Lundi 23 avril 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mercredi 29 février 2012 à 10h35

Des cinq Oscars remportés par The Artist, on a tendance à oublier celui de Ludovic Bource. Comme le film lui-même, sa musique est un habile pastiche : rythmes sautillants d’un xylophone pour évoquer le burlesque à la Chaplin, romantisme à la Max Steiner pour les moments plus mélodramatiques, c’est le monde sonore d’avant Citizen Kane (1941), le film d’Orson Welles avec lequel le talent du compositeur Bernard Herrmann s’est révélé. Quant aux notes qui accompagnent le climax de The Artist, elles ont été empruntées à la grande scène d’amour de Vertigo, le chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock, dont la partition est signée par Bernard Herrmann, justement. C’est un choix cinéphile assumé du réalisateur Michel Hazanavicius, même si la musique est utilisée dans un autre sens : la grande montée wagnérienne de Herrmann (qui dans Vertigo rend, lui, un hommage à Tristan et Isolde) explose dans un lumineux accord au moment où Kim Novak et James Stewart s’embrassent, tandis que dans The Artist le même accord libérateur illustre le suicide raté de Jean Dujardin. Ce n’est pas le seul emprunt musical avoué dans le film. On y entend aussi une page d’Alberto Ginastera, peut-être en hommage aux origines argentines de Bérénice Bejo, la vedette féminine du film. Et il y a plus qu’un soupçon d'emprunt aux Planètes de Holst (non crédité, cette fois-ci) dans la scène du cauchemar. Le grand absent de ces Oscars (et pas seulement pour sa musique) est Drive, trop novateur sans doute pour le goût de l’Académie, qui cette année n’a eu d’yeux et d’oreilles que pour la cinéphilie nostalgique. Et puis Cliff Martinez, auteur d’une bande son qui colle parfaitement au rythme et à l’atmosphère du film, a eu le tort de créer une partition électronique au lieu d’utiliser un orchestre dans la bonne tradition hollywoodienne. Qui plus est, il l’a enrichie de chansons dont il n’est pas l’auteur, ce qui, selon les règles de l’Académie, l’a disqualifié pour être nommé aux Oscars de la meilleur musique « originale ». Un « hommage » à Bernard Herrmann ne doit sans doute pas faire partie de la même catégorie…

Pablo Galonce

dimanche 26 février 2012 à 19h03

A peine annoncé le décès de Maurice André, survenu samedi 25 février à 23h45, l’Elysée a publié un communiqué : « Ce fils de mineur cévenol, ayant lui-même travaillé à la mine, reste la preuve vivante (sic) que le travail et le talent peuvent tout. Il a su démontrer que la musique pouvait changer le destin d’un homme et enchanter la vie de millions d’autres. Celui qui était reconnu comme le plus grand trompettiste du monde laisse un vide immense dans des millions de foyers français » déclare Nicolas Sarkozy. Valeur travail et méritocratie : quand on est en campagne, on fait feu de tout bois, fût-il de sapin. De Maurice André, Herbert von Karajan, qui avait signé avec lui un best-seller de l’histoire du disque (Hummel, Leopold Mozart, Telemann Vivaldi – EMI) disait : « C'est sûrement le plus grand trompettiste, mais il n'est pas de notre monde. » L’intéressé, lui, aimait à rappeler sa collaboration avec le maestrissimo, mais n’oubliait jamais de célébrer son entente parfaite avec le bien oublié Jean-François Paillard, chef vedette des disques Erato dans les années 1950.

François Lafon

samedi 25 février 2012 à 12h09

Une mèche de cheveux de Beethoven miraculeusement conservée par un survivant d’Auschwitz (sic), un échantillon ADN extrait de ladite mèche vendue aux enchères en 2009, une musique extraite par le compositeur écossais Stuart Mitchell des vingt-deux acides aminés contenus dans cet ADN (une note par acide), et voilà une pièce pour piano et alto intitulée The Last Song of Ludwig. Plus fort que les œuvres de Schumann, Liszt, Rimski-Korsakov, Reger, Poulenc et Arvo Pärt sur le nom de B.A.C.H (si bémol, la, do, si dièse), mieux encore que les ombres de Schubert et Mendelssohn dictant à Schumann en plein délire les œuvres qu’ils n’avaient pas eu le temps de composer. The Last Song of Beethoven a été enregistré. Début assez beethovénien, mais milieu rachamaninovien et final façon Concerto de Varsovie (Richard Addinsell). Ludwig doit s’arracher les cheveux.

