Jeudi 8 décembre 2022
Pastiches et mélanges
Le violon tendre de Ravel magnifié par Elsa Grether et David Lively
Complete works for violin and piano

Dans les années 1920, Ravel composa pour le violon deux partitions essentielles, Tzigane et la Sonate en sol majeur – sa dernière, de musique de chambre –, mais ici nos deux interprètes créent la surprise en complétant leur album d’arrangements réalisés à l’époque d’œuvres non moins fameuses, comme l’Adagio assai du Concerto pour piano en sol par Gustave Samazeuilh, la Pièce en forme de habanera par Théodore Doney, le Five O’Clock Foxtrot de l’Enfant et les sortilèges par André Asselin et les Deux mélodies hébraïques par Lucien Garban. Le violon franc et désinvolte d’Elsa Grether, associé à l’élégant piano de David Lively, emporte la précieuse Sonate en sol dans un tourbillon à la fois rêveur (I. Allegro), dégingandé (le rythme abrasif du II. Blues !) et panique (III. Perpetuum mobile haletant) auquel répond en écho la danse espiègle d’un autre duo, celui de la théière (anglaise) et de la tasse (chinoise) de l’Enfant. Une profonde tendresse à retrouver aussi bien dans la « candeur enfantine » (Jankélévitch) de Berceuse sur le nom de Fauré que dans l’ensorceleuse Pièce en forme de habanera – jouée à l’idéal « presque lente et avec indolence » selon le vœu de l’auteur. Magnifiques Mélodies hébraïques de 1914, qui, dans cette version de l’ami et compère de la Société des Apaches, retrouvent le chant extatique, nostalgique et malicieux du violon, instrument fétiche du folklore juif. Entre tradition tzigane et pastiche, le bien-nommé Tzigane de 1924 joue les funambules de haute voltige – Ravel à Casadesus : « Une pièce acrobatique » – d’abord seul dans un long récitatif, puis déchaîné au contact du piano à mi-parcours, pour finir exténué et repu. Quel arrangement insolite que celui du mouvement lent du Concerto en sol : toute la poésie poignante de ce piano un brin mozartien trouve dans son compagnon le violon un miroir pour exprimer avec une effusion égale son « lied admirable » (Jankélévitch), cajolé ensuite par le piano avec amour. Nul besoin ici de l’orchestre, tout est là déjà, dans la sensibilité élégiaque du duo qui associe Elsa Grether à David Lively.
Franck Mallet

• En duo les 25/11 à Paris (Atout Livre), 10/01/2023 à Reims (Adac), 22/01 à Mulhouse (Temple St Paul) et 27/04 aux Grandes heures de Saint-Emilion.

Ravel : Sonate pour violon M.77 ; Sonate pour violon M.12 (posthume, 1898) ; Tzigane M.76 - Ravel/Samazeuilh : Adagio assai du Concerto en sol majeur - Ravel/Doney : Pièce en forme de habanera - Ravel/Asselin : Five O'Clock Foxtrot de L'Enfant et les sortilèges - Ravel/Garban : Deux mélodies hébraïques
Elsa Grether (violon) David Lively (piano)
1 CD Aparté AP295 (distribution Little Tribeca)
1 h 09 min

mis en ligne le lundi 10 octobre 2022

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