Jeudi 19 avril 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon

Parution, aux Editions du Pommier (collection Co-loc), de Figures du Messie, un recueil choral à propos du Messie de Handel révisé par Mozart, donné au Châtelet en mars 2011 dans une mise en images virtuelles d’Oleg Kulik. Quelques belles signatures - parmi lesquelles Florence Delay, Vincent Delecroix, Jean-Claude Guillebaud, Bernard Sichère, Gilles Cantagrel - dans le sillage des têtes pensantes de l’opération : Michel Serres (directeur de la collection et prêcheur au sein du spectacle), Benoit Chantre (dramaturge dudit spectacle), et le philosophe René Girard, grand maître de la théorie du bouc émissaire et du désir mimétique. C’est dire le sérieux du propos, ainsi que la vocation pastorale de cette réflexion autour du plus célèbres des oratorios, composé en trois semaines par un Handel inspiré. On en oublierait presque que ce Messie relooké était musicalement lourd et dramatiquement opaque, comme pour montrer que l’évidence céleste n’est pas de ce monde. A la fin de l’article qu’il consacre à cette parution dans son blog La République des livres, Pierre Assouline rappelle que dans la maison jumelle de celle où Handel a composé Le Messie, Jimi Hendricks a vécu en 1968 et 1969 avec sa petite amie anglaise Kathy Etchingham, et « se prend à rêver de ce que la guitare de Jimi aurait pu faire de l'"Alleluia" du Messie de son voisin de palier, avec le génie qu'il déploya lorsqu'il s'empara du Star Spangled Banner à Woodstock. ». L’évidence céleste, peut-être.

François Lafon

Figures du Messie. Editions Le Pommier, collection Co-loc, 206 pages, 17 €.

mardi 24 avril 2012 à 10h56

D’un côté, les chefs juniors – Gustavo Dudamel, Lionel Bringuier, Omer Meir Wellber -, de l’autre les ancêtres : Anton Coppola, oncle de Francis Ford Coppola et grand-oncle de Nicolas Cage, vient de faire ses adieux à quatre vingt-quinze ans en dirigeant Aida à l’Opéra de Tampa (Floride). Sur son blog Slipped disc, Norman Lebrecht a lancé une recherche des plus vieux maestros en activité. Premier de la liste : Franz-Paul Decker, quatre-vingt neuf ans (la photo à gauche ne date pas d'hier), qui a reçu les conseils de Richard Strauss, dont il devait diriger fin avril la Symphonie alpestre à Montréal (mais il a dû annuler). Pas loin derrière : Stanislaw Skrowaczewski, de quatre mois le cadet de Decker, programmé cette semaine à la tête de l’Orchestre du Minnesota. Découverte d’un internaute : Howard Cable, né en 1920, chef, arrangeur, compositeur et producteur de radio, spécialisé dans la musique légère, et toujours en activité. Des seconds couteaux, à part Skrowaczewski. Depuis que Paul Paray (à quatre-vingt-douze ans) et Kurt Sanderling (à quatre-vingt-dix) ont déposé la baguette, le métier rajeunit. On comptait sur Pierre Boulez (né en 1925), mais sa santé l'oblige à annuler la plupart de ses concerts.