François Lafon

jeudi 23 février 2012 à 11h16

Dimanche 11 mars à 17h, l’Orchestre de jeunes Demos, dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale, donne un concert à la Courneuve. Descriptif du dispositif : « 450 débutants de 7 à 12 ans ; 4h d’ateliers par semaine, hors temps scolaire, entre janvier 2010 et juillet 2012 ; pédagogie collective par groupes de 15, temps personnalisés par groupe de deux ou trois ; 38 structures sociales situées prioritairement dans les territoires « Politique de la Ville » ; 73 musiciens d’orchestre et pédagogues travaillant en binôme ; présentations musicales sur les territoires, concerts à la Salle Pleyel. » L’Orchestre de Paris, l’Orchestre Divertimento, la Cité de la Musique, l’Association de Prévention du Site de la Villette (APSV), le Mécénat Musical Société Générale sont dans l’affaire. Un peu plus loin dans le descriptif : « Lever les freins sociaux et culturels liés à la pratique musicale ; faire évoluer les représentations liées aux musiques classiques des jeunes et de leur entourage. » Lundi 20 février, sur France 3, les Victoires de la Musique classique ont encore perdu des points : 1,2 millions de spectateurs, 5% de parts de marché, pompon rouge des audiences de la TNT. Faire évoluer les représentations liées aux musiques classiques : vaste programme.

François Lafon

Orchestre de jeunes Demos : La Courneuve, Centre culturel Jean-Houdremont, dimanche 11 mars à 17h00. Paris, salle Pleyel, 29 et 30 juin

lundi 20 février 2012 à 12h21

Entre Schumann-Liszt (2011) et Verdi-Wagner (2013), Debussy, né il y a cent cinquante ans, est "l’anniversarisé" 2012. Dans Le Gaulois, le lendemain de sa mort (25 mars 1918) : « Debussy aurait pu être populaire, il a préféré rester un artiste. La postérité ne peut pas l’oublier. » Lui-même, interviewé par Henri Malherbe en 1911: « Il faut s’efforcer d’être un grand artiste pour soi-même et non pour les autres. » Lui-même encore dans la revue Musica, en janvier 1908 : « La réalisation scénique d’une œuvre d’art, si belle soit-elle, est presque toujours contradictoire au rêve intérieur. » Bonnes intuitions : la postérité ne l’a pas oublié, mais il reste le musicien des happy-few. Ouverture des festivités avec le petit livre bien fait d’Ariane Charton, dans l’excellente et économique collection Folio Biographies. Enfance dans la gêne, goûts de luxe, problèmes financiers récurrents, propension à « taper » ses amis, difficulté à terminer les œuvres de commande, idéalisation de la femme, muflerie avec les femmes, besoin d’amitié, comportement d’ours mal léché, envie d’être admiré, refus de qui l’admire, dépression permanente. Un drôle de bonhomme, qu’on aurait voulu connaître, mais de loin. Tout au long de l’année, concerts, colloques, publications, exposition à l'Orangerie, mise en spectacle, à l’Opéra de Paris, de deux ouvrages abandonnés : La Chute de la Maison Usher et Le Diable dans le beffroi, d’après Edgard Poe. Blague des années 1950 : « Je voudrais La Mer. » « Charles Trenet ou Debussy ? » « Celui qui chante le mieux. » Tout est dit.

François Lafon

Ariane Charton : Debussy. Gallimard - Folio Biographies, 7,70 €

mercredi 15 février 2012 à 09h24

« Les temps sont durs, votez MOU (Mouvement Ondulatoire Unifié) ». En 1965, face à Charles De Gaulle, François Mitterrand, Jean Lecanuet, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, Pierre Marcilhacy et Marcel Barbu, le Parti d’en Rire présente deux candidats à l’élection présidentielle. Clip de campagne (déjà), sur un air obstiné…

vendredi 10 février 2012 à 09h42

Prévue le 20 avril, la reprise de l’opéra de Wagner Rienzi dans la mise en scène de Philip Stölzl au Deutsche Oper Berlin a été reportée au 21. Et alors ? Alors le 20 avril est le 123ème anniversaire de la naissance d’Adolf Hitler, lequel idolâtrait cet ouvrage narrant l’épopée d’un tribun providentiel terminant sa carrière dans les ruines, et dont il aurait emporté la partition jusque dans le Bunker fatal. De plus le Deutsche Oper, inauguré en 1961 pour servir d’opéra à Berlin-Ouest (le Staatsoper Unter den Linden étant de l’autre côté du Mur) est construit sur l’emplacement du Deutsches Opernhaus, fleuron de la propagande goebbelsienne détruit en 1943. Oups ! C’est ce même Deutsche Oper qui a été menacé en 2006 d’une fatwa pour avoir programmé un Idoménée de Mozart mis en scène par Hans Neunfels, où l’on voyait les têtes coupées de Jésus, Bouddha, Neptune et Mahomet trôner sur des chaises. 

