Jeudi 8 décembre 2022
Festival d’Aix-en-Provence 4
Idomeneo hors-sol
Idoménée

« Traverser l’épreuve » n°4 au festival d’Aix : Idomemeo, re di Creta de Mozart mis en scène par le Japonais Satoshi Miyagi, valeur avignonnaise zen et nô (Antigone de Sophocle, Le Mahabharata, trente ans après Peter Brook). Pas de transposition à chaud façon Moïse et Pharaon (voir ici), mais une mise en parallèle entre l’allégeance prêtée aux Etats-Unis par l’empereur Hirohito en 1945 et l’abdication, pour sauver son pays, du roi de Crète au retour de la guerre de Troie. Au sol donc les humains - Troyens et Crétois réconciliés dansant leur joie -, hors-sol les figures du mythe, figées dans leur solitude tourmentée sur des miradors à roulettes en perpétuel mouvement. Une idée comme une autre, rappelant qu’en entretenant la tradition (ici celle du Nô) les Orientaux sont restés plus proches des dieux et des héros que les Occidentaux inventeurs du théâtre psychologique, une façon aussi de régler les problèmes dramaturgiques posés par l’opera seria et ses codes contraignants. Mais c’est oublier que justement dans Idomeneo, le jeune Mozart (vingt-cinq ans) dynamite lesdites contraintes et invente l’opera seria psychologique. Aggravée par l’allant de Raphaël Pichon et les textures aérées de son ensemble Pygmalion dans cet ouvrage auquel d’autres prêtent une certaine solennité, la dichotomie qui s’ensuit est plus comique que tragique, si ce n’est que l’on plaint les pauvres chanteurs : le bouillant et très attendu Michael Spyres lui-même (Idomeneo) s’en trouve étrangement refroidi et même hésitant, et les autres ne peinent pas moins à exister. En Ilia aux allures de Blanche-Neige dysneyenne Sabine Devieilhe est ce soir remplacée (au grand dam de ses fans) par la soprano ukrainienne Olga Kulchynska, tous étant de toute façon distancés par la battante Nicole Chevalier en Elettra déchaînée (au sol, elle). Le dernier mot revient au deus ex machina proclamant la paix retrouvée à travers la machine (perchée, comme il se doit) qui a diffusé le communiqué d’Hirohito annonçant la reddition du Japon. Fin des hostilités.
François Lafon
 
Théâtre de l’Archevêché, 22 juillet (Photo © Jean-Louis Fernandez/Festival d'Aix-en-Provence)
 
 

Idoménée
Michael Spyres (Idomemeo), Anna Bonitatibus (Idamante), Nicole Chevalier (Elettra), Olga Kulchynska (Ilia), Linard Vrielink (Arbace), Kresimir Spicer (Gran Sacerdote), Alexandros Stavrakakis (Voce di Nettuno)
Ensemble Pygmalion
Direction musicale : Raphaël Pichon
Mise en scène : Satoski Miyagi

mis en ligne le dimanche 24 juillet 2022

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