Mercredi 23 mai 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
A l’Athénée : 23 rue Couperin, texte et mise en scène de Karim Bel Kacem, Ensemble Ictus dirigé par Alain Franco. Enfin un hommage au compositeur né il y a trois-cent cinquante ans, anniversaire occulté par le centenaire Debussy ? Pas du tout : Couperin est l’une des huit barres d’une cité d’Amiens-Nord, chacune portant le nom d’un musicien français (de Gounod à Ravel, auquel on a ajouté Mozart, génie universel), toutes constituant le quartier du Pigeonnier, en souvenir de l’ancienne affectation du lieu. Une histoire de mots donc : « Enfant, je pouvais passer de Couperin à Mozart pour aller à Debussy », raconte Bel Kacem. Le spectacle – pas une pièce, ni un concert, une « installation scénique » pourrait-on dire – commence par la destruction de la barre (impressionnant écroulement) après une nuit d’émeute (vrais lacrymogènes, on pleure dans la salle, quelques baroqueux ont déjà pris la fuite) : « A coup de dynamite, ouvrir la cage aux oiseaux et libérer la parole retenue ». A mi-parcours, cinq instrumentistes (piano, alto, percussions, guitare, flûte) viennent s’installer à l’avant-scène et se lancent dans un quizz-pot-pourri très virtuose et assez jouissif, où passent les musiciens du Pigeonnier. Indications en surtitre : « Que dit Couperin à Couperin ? » ; « Ils tournèrent autour de Franck en longeant Gounod et Mozart et finirent à Debussy » ; « Ils partirent de Messager en suivant Franck », tout cela pendant qu’un pigeon géant entreprend de reconstruire la barre, pièce après pièce. Un exercice de haute culture (il faut bien connaître l’œuvre pour orgue de Franck, entre autres, pour s’y retrouver) débouchant sur un monologue résumant le drame des banlieues, tandis que s’envolent de vrais pigeons et que s’affiche un proverbe berbère disant : " Ne ressent la brûlure de la braise que celui qui a marché dessus  ». La cage aux oiseaux ainsi ouverte, reste en effet à construire un monde « qui soit à la fois poétique et politique ». Karim Bel Kacem y travaille. Il y a du pain sur la planche. 
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 19 mai (Photo © Isabelle Meister)

mercredi 9 mai 2018 à 17h43
Parution, en édition limitée, de deux imposants coffrets chez Harmonia Mundi qui souffle cette année ses 60 bougies : 34 CD pour résumer le parcours d’un label qui a réussi à combiner l’exigence artistique de son fondateur Bernard Coutaz, avec un succès commercial qui lui permet de rester l’une des marques les plus actives dans le domaine du disque classique. Même en ces temps de dématérialisation de la musique enregistrée, cette summa, réalisée avec le soin que le label accorde habituellement à son fond de catalogue, ne peut qu’attirer les mélomanes qui retrouveront (pour les vétérans) ou découvriront (pour les plus jeunes) les incontournables de la maison : le programme de cette « Generation Harmonia Mundi » donne le tournis, avec beaucoup d’enregistrements « de référence », des songs de Dowland par Alfred Deller à l’Atys de Lully par William Christie. Le premier volet, « Le temps des révolutions » revient sur l’époque héroïque du renouveau baroque (l’interprétation « historiquement informée », si l’on préfère) dont l’histoire se confond presque avec celle du label. Dans le second volet, « L’esprit de famille » on retrouve l’iconique Alfred Deller et ses héritiers (Andreas Scholl, Bejun Mehta), René Jacobs, Philippe Herreweghe et Isabelle Faust, pour ne citer que quelques artistes dont le parcours serait inimaginable sans le soutien du disque. Un travail éditorial exemplaire, mis en perspective par des interviews d’Eva Coutaz, l’ancienne PDG, et de l’actuel directeur Christian Girardin. 
Pablo Galonce