François Lafon

Photo © DR

mardi 7 février 2012 à 00h11

Pour un soir aux Bouffes du Nord : Volte/Face, le Printemps des Arts de Monte-Carlo à Paris. C’est un condensé, ou plutôt la quintessence du festival annuel. Un autoportrait aussi du directeur, le compositeur Marc Monnet. Enchaînement des séquences : performance-manif de Charles Pennequin (poète, dessinateur, auteur de Je crache et de La Fin des poux) dans ses œuvres, secondé de Julie Durand (actrice); Embellie de Xenakis (1981) et Volte-face d’Aperghis (1998) par l’altiste Geneviève Strosser ; Judith à la cour d’Holopherne de Marko Marulic (1450-1524) par l’Ensemble Dialogos (en vieux croate); Préludes et Mazurkas d’Anatoli Liadov (1855-1914) par la pianiste Anastasya Terenkova. Retour de Charles Pennequin et de Julie Durand dans un dialogue délirant à deux voix superposées. Un fourre-tout très pensé : ne vous attendez à rien, c’est autre chose qui va arriver. Il souffle sur tout cela, en tout cas, un vent de liberté potache et cultivée qu’on croyait reléguée au rayon des souvenirs.

François Lafon

Printemps des Arts de Monte-Carlo, du 16 mars 8 avril. www.printempsdesarts.com (Photo : Judith par Dialogos)

dimanche 5 février 2012 à 11h30

Sur France 2 le 7 février à 0 h 35 (bien payé pour du classique, cela pourrait être 5 h du matin), Esa-Pekka Salonen, antimaestro, d’Emmanuelle Franc. Exercice difficile : comment tenir 52 minutes avec un chef vedette mais discret (d’où le titre rabâché d’Antimaestro ?) doublé d’un compositeur dit « contemporain » ? C’est au Châtelet, pendant le festival Présences 2011 dont il était l’invité d’honneur, que la réalisatrice a talonné l’antimaestro : répétitions de ses propres œuvres et de ses musiques préférées (Varèse, Lutoslawski) avec le Philharmonique de Radio France, extraits de concerts, réactions à chaud et entretiens au calme, filmés peu après en Finlande, dans sa superbe maison lacustre. Affable et probablement timide, Salonen est à la fois spontané et réservé, ce qui complique le passage à la confidence. Ce qu’il dit a l’air tout simple, voire banal, et pourtant - un habile montage aidant - son portrait se dessine assez nettement : « J’étais un adolescent rétif à l’autorité, dit-il en substance, l’envie de composer m’a donné une raison d’être, et je suis devenu chef pour gagner ma vie. » Il avoue aussi que durant les périodes où il compose, dans le grand nord, la solitude lui pèse et l’excitation du concert lui manque. Il est en phase avec son public, qui l’aime davantage quand il dirige les œuvres des autres.

François Lafon

France 2, le 7 février à 0h35 Photo © DR

samedi 4 février 2012 à 11h03


Le Débarquement, De Gaulle sur les Champs-Elysées, De Gaulle avec Adenauer, l’hommage de Malraux à Jean Moulin, Jacques Anquetil gagnant le Tour de France, la manifestation gaulliste du 30 mai 1968, la construction de la Tour Montparnasse, des paysans au travail, Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main, Giscard et Chirac en coup de vent, Sarkozy aux Invalides : « Vous n’êtes pas morts pour rien », Simone Veil plaidant pour l’IVG, une petite gymnaste en équilibre sur une barre. Commentaire : « C’est le courage qui donne la force d’agir » (voix de Nicolas Sarkozy). Musique : le Prélude de la 1ère Suite pour violoncelle BWV 1007 en sol Majeur (1720) de Jean-Sébastien Bach. Mstislav Rostropovitch avait joué la Sarabande de la 2ème Suite le 11 novembre 1989 devant le Mur de Berlin en cours de démantèlement. Mémoire collective pour ce clip de l’UMP. La musique aussi est politique.

François Lafon