Jeudi 20 juin 2019
Voyage sans retour
Avec Alexander Lonquich, un Schubert à perdre ses repères
 
Le même, pas pareil
Radu Lupu,
ligne claire
Schubert 1828

Un bon quart de siècle après la Sonate D. 958 (Nuova Era, sauf erreur son premier disque) et la D. 959 (EMI), le pianiste allemand Alexander Lonquich revient à l’année 1828, la dernière de Schubert, joignant à ces deux monuments l’ultime Himalaya – la Sonate D. 960 – et les trois Klavierstücke D. 946. De la suprême simplicité de Rudolf Serkin à la géniale déconstruction de Sviatoslav Richter en passant par la poésie de Radu Lupu et l’analyse aiguë de Maurizio Pollini, tout semble dit de ces œuvres où l’on peut si facilement se perdre. Un danger que Lonquich, à l’approche de la soixantaine, ne semble pas redouter, tant il multiplie les risques, jongle avec le temps musical et se permet, sans lâcher son sujet, de pointer au passage les allusions plus ou moins estompées que Schubert y a mis de ses propres œuvres. Le résultat est rien moins que déstabilisant, plus allusif que Richter dans l’exploration des chemins de traverse, plus planant que Lupu là où l’on ne l’attend pas forcément. Une fois admis que le voyage est sans retour, les paysages explorés sont extraordinaires, même dans les plus rassurants mouvements rapides (incroyable Scherzo de la D. 959 !). Après une D. 960 où tous les repères sont abolis, les trois Klavierstücke, brillamment joués, nous aident à redescendre sur terre, comme un indispensable sas de décompression.
François Lafon

Sonates n° 19 D. 958, n° 20 D. 959, n° 21 D. 960 ; 3 Klavierstücke D. 946
Alexander Lonquich (piano)
2 CD Alpha-Classics Alpha 433
2 h 31 min

mis en ligne le jeudi 29 novembre 2018

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.