François Lafon
 

mardi 24 avril 2012 à 09h42

En 2013, bicentenaires Wagner et Verdi, nés tous deux en 1813, respectivement le 22 mai et le 10 octobre. Répertoire courant, peu de scoops à espérer : La Scala de Milan ouvre sa saison avec Lohengrin et programme six Verdi (dont Oberto, son premier opéra, et Falstaff, son dernier), l’Opéra de Paris promet une version améliorée de la contestable Tétralogie initiée en 2010, les Chorégies d’Orange jouent la sécurité avec Le Vaisseau fantôme et Un Bal masqué. Au jeu des anniversaires, apparemment moins prisé depuis la crise, on pourrait ajouter celui d’Arcangelo Corelli, né en 1713, et - pourquoi pas ? - le cinquantenaire de la disparition de Francis Poulenc (1963), voire les deux-cents cinquante ans de la mort de Franz Danzi et Jacques-Martin Hotteterre (1763). On pourrait aussi, au concert comme à l’opéra, réserver une petite place à Benjamin Britten, né en 1913. Un Peter Grimes à Berlin, un Tour d’écrou à New York, un Mort à Venise à Amsterdam, un War Requiem à Radio France améliorent à peine un ordinaire déjà enviable pour un compositeur encore considéré comme contemporain. Et ce ne sont pas les six œuvres commandées pour l’occasion par l’Association Britten aux très contemporains Harrison Birtwistle, Magnus Lindberg, Per Norgard, Wolfgang Rihm, Richard Rodney Bennett et Judith Weir qui vont contribuer à rassurer les programmateurs.

François Lafon
 

Salle de bal nordique ? Pièce à vivre d’un chalet de montagne ? Décor pour une Tétralogie écolo ? Couloir du temps aux reflets cuivrés ? Ordinateur vu en coupe ? Les affiches Näher an der Klassik (Plus près du classique) annonçant le cycle de musique de chambre du Philharmonique de Berlin, font un tabac sur la Toile. Il s’agit en fait d’un voyage au centre de quelques instruments de musique, conçu par le photographe Björn Ewers et réalisé par les rois du cliché chic Andreas Mierwa et Markus Kluska, lesquels ont utilisé un Hasselblad numérique avec objectif grand angle ouvert à f/22 en pose longue de 4 secondes, d’où l’impression de vastitude qui se dégage de l’ensemble. Pas ou très peu de HDR (traitement numérique) : lumière du flash et fumée de cigarette pour les effets de halo. Réactions d’un internaute : « Quand je lis qu’il a fallu découper des instruments, je peux pas m’empêcher de hurler “Massaaacre”. » Réponse de Ewers : « Le violoncelle était en réparation et déjà ouvert. C’est la flûte, avec ses effets de miroir, qui a été la plus difficile à photographier. ». Autre réaction : « Je suis sûr qu’on dort bien là dedans ». Pour un cycle de musique de chambre…

François Lafon

dimanche 15 avril 2012 à 19h46

Vous hésitez à vous lancer car vous ne savez pas quel instrument choisir ? Eh bien voilà la solution : suivez la piste.

mercredi 11 avril 2012 à 09h43

« Qui connaît Rossini ? Aucune biographie digne de ce nom n’existe en français. » « Non, la musique de Rossini n’est pas une musique facile. », « Non, Rossini n’est pas le gai luron insouciant que ses opere buffe laissent deviner. » Le ton et donné : dans leur petit livre bien écrit, bien documenté, Jean et Jean-Philippe Thiellay se posent en redresseurs de torts tout autant qu’en gardiens du dogme. Passée l’introduction, le récit se fait plus aimable, mais pas moins militant : « La vraie renaissance rossinienne, que l’on pourrait tout autant appeler une résurrection, s’est faite en plusieurs temps. » Allez, après cela, insinuer qu’après avoir été sous-évalué, le Cygne de Pesaro est surévalué. La bibliographie rossinienne n’attend plus qu’une analyse critique de ce regain de fascination.

