Jeudi 19 avril 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mercredi 21 mars 2018 à 23h37
A l’Amphithéâtre de l’Opéra – Bastille : Kurt Weill Story par les chanteurs, pianistes et instrumentistes de l’Académie de l’Opéra, mis en scène par Mirabelle Ordinaire, ex-de l’Académie. Quel Kurt Weill ? l’Allemand (avec Brecht), le Français (qui compose La Complainte de la Seine pour Lys Gauty) ou l’Américain, exilé fournissant des musicals à Broadway ? Les trois bien sûr, mêlés dans un spectacle-audition où les chanteurs jouent leur propre rôle jouant des personnages typés interprétant songs, chansons et ensembles : triple distanciation (Brecht encore), quadruple même si l’on inclut le public qui boucle la boucle en assistant à l’audition… des pensionnaires de l’Académie. Tout cela inventif et divertissant, maniant le private joke (enfin, on l’imagine) et l’autodérision sans tomber dans l’entre-soi. Un exercice de haute école surtout, les trois Weill exigeant des qualités complémentaires et parfois opposées tout en restant du Weill, génie du théâtre en musique à l’expression simple cachant une technique sophistiquée. Question à jamais irrésolue : voix lyriques ou non ? Weill rêvait de voix d’opéra pour Mahagonny et incluait du chant savant dans ses musicals (l’ « Ice cream Sextet » de Street Scene). Ici personne n’imite Lotte Lenya ou Gisela May, mais chacun s’adapte non sans finesse : roulades rossiniennes pour le "Duo de la jalousie" de L’Opéra de Quat’sous, technique « chanson » pour Pauline Texier (soprano) dans Je ne t’aime pas (paroles de Maurice Magre), parodies d’opéra russe pour "Tchaikovski" (Lady in the dark) où le baryton ukrainien Danylo Matviienko (photo) fait crouler la salle. Vent de Fregoli aussi chez les accompagnateurs : il suffit pour cela d’entendre les cordes de l’Académie dans le "Tango ballade" de L’Opéra de Quat’sous ou le pianiste Benjamin d’Anfray chalouper jazz, tous se retrouvant au final pour un Youkali (paroles de Roger Fernay pour la pièce Marie Galante ou l'Exil sans retour de Jacques Deval) qui résume tout : « C’est presque au bout du monde, c’est dans notre nuit comme une éclaircie, c’est le pays de nos désirs ».
François Lafon

Opéra National de Paris – Bastille – Amphithéâtre. Tous publics les 23 et 24 mars (20h), scolaires le 22 mars (14h) (Photo © DR)

jeudi 8 mars 2018 à 19h06
A l’occasion d’un questionnaire publié dans le recueil De la tradition théâtrale (Idées/Gallimard, 1975), le metteur en scène et comédien Jean Vilar dresse une liste des derniers mots prononcés par quelques personnages emblématiques : « pureté » (Phèdre), « silence » (Hamlet), « oublier » (Auguste dans Cinna), « arracher » (Œdipe-Roi), « cassette » (L’Avare), etc. A l’opéra, cela fonctionne souvent : « plaisir » (Isolde), « béni » (Werther) « Oui, oui » (La Maréchale du Chevalier à la rose), « donne » (Pelléas), « vérité » (Saint François d’Assise de Messiaen), « paix » (Orfeo de Monteverdi), « liberté » (Orphée de Gluck), « sang » (Wozzeck), « non » (Lulu), « toi » (Lucia di Lammermoor), « joie » (La Traviata), « ciel » (Aida), "Ciel" (Macbeth), « ah ! » (Faust de Gounod), « ah ! » (Faust de Berlioz), « vouloir » (Doktor Faust de Busoni), « éternité » (Faust dans Mefistofele de Boito), « malédiction » (Rigoletto), « scène » (Falstaff), « chef » (Lohengrin), « Graal » (Parsifal), « divin » (Néron de Monteverdi), « sort » (Didon de Purcell), « immortelle » (Didon dans Les Troyens de Berlioz), « jeu » (La Cenerentola), « roi » (Hamlet d’Ambroise Thomas), « mien » (Eugène Onéguine), « amour » (Turandot de Puccini et de Busoni), « nuit » (Barbe-Bleue de Bartok). « Le poète a toujours le dernier mot », conclut Vilar. Il va sans dire qu’à l’opéra, où les livrets sont au service de la musique, c’est le compositeur qui l’a, ou plutôt qui s’en passe puisqu’il a le pouvoir de dire l’indicible. 
François Lafon
(Photo © DR)
jeudi 8 mars 2018 à 21h26
2% de partitions signées par des femmes : pas assez de compositrices dans les programmes des concerts, se désole la Ministre de la Culture et de la Communication, à l’occasion de la Journée de la Femme. Pour y remédier, le HCE (Haut Conseil à l’Egalité femmes-hommes) préconise un système de bonus-malus. Objectif : parité absolue. Réponses habituelles du milieu, recevables (le déséquilibre résulte d’un héritage essentiellement masculin) ou non (on connait peu de chefs-d’œuvre composés par des femmes). Selon Le Parisien, Claire Bodin, directrice du festival Présences féminines (Toulon) dit devoir envoyer quatre-vingt-un e-mails contre deux en général (?) pour trouver une partition signée d’une femme. Et chacun de citer Hildegard von Bingen (Moyen-Age) et Elisabeth Jacquet de la Guerre (XVIIème-XVIIIème siècle), Fanny Mendelssohn et Clara Schumann (XIXème siècle), Lili Boulanger et Germaine Tailleferre (XXème siècle). Impossible, pourtant, de refaire l’histoire : pour que la parité soit juste et effective, il faut en créer les conditions, et l’on sait que talent artistique et égalité des chances ne vont pas toujours de pair. Notre époque est en progrès, de Kaija Saariaho à Violeta Cruz (voir ici), mais ces compositrices composent de la musique … contemporaine, réputée peu accessible au grand nombre. Encore un tabou, que quotas, commandes officielles et bonnes intentions auront du mal à abattre. 
François Lafon
(Photo © DR)