Dimanche 2 octobre 2022
Rossini Opera Festival - 3
Otello à table
Otello

Deux mois après l’échec de la création de La Gazzetta à Naples, Rossini triomphe cette fois avec la création d’Otello au Teatro del Fondo, le 4 décembre 1816. Conçu par le marquis de Berio, le livret s’inspire lointainement du drame de Shakespeare, créé quelque vingt ans plus tôt sur une scène parisienne dans une adaptation en français de Jean-François Ducis. Un opéra « sérieux » avec une fin inéluctable et tragique qui réclame en outre de la virtuosité de la part des rôles principaux confiés à trois ténors : Otello, Rodrigo et Iago.
Pour sa nouvelle production de l’ouvrage, après celle, historique, qui réunissait Chris Merritt, Rockwell Blake et Ezio Di Cesare en 1988, Pesaro a soigné sa distribution avec Enea Scala (Otello), Dmitry Korchak (Rodrigo), Antonio Siragusa (Iago), Elmiro (Evgeny Stavinsky) et Eleonora Buratto (Desdemona) – placés sous la direction du chef Yves Abel avec l’Orchestre national de la RAI et le Chœur du Teatro Ventidio Basso. Des voix fortes et bien sonores, certes, mais qui manquent singulièrement de souplesse et de charme… Est-ce le style du livret, le sujet, ou cette succession de numéros de haute voltige, ou encore des scènes peu crédibles (2ème acte !) qui figent quelque peu le drame ?
À moins d’incriminer la mise en scène de Rosetta Cucchi, qui associe des vidéos souvent redondantes en fond de salle du Vitrifrigo Arena ? Au 1er acte, une table gigantesque occupe (bien trop) la scène, reléguant les chanteurs sur les côtés. Au 2ème, voici le plateau réduit à une minuscule antichambre – pourquoi ? – où des employés de maison s’affairent à des tâches subalternes, quitte à parasiter l’action… Hélas, l’encombrante table revient au 3ème acte… Mais qu’importe car le spectacle décolle enfin avec la « chanson du Gondolier » (le ténor Julian Henao Gonzalez en coulisse) et surtout l’un des airs les plus fameux du compositeur, la « chanson du Saule » : admirable mélodie qui débute à la harpe et se poursuit à l’orchestre. Une chanson d’amour écrite spécifiquement pour Isabella Colbran, la Desdémone de la création – que Rossini épousa six ans plus tard. Ce soir, Eleonora Buratto en est l’interprète la plus sensible, accompagnée avec goût par la danseuse Yaimara Gomez. Avant qu’Otello poignarde Desdémone, le couple est placé à chaque extrémité de la table, probablement pour suggérer leur fin prévisible… Cet acte final, plus concis, contient sans conteste le meilleur d’un compositeur qui a su tisser ses mélodies les plus délicates. Innamorato Rossini !       
        Franck Mallet

Pesaro 11 août 2022 Photo : Eleonora Buratto (Desdemona) et Yaimara Gomez (danse)

• Prochaines représentations les dimanche 14, mercredi 17 et samedi 20 août (20h)

• Concerts de belcanto par Sonia Prina (16/08) et Barbara Frittoli (20/08) à 16h ; Concerts « lyrico-symphoniques » avec Giuliana Gianfaldoni et Vasilisa Berzhanskaya (14/08), Nahuel Di Pierro (17/08) et Michael Spyres (18/08) à 15h30 au Théâtre Rossini

Rossini : Otello
Enea Scala (Otello), Eleonora Buratto (Desdemona), Evgeny Stavinsky (Elmiro), Dmitry Korchak (Rodrigo), Antonino Siragusa (Iago), Emilia (Adriana Di Paola), Adriana Henao Gonzalez (Lucio, Gondolier), Antonio Garés (Doge)
Coro del Teatro Ventidio Basso, Orchestra sinfonica nazionale della RAI
Direction musicale : Yves Abel
Mise en scène : Rosetta Cucchi

mis en ligne le samedi 13 août 2022

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