Generation Harmonia Mundi, The Age of Revolutions (HMX 2908904.19, 16 CD) et The Family Spirit (HMX 2908920.37, 18 CD), sortie le 11 mai.
samedi 28 avril 2018 à 10h19
Chez les éditons Encre Marine, parution de L’endroit du paradis, recueil de textes posthume de Clément Rosset. Le philosophe disparu le 28 mars dernier avait, on le sait, une ouïe exceptionnelle pour la musique, son objet d’étude de prédilection. Comme dans cette « Offrande musicale », article publié à l’origine en 1992 et repris ici. Impossible de gloser sur ce texte qui se passe de tout commentaire, libre qu’il est, comme toujours chez Rosset, de toute prétention et écrit sans le moindre jargon. On ne peut que le citer et se laisser éblouir encore une fois par la précision de son style : 

« Quelle est cette réjouissance apportée par la musique, dont je pense, à part moi du moins, qu’elle éclipse toute autre réjouissance ?
« Le chant dorien des moines est sans rapport avec le texte qui l’accompagne, la musique des opéras de Mozart est sans rapport avec le contenu de ses livrets, les partitions de Luciano Berio sont sans rapport avec les textes dont elles jouent : sans rapport autre qu’une coïncidence spatio-temporelle simplement admise par le musicien pour qui tout texte ne sera jamais qu’une occasion de se taire et de se mettre à l’écart, tout en faisant semblant d’évoquer quelque chose.
« Tel est le premier secret de l’art musical : de ne rien cacher, d’être un prétexte sans texte. Imitation illusoire pour ne rien imiter, la musique se résout à ce simple paradoxe d’être une forme libre, flottante, originairement à la dérive, comme on le dirait d’une surface sans fond ou d’un vêtement sans corps.
« Le musicien est comme le voyageur prudent, préparé au vide des auberges où il ira loger : il apporte son réel avec lui. Il le fait résonner pour la première fois – y compris, naturellement, lorsqu’il s’agit de seconde ou de troisième audition.
« L’objet musical fascine parce qu’il se situe hors du champ du désirable, réalisant cette condition paradoxale, souvent rêvée mais jamais accordée hors l’espace musical, de n’être « pas comme les autres », c’est-à-dire justement d’être parfaitement autre, dans le sens où des psychanalystes modernes disent que l’objet du désir est ailleurs et que tout désir est désir de l’autre, inassouvissable à souhait.
« L’écoute musicale est d’effet paradoxal : moment de jouissance totale mais sans raison de jouir, ni sans personne qui puisse être réputé jouir. Qui parle ? Qui écoute ? De quoi est-il question ? Il n’y a ici ni message ni récepteur : le message est blanc et celui qui aurait pu l’entendre est de toute façon évanoui, perdu dans une béance anonyme.
« La musique n’est ni vraie ni belle. Elle est, répétons-le, essentiellement autre et n’apparaît précisément comme étrangère que dans la mesure où elle n’est pas susceptible de se laisser représenter, de se prêter à une adjudication intellectuelle ou morale : beau, pas beau, vrai, pas vrai.
« Face à la musique l’auditeur est toujours pris de court, pris par surprise. C’est que l’effet musical est avant tout un « effet de réel », et que le réel est la seule chose du monde à laquelle on ne s’habitue jamais complètement. »
Pablo Galonce
vendredi 20 avril 2018 à 19h04
Aux éditions Actes Sud : Rencontre, entretiens avec Valery Gergiev. Quand l’interviewer Bertrand Dermoncourt demande au maestro sa version sur l’allégeance à Staline (1936) de son cher Prokofiev, celui-ci répond : « Devenu un compositeur mondialement célèbre, il revient à Leningrad et se rend compte que sa musique y est jouée, notamment ses opéras, et que le niveau d’ensemble de la vie musicale est très élevé. C’est donc pour des raisons artistiques et politiques qu’il décide de revenir en URSS ». Rien, entre autres, sur le rôle controversé dans ce retour de Mira Mendelssohn, seconde épouse du compositeur. C’est le même système de défense (si l’on peut dire) qu’adopte Valery Gergiev quand arrivent les inévitables questions sur ses liens avec l’actuel président : « Les grands théâtres et musées russes doivent porter l’orgueil culturel national. C’est ce que Vladimir Poutine a bien compris en arrivant à la présidence en 2000 ». Il insiste par ailleurs sur le fait que c’est plusieurs années avant son accession au pouvoir suprême qu’il a été nommé directeur du Théâtre Mariinski de Saint Pétersbourg. Interrogé sur le concert qu’il a donné dans les ruines de Palmyre à peine libérées par Daesh (5 mai 2016), il rappelle que la manifestation était intitulée « Prière pour Palmyre. La musique fait revivre les pierres ». Même tactique à propos des Pussy Riot condamnées pour blasphème : « Il ne faut pas oublier que la « provocation » a eu lieu dans la cathédrale du Christ-Sauveur, démolie sur ordre de Staline et reconstruite avec l’argent des croyants ». Seule dénégation frontale, concernant les lois homophobes promulguées par Vladimir Poutine : « Il est faux d’affirmer que je soutiens la loi en question, alors que tout mon parcours prouve que j’ai toujours été en faveur de l’égalité des droits ». Conclusion : « La Russie telle qu’on la présente dans les médias occidentaux n’est pas la Russie que je connais. Même chose pour Poutine : entre celui présenté par les médias occidentaux et celui que je connais, le fossé est immense. Peut-être qu’on ne lui pardonne pas d’être si fort et de ne jamais rendre de compte à personne ». Polémique mise à part, tout Gergiev est là : Russie éternelle d’abord, et l’art pour fédérer les forces. Entretiens passionnants par ailleurs, description (aménagée ?) d’une carrière hors normes, portraits d’artistes pertinents, même si l’on peut méditer sur son enthousiasme envers le compositeur officiel Rodion Chtchedrine, ou sur sa descente en flammes de Pierre Boulez : « Cette période assez stérile de l’histoire de la musique est terminée, heureusement. Cela dit, c’était un grand chef d’orchestre ». 
François Lafon

