Jeudi 17 octobre 2019
Retour aux sources
Christophe Rousset restitue le Faust de Gounod dans son état premier
Faust (version 1859)

Faust, encore ? Oui, mais Faust pas pareil. A l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gounod, le Palazetto Bru Zane a fait appel à… Christophe Rousset pour ressusciter le plus célèbre de ses opéras dans son premier état, celui d’un opéra-comique avec dialogues parlés et mélodrames (parlé sur fond musical), créé en 1859 au Théâtre Lyrique, troisième salle parisienne après l’Opéra et l’Opéra-Comique.  Ce n’est pas tout à fait un urtext qui nous est restitué (les pérégrinations compliquées de l’oeuvre ne le permettent pas), mais « un ouvrage dramatique cohérent » comprenant le plus grand nombre possible de passages inconnus. Une mine de découvertes et de frustrations donc (où sont passés, entre autres, le « Veau d’or » et « Gloire immortelle de nos aïeux » ? ), mais s’il est évident que la version « grand opéra » que nous connaissons est plus aboutie et que les passages remplacés ne l’ont pas été pour rien, force est de constater que l’ironie, voire la légèreté qui ressort de celle-ci la rend plus « moderne », comme une "fantaisie sur..." et non plus comme une démarque maladroite  du drame de Goethe. Avec ses Talens Lyriques et l’impeccable Chœur de la Radio Flamande, Rousset, étonnamment à l’aise dans ce répertoire où l’on ne l’attendait pas, joue le jeu de la restitution… à l’ancienne et replace  l’ouvrage dans son cadre originel : tempos contrastés (tourbillonnante « Valse » de la kermesse), ténor de demi-caractère pour Faust (l’excellent Benjamin Bernheim) et baryton-basse d’opéra-comique pour Méphisto (Andrew Foster-Williams) affinant le portrait d’un diable farceur  alla Jules Berry dans Les Visiteurs du soir, alors que Marguerite, que Gounod voulait « forte chanteuse de grand opéra » et non oie blanche à coloratures, préfigure, incarnée par Véronique Gens avec la classe qu’on lui connaît, la grande dame qu’elle n’aura pas le temps de devenir. Seconds rôles à l’avenant, à commencer par Jean-Sébastien Bou en Valentin. Seul bémol : les solistes ont apparemment moins travaillé les (longs) passages parlés que les parties chantées, adoptant un ton « opérette » qui jure avec le reste.
François Lafon

Faust
Benjamin Bernheim (Faust), Véronique Gens (Marguerite), Andrew-Foster Williams (Méphisto), Jean-Sébastien Bou (Valentin), Ingrid Perruche (Dame Marthe), Juliette Mars (Siebel), Anas Séguin (Wagner)
Choeur de la Radio Flamande, Les Talens Lyriques
Direction musicale : Christophe Rousset
Livre-disque 3 CD Palazzetto Bru Zane "Opéra français"
2 h 54 min

mis en ligne le lundi 9 septembre 2019

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