Mardi 15 octobre 2019
Sérénade sans passion
Du Haendel chanté terne, mais un bonus brillant
Aci, Galatea e Polifemo - Haendel

Sérénade à trois, cet Aci, Galatea e Polifemo composée en 1708 n’a rien en commun avec l’Acis et Galathée de 1718, sinon l’épisode des Métamorphoses d’Ovide dont ils sont issus. Napolitain à souhait, cet Aci enchaîne une suite d’airs qui nécessitent un talent de caractérisation, faute de quoi l’ensemble risque d’être monotone. Il l'est ici : la passion est absente. Roberta Invernizzi se contente de faire le rossignol… milanais, ne parvient pas à donner à Aci les couleurs qu’exige la partition, et sabote, ce n’est pas coutume, sa diction. Le rôle du géant Polyphème échoit à Lisandro Abadie, parfait dans les récitatifs. Mais pour les arias, redoutables par une ampleur de tessiture rare à ce point chez Haendel, le voilà techniquement dépassé, et ses basses caverneuses font souffrir. Seule Blandine Staskiewicz réalise une prestation équilibrée, entre moyens adaptés et expressivité qui rompt la monotonie vocale ambiante : son Del mar fra l’onde en est une des preuves les plus réussies. Fabio Bonizzoni, et l’Ensemble La Risonanza réalisent dans la fosse ce dont on aurait rêvé sur scène : une exécution alliant poésie, pétulance et sens de la surprise. Et le meilleur est dans le bonus, un duo tiré de la cantate romaine Clori, Tirsi e Fileno : la verve complice des interprètes fonctionne alors délicieusement.
Albéric Lagier

Aci, Galatea e Polifemo, Serenata a tre, HWV 72 (1708)
Roberta Invernizzi (soprano), Blandine Staskiewicz (mezzo), Lisandro Abadie (basse)
La Risonanza
Direction musicale : Fabio Bonizzoni
2 CD Glossa GCD921515
1 h 30 min

mis en ligne le samedi 23 novembre 2013

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