Valery Gergiev, Rencontre. Entretiens avec Bertrand Dermoncourt. Actes Sud, 211 p., 22 euros

Sensation aux Etats-Unis : dans la liste des Prix Pulitzer, la catégorie Musique récompense cette année Kendrick Lamar pour son album DAMN. Une vraie révolution car un rappeur se trouve ainsi en compagnie des compositeurs classiques américains Elliott Carter, Steve Reich, John Adams, Aaron Copland, Roger Sessions et autres George Perle, jusqu’ici considérés presque comme les seuls éligibles à cette distinction plutôt modeste en termes monétaires (15000 dollars) mais auréolée d’un énorme prestige. Même le jazz, patrimoine américaine s’il en est, n’avait été reconnu que deux fois depuis que le Prix Pulitzer existe (1943) à travers la musique de Wynton Marsalis et Ornette Coleman. La fin d’un paradigme ? Plutôt la reconnaissance enfin d’un phénomène. Le seul rapproche que l’on puisse faire à cette distinction c’est qu’elle arrive en réalité tard : le rap est depuis au moins trente ans le style le plus novateur dans la musique américaine (toutes catégories confondues) dont même certains compositeurs « classiques » essayent de s’inspirer pour trouver cette puissante alchimie entre mots, rythmes et harmonies.
Pablo Galonce
 
dimanche 15 avril 2018 à 12h31
Querelle des anciens et des modernes version 1974 : faut-il écouter Les Indes galantes de Rameau par le moderne Jean-François Paillard (4 LP Erato) ou par l’ancien Jean-Claude Malgoire (3 LP CBS) ? C’est l’époque où l’on découvre que pour être moderne, il faut être ancien. Malgoire connait la question : il a été cor anglais à l’Orchestre de Paris, membre de l’Ensemble « de musique contemporaine » 2e2m et jazzman en compagnie de Michel Portal, et s’est fait un nom - avec La Grande Ecurie et la Chambre du Roy qu’il a fondé en 1966 - parmi les modernes à l’ancienne que les anciens modernes traitent déjà de baroqueux. Sa façon plus enthousiaste que technique de secouer la poussière séculaire lui vaudra deux désagréments complémentaires : d’un côté il servira de bouc émissaire aux « tradi » prétendant que les baroqueux ne sont que des boy-scouts éphémères, de l’autre il sera dépassé par ceux auxquels il aura ouvert la voie et qui n’auront de cesse de prouver qu’ils ne sont ni boy-scouts ni éphémères. Avec son Atelier Lyrique - qu’il qualifie « d’art et d’essai » - au Théâtre Municipal de Tourcoing (rebaptisé Raymond Devos, lui-même musicien éclectique), il entretiendra la flamme trente-sept ans durant (1981-2018). Ses deux derniers programmes, avant de disparaître brusquement dans la nuit du 13 au 14 avril : Pelléas et Mélisande de Debussy et La Création de Haydn, comme pour montrer une fois pour toutes que la querelle des anciens et des modernes est un faux problème. 
François Lafon
 