François Lafon

Rossini, par Jean Thiellay et Jean-Philippe Thiellay. Actes-Sud-Classica, 212 p., 18,50 €

vendredi 6 avril 2012 à 10h42

Le 33 tours fait son come back, le 45 tours aussi. Seulement au Royaume-Uni et uniquement le 21 avril, pour le Record Store Day (jour des disquaires indépendants), EMI lance un scoop en édition limitée de mille exemplaires : la Habanera de Carmen en version duo, par Maria Callas et Angela Gheorghiu. Matériau de base : l’air en question dans le récital Callas à Paris (1961). Disparition de l’Orchestre National de la RTF dirigé par Georges Prêtre, re-recording par les musiciens du Royal Philharmonic, casque sur l’oreille, reproduisant les (nombreuses) variations de tempo de l’original, alternance et/ou unisson des voix de Callas et de Gheorghiu, retravaillées pour donner l’impression que les deux dames ont enregistré le même jour et dans le même lieu. Problème technique relevé par Jonathan Allen, directeur du remastering : la voix de Gheorghiu est plus riche en harmoniques que celle de sa devancière. Comble du kitsch, mais prétexte à relancer l’album « Angela Gheorghiu, hommage à Maria Callas », paru l’année dernière, où l’on constatait que la copie n’égalait pas tout à fait le modèle.

François Lafon

www.recordstoreday.co.uk

mercredi 4 avril 2012 à 10h28

La Scène lyrique autour de 1900, en parallèle avec la reconstitution, à l’Amphithéâtre Bastille, d’un tableau des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg version 1893. Un gros ouvrage abondamment illustré et complétée par des documents sonores éclairants, pour tout savoir sur l’éthique et l’esthétique des spectacles avant la montée des avant-gardes liée, selon les auteurs Rémy Campos et Aurélien Poidevin, à l’apparition des metteurs en scène et à la relecture critique des œuvres. A travers images, traités et témoignages : les arts et techniques scéniques, la tenue et l’éloquence héritées des classiques, la boite à outils complète de l’acteur lyrique, jusqu’aux jeux de mains, à la façon de se grimer ou de chanter à deux sans tourner le dos au public. Plus qu’un traité d’érudition, une plongée dans un monde pas si révolu que cela, puisque certaines traditions en sont encore enseignées dans les conservatoires et qu’on les retrouve jusque dans des spectacles peu soupçonnables de passéisme. Un excellent point de départ, en tout cas, pour une réflexion sur le « on a tout essayé mais on va encore brouiller les pistes » qui prévaut actuellement dans la représentation des oeuvres du passé et même du présent.

François Lafon

La Scène lyrique autour de 1900, de Rémy Campos et Aurélien Poidevin. 1 livre + 2 CD L’œil d’or, 458 p., 50 €

lundi 2 avril 2012 à 08h26

« Vous êtes malheureux en amour, ou en train de divorcer ? Votre partenaire a cessé de vous écouter ? Vous n’avez plus d’autorité sur vos enfants ? Vous ne vous entendez pas avec vos parents ? Vous pleurez un être cher ? Vous en avez assez d’être seul(e) ? Vous êtes en conflit avec votre patron ? Nous croyons à l’opéra, et pensons que l’opéra peut vous apporter une solution ». La solution a pour nom Operahjälpen (SOS Opéra) et fait partie du programme Opera Showroom, imaginé par le Britannique Joshua Sofaer avec des artistes du Folkoperan, deuxième scène lyrique de Stockholm, plus avant-gardiste que l’Opéra Royal de Suède. «J’ai chanté à domicile pour un couple qui perdait le contact, se disputait beaucoup, explique la soprano Henrika Gröndahl sur le site suisse 24 heures. L’aria choisie, "Donde lieta usci", tirée de La Bohème de Puccini, évoque une séparation. Au bout de deux mesures, la femme pleurait et s’agrippait au bras de son époux, qui lui-même semblait très ému ». « Le projet n’est pas une musicothérapie. Le son modifie la pièce qui demeure comme hantée après le départ du chanteur», précise Joshua Sofaer. « Si vous n’avez pas de problème, c’est vous qui venez au spectacle », ajoute Pia Kronqvist, directrice du Folkoperan. La séance à domicile est gratuite, comme la première dose offerte par un dealer. Qui affirmera, après cela, que l’opéra, n’est pas une drogue ?

François Lafon

Photo : Henrika Gröndahl en pleine thérapie © DR