Lundi 23 avril 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
samedi 22 avril 2017 à 00h29
Au théâtre de l’Athénée : The Lighthouse (Le Phare), opéra de chambre de Peter Maxwell Davies (1980). Pas vraiment un opéra policier (en existe-t-il, d’ailleurs ?), plutôt un opéra à énigme, d’autant plus fascinante qu’elle n’a pas été élucidée. De l’incompréhensible disparition, en 1900, des trois gardiens d’un phare des îles Flannan, dans l’archipel des Hébrides, Sir Maxwell Davies, musicien déroutant, rebelle des sixties devenu Master of the Queen’s music, a tiré une fable morale censée dénoncer les méfaits de la mondialisation : Dieu et la Bête, raison et superstition, mystère des destinées, remplacement de l’homme par la machine (on apprend, à mi-chemin, que le phare a été automatisé en 1971). Musique à l’avenant, structurée par le symbolisme numérique du tarot (en particulier la Tour) : tradition anglaise (Britten, Tippett ne sont pas loin) pour les inspecteurs découvrant le phare désert, traditions ancestrales (chanson d’amour, gigue, cantique revisités) pour le bad trip des disparus, le tout lié par un cor faisant office de phare au milieu de la tempête. A moins qu’il ne s’agisse d’autre chose, rien n’étant (bien entendu) explicité ni même balisé. C’est cet autre chose que tente de saisir le metteur en scène Alain Patiès - longtemps collaborateur de La Péniche Opéra - sans perdre de vue les revendications sociales du compositeur : voile du bateau, cercle du phare, barre des témoins, objets concrets parmi lesquels évoluent les trois chanteurs – ténor, baryton, basse – impressionnants en enquêteurs entrant (si l’on peut dire) dans la peau des fantômes. Beau travail d’Ars Nova, douze musiciens (dont l’excellent Emmanuel Tricheux, le cor installé dans la salle) dirigés par Philippe Nahon, habiles à entretenir le charme de cette musique hybride, sans génie mais traversée de vénéneuses intuitions.
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 28 avril. Clés de l’œuvre par Jacques Amblard le 27 à 19h, salle Christian-Bérard (Photo © DR)

mardi 11 avril 2017 à 18h35
Dans la collection Actes Sud/Classica : Gabriel Fauré, par Jacques Bonnaure. Une monographie de cent-cinquante pages, prélude à la lecture de l’ouvrage (pour l’instant) définitif de Jean-Michel Nectoux (Gabriel Fauré, les voix du clair-obscur, Fayard – 2008). Qualité rare parmi les soixante et quelques titres - forcément inégaux - de la série : celui-ci, par son ton, son écriture, sa composition, colle parfaitement au sujet. Ce n’était pas simple : personnage en demi-teinte, musicien de l’allusif, célèbre (presque) malgré lui, fuyant le monde et pourtant chéri des salons où se faisaient les réputations avant l’invention du ministère de la Culture, l’auteur (bien peu croyant) du plus célèbre des Requiem « de chambre » requiert un biographe expert en balles coupées. Bonnaure, critique musical (notamment dans le domaine lyrique) aux opinions étayées plutôt que passionnelles, croque le personnage, sa vie, son œuvre, sans chercher à mettre du drame là où il n’y en a pas, et donne avec le mélange d’humour et de distance nécessaires les clés d’une œuvre occultée par celles, au génie plus « moderne », plus éclatant, de Debussy et de Ravel. « Comme l’octogénaire Verdi, il fut un vieillard prodigieux. Il a atteint tardivement une sorte de gloire nationale, mais il est ailleurs », remarque-t-il. C’est cet ailleurs que ce petit livre nous fait le mieux découvrir. 
François Lafon

Gabriel Fauré, par Jacques Bonnaure. Actes-Sud/Classica, 192 p., 18 €

jeudi 6 avril 2017 à 00h10
Aux Bouffes du Nord : Ubu, création collective dirigée par Olivier Martin-Salvan, composition musicale de David Colosio. D’Ubu sur la Butte (1901), version (très) raccourcie d’Ubu roi par Alfred Jarry lui-même et destinée à être joué par des marionnettes au cabaret des Quat’z’Arts, l’acteur fétiche de Benjamin Lazar fait une séance d’aérobic qui dégénère : une régression moderne à la mesure de la monstrueuse parodie shakespearienne (Macbeth pour les Nuls) imaginée par l’inventeur de la pataphysique, « science des solutions imaginaires ». Une heure de délire condensé (« Le premier roi meurt en vingt lignes et la guerre arrive trois scènes plus tard »), spectacle tous terrains, place publique comme salle des fêtes : tapis de sol, objets en mousse (des plasticiens Clédat et Petitpierre), cinq étonnants comédiens-clowns-acrobates - quatre hommes, une femme, dont Martin-Salvan en Ubu prof de gym-dictateur. Public jeune et ravi, cernant l’ère de jeu « au plus près de la corporalité des acteurs ». Au premier rang ce soir : Christiane Taubira riant beaucoup, surtout à la mise en boite appuyée de … la gendarmerie. La musique, due à un membre des Cris de Paris, déjà partenaire de Martin-Salvan pour le Pantagruel monté par Lazar (voir ici), recycle, entre la Danse des canards en russe et un final de comédie musicale façon Balavoine, L’Or du Rhin de Wagner avec une science réjouissante du pied de nez sur portée. Ne serait-ce que pour cela…
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 23 avril. En tournée jusqu’au 9 juin