Jeudi 14 décembre 2017
Concerts & dépendances

Vous ne trouverez aucun article dans la presse sur la rencontre qui vient de se tenir à la Cité de la Musique de Paris et pour cause : les journalistes n’y étaient pas les bienvenus. Pourtant, de cette réunion sortiront les affiches des prochaines saisons des grands orchestres et salles de concert du monde. C’est la conférence annuelle (exclusivement réservée aux professionnels, bien entendu) de l’IAMA. Derrière cet acronyme anglais se cache l’International Artist Manager's Association, en bon français l’association internationale d’agents artistiques classiques. Pendant quelques jours donc, cette confrérie très fermée qui négocie au nom de chefs, chanteurs et solistes, rencontre les responsables de programmation des orchestres pour essayer de leur vendre leurs artistes. Rien à signaler donc, sauf que la filière a dernièrement connu quelques soubresauts : quand Gustavo Dudamel a quitté Askonas Holt, son agence de toujours, pour rejoindre Van Walsum (dirigée par par un ancien d’Askonas, Stephen Wright), cela a provoqué un véritable tremblement de terre. Mais c’est rare que les agents classiques soient ainsi mis en lumière : le mélomane ne se soucie pas d’ailleurs du contrat de Simon Rattle ou Anna Netrebko, alors que les cachets des stars du cinéma ou de la pop font la une de magazines, pour ne rien dire des salaires des footballeurs.
C’est un monde où l’on parle surtout l’anglais : les agences britanniques tels que Harrison Parrott, IMG Artists, Askonas Holt, Hazard Chase et américaines comme CAMI font la pluie et le beau temps dans le monde classique face à quelques poids lourds allemands (Konzertdirektion Schmid) et même français (Valmalete, Jacques Thelen). Mais l’avenir se prépare peut-être déjà : les agences chinoises pointent du nez quand ce ne sont pas les agences occidentales qui s’installent en Chine. Le pays au trente millions de pianistes sera demain le premier exportateur de talents musicaux.

Pablo Galonce
 

Concours des jeunes stars lyriques : finale. Le public est là, les chanteurs jouent leur va-tout. Un objectif : l’efficacité. Deux armes : le métier et l’inspiration. Pas de révélation, mais pas de catastrophe non plus. Aux délibérations, le jury est partagé : le premier prix à Claire-Adeline Puvilland (finesse, sûreté, musicalité) ou à Romie Esteves (contrôle, expérience, aplomb) ? La seconde l’emporte. Unanimité pour Thomas Dear, basse et fier de l’être, avec la pointe d’humour nécessaire. Le public, lui, vote pour Anne Derouard, sûrement parce qu’elle possède une grande voix, mais aussi, on l’espère, parce que cette soprano imposante est infiniment touchante. Les organisateurs de Musique au cœur du Médoc ont de la suite dans les idées : dans leurs châteaux de contes de fées, pourquoi les voix ne donneraient-elles pas, elles aussi des crus classés ?

François Lafon

 

Concours de jeunes stars lyriques, demi-finale. Dans l'auditorium (anciennement salle des vaches) du château Kirwan, à Cantenac, l'atmosphère s'est détendue. Les huit chanteurs sélectionnés ne sont plus les victimes désignées d'un jury retranché derrière une longue table, mais des artistes décidés à convaincre. Ils défendent leurs personnages, utilisent leur technique pour raconter une histoire. Nouvelles discussions avec les jurés. Que dire à l'éliminée à la jolie robe imprimée, sinon qu'aujourd'hui, elle n'a pas franchi le pas avec les autres, que ses efforts n'ont plus fait office de promesses? Le jury prend le risque de se tromper, d'être injuste, de décourager. Le candidat s'expose à la critique, à l'arbitraire. S'il fait carrière, ce sera son pain quotidien. S'il renonce, il s'en voudra de ne pas avoir persévéré. Demain, finale publique avec ... prix du public. Une troisième force en présence, qui peut bouleverser la donne. La condition de l'artiste ne relève décidément pas d'une science exacte. 
François Lafon

 « Musique au coeur du Médoc. Des rendez-vous inoubliables entre musique et vins ». L'intitulé sentirait son marketing si une vidéo, diffusée la saison dernière, ne montrait un concours de chant plutôt convivial, sérieux sans jouer à la compétition incontournable et définitive. Arrivé, pour la troisième édition de cet OVNI dans le paysage musical, à la gare de Margaux, c'est à dire au bout du monde, mais un bout du monde dont le moindre village, le moindre château portent un nom de cru classé. Règle du jeu : musique française. Cette année : Berlioz, Meyerbeer, Offenbach. Deux Français d'adoption sur trois : tendance. Les organisateurs Elisabeth Vidal et André Cognet, chanteurs eux-mêmes et amoureux (ce qui n'est pas si fréquent) des voix des autres, sont aux cent coups : le nuage de cendres islandais fait fondre le jury (Dalton Baldwin est cloué à New York et Michel Plasson à Parme), et la grève des trains disperse les candidats. Une douzaine, surtout des filles, tentent leur chance devant un jury restreint, impressionnés par le truculent Henri Maier, ancien directeur de l'Opéra de Leipzig, et par Sylvia Sass, la Callas hongroise, star d'une époque où les brûleurs de planches foulaient encore les scènes. Premier jour : éliminatoires. Les candidats font le grand écart entre le romantisme berliozien et le délire offenbachiesque. Résultats inattendus : La Grande Duchesse de Gérolstein déteint sur La Damnation de Faust. Une basse franco-anglaise manie le premier degré selon Meyerbeer avec un aplomb imperturbable. Conclusion d'une des initiatrices du projet, hôtesse d'un des châteaux cernés de vignes où se déroulent les épreuves : "On peut multiplier à l'infini les dégustations de voix comme les dégustations de vins. Le mystère reste entier". Discussion avec les quatre éliminés du jour : "Ce n'est pas une sanction, mais une invitation à progresser", précise André Cognet. En ce temps de paradoxe, où l'autorité ne fait plus recette mais où la télévision booste son audience avec des compétitions de dîners en ville, tout cela est très tendance. 

François Lafon