Mercredi 24 avril 2024
Vagues de lyrisme à l'Opéra Comique
Breaking the Waves : les chemins du Bien
Breaking the waves

Pour trois représentations à l’Opéra-Comique : Breaking the waves, opéra en trois actes de Missy Mazzoli (musique) et Royce Vavrek (livret) d’après le film de Lars von Trier (1996). La mode des films « scénisés » (Les Damnés de Visconti à la Comédie Française) gagne l’opéra (A Bastille la saison prochaine : L’Ange exterminateur de Thomas Adès d’après Luis Bunuel). Avec Breaking the waves, archétype - dans la lignée de Théorème de Pasolini - d’une exaltation du Bien empruntant les chemins du Mal selon la morale commune, Missy Mazzoli, coqueluche dans le monde anglo-saxon d’une musique décomplexée, opère un grand huit assez périlleux, rapprochant son héroïne Bess, qui se donne à qui la veut à la prière de son mari paralysé à la suite d’un accident sur la plateforme pétrolière où il travaille, des « belles héroïne sacrifiées » de Verdi à Puccini et prenant pour  modèle le Peter Grimes de Benjamin Britten, victime lui aussi de la morale dans une rude et pauvre communauté ouvrière (et maritime). Le propos se tient, et l’on admire l’aisance avec laquelle le film pourtant tout sauf lyrique de Lars von Trier se prête à la métamorphose. Dommage seulement que Missy Mazzoli, sans doute pour faire « tout public » (malgré le sujet) n’ai pas toujours suivi son maître Britten dans son refus de la grandiloquence et dans son art de l’ellipse (Grimes est-il coupable, et de quoi exactement ?) comme elle le suit dans ses évocations maritimes, son sens du récit et de la couleur orchestrale faisant le reste. La mise en scène de Tom Morris va dans le même sens, utilisant une scène tournante en perpétuel mouvement pour enchaîner de courts tableaux. Gros succès pour la troupe très homogène entourant la formidable Sydney Mancasola, comédienne digne de la mémorable Emily Watson (dans le film) et chanteuse à la hauteur de l’écriture très lyrique de son personnage, le Chœur Aedes et l’Orchestre de chambre de Paris se surpassant sous la baguette de Mathieu Romano.
François Lafon

Opéra-Comique, Paris, les 30 et 31 mai (Photo © Stéphane Brion)

Missy Mazzoli : Breaking the waves
Sydney Mancasola (Bess), Jarrett Ott (Jan), Wallis Giunta (Dodo), Susan Bullock (Mother), Elgan Llyr (Dr Richardson), Mathieu Dubroca (Terry)
Ensemble Aedes - Orchestre de chambre de Paris
Direction musicale : Mathieu Romano
Mise en scène : Tom Morris

mis en ligne le dimanche 28 mai 2023

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