Début du cycle « Le Collège de France reçoit l’Opéra National de Paris » (350ème anniversaire de la maison – Le Collège, lui, fêtera son 500ème en 2030) : master-class de Philippe Jordan sur Don Giovanni de Mozart, avec les résidents de l’Académie de l’Opéra. Amphithéâtre Marguerite de Navarre bondé, réactions d’un public trié sur le volet, beaucoup découvrant à quel point une belle voix n’est que l’enfance de l’art. Jordan aussi décontracté qu’à l’Amphithéâtre Bastille, où ses master-classes font salle tout aussi comble. Cinq chanteurs et deux pianistes, cinq caractères trempés à manier en orfèvre, parmi lesquels Angélique Boudeville (soprano - voix du Bon Dieu mais diction à parfaire), Danylo Matviienko (baryton - tout pour lui, déjà une assurance de divo), Maciej Kwasnikowski (ténor – technique de rêve à dépasser). Maîtres mots : contraste, articulation, dynamique, tempo. Petit florilège : « Si l’orchestre est trop fort, c’est peut-être parce que vous chantez trop fort » ; « Mozart selon Alfred Brendel : trop facile pour les enfants, trop difficile pour les adultes » ; « Si la ligne de chant résiste, écoutez l’orchestre. Vous y trouverez peut-être le crescendo révélateur» ; « Dans la Sérénade de Don Giovanni, ne chantez pas piano, chuchotez forte » ; « Don Ottavio ? Un chevalier, pas un toutou » ; « Les deux mesures d’introduction du Trio des Masques faisaient dire à Richard Strauss qu’il donnerait toute son œuvre pour les avoir inventées » ; « Don Giovanni : miel dans la bouche, mâchoires musclées » : «  Ottavio, il y a des petites notes qui rendent inutiles les grands effets » ; « Chez Mozart, plaisir n’est jamais synonyme de laisser-aller. » ; « Théâtre et musique :  pourquoi le thème de l’aria Non mi dir est-il exposé dès le récitatif ? ». A suivre : conférences jusqu’en avril 2019 (Dmitri Tcherniakov, Anne Teresa De Keersmaeker, Stéphane Lissner…)
François Lafon

Collège de France, Paris, 10 avril (Photo © DR)

mercredi 21 mars 2018 à 23h37
A l’Amphithéâtre de l’Opéra – Bastille : Kurt Weill Story par les chanteurs, pianistes et instrumentistes de l’Académie de l’Opéra, mis en scène par Mirabelle Ordinaire, ex-de l’Académie. Quel Kurt Weill ? l’Allemand (avec Brecht), le Français (qui compose La Complainte de la Seine pour Lys Gauty) ou l’Américain, exilé fournissant des musicals à Broadway ? Les trois bien sûr, mêlés dans un spectacle-audition où les chanteurs jouent leur propre rôle jouant des personnages typés interprétant songs, chansons et ensembles : triple distanciation (Brecht encore), quadruple même si l’on inclut le public qui boucle la boucle en assistant à l’audition… des pensionnaires de l’Académie. Tout cela inventif et divertissant, maniant le private joke (enfin, on l’imagine) et l’autodérision sans tomber dans l’entre-soi. Un exercice de haute école surtout, les trois Weill exigeant des qualités complémentaires et parfois opposées tout en restant du Weill, génie du théâtre en musique à l’expression simple cachant une technique sophistiquée. Question à jamais irrésolue : voix lyriques ou non ? Weill rêvait de voix d’opéra pour Mahagonny et incluait du chant savant dans ses musicals (l’ « Ice cream Sextet » de Street Scene). Ici personne n’imite Lotte Lenya ou Gisela May, mais chacun s’adapte non sans finesse : roulades rossiniennes pour le "Duo de la jalousie" de L’Opéra de Quat’sous, technique « chanson » pour Pauline Texier (soprano) dans Je ne t’aime pas (paroles de Maurice Magre), parodies d’opéra russe pour "Tchaikovski" (Lady in the dark) où le baryton ukrainien Danylo Matviienko (photo) fait crouler la salle. Vent de Fregoli aussi chez les accompagnateurs : il suffit pour cela d’entendre les cordes de l’Académie dans le "Tango ballade" de L’Opéra de Quat’sous ou le pianiste Benjamin d’Anfray chalouper jazz, tous se retrouvant au final pour un Youkali (paroles de Roger Fernay pour la pièce Marie Galante ou l'Exil sans retour de Jacques Deval) qui résume tout : « C’est presque au bout du monde, c’est dans notre nuit comme une éclaircie, c’est le pays de nos désirs ».
François Lafon

