Jeudi 18 août 2022
Festival d’Aix-en-Provence 2
Moïse et les plaisirs hédonistes
Moïse et pharaon

Au Théâtre de l’Archevêché : Moïse et pharaon ou le passage de la mer Rouge, mouture française élargie (Ballet compris - Paris - 1827) de Mose in Egitto (Naples - 1818). Retour de la veine « Rossini seria » d’Aix, un presque demi-siècle après les (coupables ?) plaisirs hédonistes procurés par des Semiramide et Tancredi (Montserrat Caballé, Marilyn Horne, Katia Ricciarelli, Samuel Ramey, etc.) de grande mémoire ? Oui et non, la fresque biblique entrant dans le programme « traverser l’épreuve » via le metteur en scène Tobias Kratzer, révélé à l’Opéra Bastille par un Faust malin autant que spectaculaire (voir ici). Mais autant le sérieux Gounod multiplie les clins d’œil en revisitant Goethe, autant ce Rossini-là ne plaisante pas avec l’histoire sainte. Qu’à cela ne tienne : à droite les riches (disons les Egyptiens) en costume-cravate, à gauche les pauvres (disons les Hébreux) en captivité sans costume ni cravate, les uns cherchant à se débarrasser des autres après les avoir mis dans cet état. Cette longue traversée (pas seulement de la mer Rouge : presque quatre heure de spectacle) est récompensée in extremis par le tube de l’ouvrage : la superbe Prière pour solistes et chœur, migrants en gilet de sauvetage trouvant refuge parmi les spectateurs tandis que sur écran géant la mer engloutit les méchants  et que les riches (Hébreux?) continuent de se prélasser sur la plage. Enthousiastes et sceptiques se retrouvent pour applaudir les excellents Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigés par le connaisseur Michele Mariotti. Pour peu que l’on évite de raviver d’autres souvenirs (Shirley Verrett, Cecilia Gasdia, encore Samuel Ramey au Palais Garnier en… 1983) le plateau ne démérite pas, du vétéran Michele Pertusi (Moïse en clone de Charlton Heston au cinéma) à la bien chantante Jeanine De Bique rivalisant côté dames avec l’émouvante Vasilissa Berzhanskaya, sans oublier le très attendu Pene Pati, toujours prometteur mais moins électrisant ici qu’à Paris cet hiver en Roméo de Gounod (voir ). 
François Lafon 

Théâtre de l’Archevêché, 20 juillet (Photo © Monika Rittershaus/Festival d'Aix-en-Provence)

Moïse et pharaon
Michele Pertusi (basse), Jeanine De Bique (soprano), Vasilissa Berzhanskaya (mezzo-soprano), Pene Pati (ténor), Adrian Sampetrean (basse), Mert Süngü (ténor), Edwin Crossley-Mercer (baryton)
Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon
Direction musicale : Michele Mariotti
Mise en scène : Tobias Kratzer

mis en ligne le vendredi 22 juillet 2022

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