou calendrier nutritif servant de guide dans les moyens de faire excellente chère, le premier guide gastronomique. Mais son esprit critique finit par lasser, l’Almanach cesse de paraître en 1812, et, après avoir vécu mille aventures abracadabrantes qu’Alexandre Dumas, lui-même, n’aurait pas imaginées, il termine son existence en ermite et meurt le 25 décembre 1837.
Gérard Pangon

Le blog de La Reynière : http://lareyniere.blogspot.fr/ (Photo : La Reynière © DR)

samedi 22 avril 2017 à 00h29
Au théâtre de l’Athénée : The Lighthouse (Le Phare), opéra de chambre de Peter Maxwell Davies (1980). Pas vraiment un opéra policier (en existe-t-il, d’ailleurs ?), plutôt un opéra à énigme, d’autant plus fascinante qu’elle n’a pas été élucidée. De l’incompréhensible disparition, en 1900, des trois gardiens d’un phare des îles Flannan, dans l’archipel des Hébrides, Sir Maxwell Davies, musicien déroutant, rebelle des sixties devenu Master of the Queen’s music, a tiré une fable morale censée dénoncer les méfaits de la mondialisation : Dieu et la Bête, raison et superstition, mystère des destinées, remplacement de l’homme par la machine (on apprend, à mi-chemin, que le phare a été automatisé en 1971). Musique à l’avenant, structurée par le symbolisme numérique du tarot (en particulier la Tour) : tradition anglaise (Britten, Tippett ne sont pas loin) pour les inspecteurs découvrant le phare désert, traditions ancestrales (chanson d’amour, gigue, cantique revisités) pour le bad trip des disparus, le tout lié par un cor faisant office de phare au milieu de la tempête. A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose, rien n’étant (bien entendu) explicité ni même balisé. C’est cet autre chose que tente de saisir le metteur en scène Alain Patiès - longtemps collaborateur de La Péniche Opéra - sans perdre de vue les revendications sociales du compositeur : voile du bateau, cercle du phare, barre des témoins, objets concrets parmi lesquels évoluent les trois chanteurs – ténor, baryton, basse – impressionnants en enquêteurs entrant (si l’on peut dire) dans la peau des fantômes. Beau travail d’Ars Nova, douze musiciens (dont l’excellent Emmanuel Tricheux, le cor installé dans la salle) dirigés par Philippe Nahon, habiles à entretenir le charme de cette musique hybride, sans génie mais traversée de vénéneuses intuitions.
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 28 avril. Clés de l’œuvre par Jacques Amblard le 27 à 19h, salle Christian-Bérard (Photo © DR)

mardi 11 avril 2017 à 18h35
Dans la collection Actes Sud/Classica : Gabriel Fauré, par Jacques Bonnaure. Une monographie de cent-cinquante pages, prélude à la lecture de l’ouvrage (pour l’instant) définitif de Jean-Michel Nectoux (Gabriel Fauré, les voix du clair-obscur, Fayard – 2008). Qualité rare parmi les soixante et quelques titres - forcément inégaux - de la série : celui-ci, par son ton, son écriture, sa composition, colle parfaitement au sujet. Ce n’était pas simple : personnage en demi-teinte, musicien de l’allusif, célèbre (presque) malgré lui, fuyant le monde et pourtant chéri des salons où se faisaient les réputations avant l’invention du ministère de la Culture, l’auteur (bien peu croyant) du plus célèbre des Requiem « de chambre » requiert un biographe expert en balles coupées. Bonnaure, critique musical (notamment dans le domaine lyrique) aux opinions étayées plutôt que passionnelles, croque le personnage, sa vie, son œuvre, sans chercher à mettre du drame là où il n’y en a pas, et donne avec le mélange d’humour et de distance nécessaires les clés d’une œuvre occultée par celles, au génie plus « moderne », plus éclatant, de Debussy et de Ravel. « Comme l’octogénaire Verdi, il fut un vieillard prodigieux. Il a atteint tardivement une sorte de gloire nationale, mais il est ailleurs », remarque-t-il. C’est cet ailleurs que ce petit livre nous fait le mieux découvrir. 
François Lafon

Gabriel Fauré, par Jacques Bonnaure. Actes-Sud/Classica, 192 p., 18 €

jeudi 6 avril 2017 à 00h10
Aux Bouffes du Nord : Ubu, création collective dirigée par Olivier Martin-Salvan, composition musicale de David Colosio. D’Ubu sur la Butte (1901), version (très) raccourcie d’Ubu roi par Alfred Jarry lui-même et destinée à être joué par des marionnettes au cabaret des Quat’z’Arts, l’acteur fétiche de Benjamin Lazar fait une séance d’aérobic qui dégénère : une régression moderne à la mesure de la monstrueuse parodie shakespearienne (Macbeth pour les Nuls) imaginée par l’inventeur de la pataphysique, « science des solutions imaginaires ». Une heure de délire condensé (« Le premier roi meurt en vingt lignes et la guerre arrive trois scènes plus tard »), spectacle tous terrains, place publique comme salle des fêtes : tapis de sol, objets en mousse (des plasticiens Clédat et Petitpierre), cinq étonnants comédiens-clowns-acrobates - quatre hommes, une femme, dont Martin-Salvan en Ubu prof de gym-dictateur. Public jeune et ravi, cernant l’ère de jeu « au plus près de la corporalité des acteurs ». Au premier rang ce soir : Christiane Taubira riant beaucoup, surtout à la mise en boite appuyée de … la gendarmerie. La musique, due à un membre des Cris de Paris, déjà partenaire de Martin-Salvan pour le Pantagruel monté par Lazar (voir ici), recycle, entre la Danse des canards en russe et un final de comédie musicale façon Balavoine, L’Or du Rhin de Wagner avec une science réjouissante du pied de nez sur portée. Ne serait-ce que pour cela…
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 23 avril. En tournée jusqu’au 9 juin