Opéra National de Paris – Bastille – Amphithéâtre. Tous publics les 23 et 24 mars (20h), scolaires le 22 mars (14h) (Photo © DR)

jeudi 8 mars 2018 à 19h06
A l’occasion d’un questionnaire publié dans le recueil De la tradition théâtrale (Idées/Gallimard, 1975), le metteur en scène et comédien Jean Vilar dresse une liste des derniers mots prononcés par quelques personnages emblématiques : « pureté » (Phèdre), « silence » (Hamlet), « oublier » (Auguste dans Cinna), « arracher » (Œdipe-Roi), « cassette » (L’Avare), etc. A l’opéra, cela fonctionne souvent : « plaisir » (Isolde), « béni » (Werther) « Oui, oui » (La Maréchale du Chevalier à la rose), « donne » (Pelléas), « vérité » (Saint François d’Assise de Messiaen), « paix » (Orfeo de Monteverdi), « liberté » (Orphée de Gluck), « sang » (Wozzeck), « non » (Lulu), « toi » (Lucia di Lammermoor), « joie » (La Traviata), « ciel » (Aida), "Ciel" (Macbeth), « ah ! » (Faust de Gounod), « ah ! » (Faust de Berlioz), « vouloir » (Doktor Faust de Busoni), « éternité » (Faust dans Mefistofele de Boito), « malédiction » (Rigoletto), « scène » (Falstaff), « chef » (Lohengrin), « Graal » (Parsifal), « divin » (Néron de Monteverdi), « sort » (Didon de Purcell), « immortelle » (Didon dans Les Troyens de Berlioz), « jeu » (La Cenerentola), « roi » (Hamlet d’Ambroise Thomas), « mien » (Eugène Onéguine), « amour » (Turandot de Puccini et de Busoni), « nuit » (Barbe-Bleue de Bartok). « Le poète a toujours le dernier mot », conclut Vilar. Il va sans dire qu’à l’opéra, où les livrets sont au service de la musique, c’est le compositeur qui l’a, ou plutôt qui s’en passe puisqu’il a le pouvoir de dire l’indicible. 
François Lafon
(Photo © DR)
jeudi 8 mars 2018 à 21h26
2% de partitions signées par des femmes : pas assez de compositrices dans les programmes des concerts, se désole la Ministre de la Culture et de la Communication, à l’occasion de la Journée de la Femme. Pour y remédier, le HCE (Haut Conseil à l’Egalité femmes-hommes) préconise un système de bonus-malus. Objectif : parité absolue. Réponses habituelles du milieu, recevables (le déséquilibre résulte d’un héritage essentiellement masculin) ou non (on connait peu de chefs-d’œuvre composés par des femmes). Selon Le Parisien, Claire Bodin, directrice du festival Présences féminines (Toulon) dit devoir envoyer quatre-vingt-un e-mails contre deux en général (?) pour trouver une partition signée d’une femme. Et chacun de citer Hildegard von Bingen (Moyen-Age) et Elisabeth Jacquet de la Guerre (XVIIème-XVIIIème siècle), Fanny Mendelssohn et Clara Schumann (XIXème siècle), Lili Boulanger et Germaine Tailleferre (XXème siècle). Impossible, pourtant, de refaire l’histoire : pour que la parité soit juste et effective, il faut en créer les conditions, et l’on sait que talent artistique et égalité des chances ne vont pas toujours de pair. Notre époque est en progrès, de Kaija Saariaho à Violeta Cruz (voir ici), mais ces compositrices composent de la musique … contemporaine, réputée peu accessible au grand nombre. Encore un tabou, que quotas, commandes officielles et bonnes intentions auront du mal à abattre. 
François Lafon
(Photo © DR)