Mercredi 20 mars 2019
Pertinents mais péremptoires
Le Novus Quartet prend Berg et Schubert à bras-le-corps
Berg - Schubert

Romantisme noir, voire morbide, aveux cryptés : en réunissant la Suite lyrique d’Alban Berg et La Jeune fille et la Mort de Schubert, le Novus Quartet, ensemble coréen adoubé par quelques grands Occidentaux (Quatuors Hagen, Artemis, Belcea) revendique l’expressivité la plus exacerbée. Leurs précédents enregistrements (de Tchaikovski (ici) à un panaché Beethoven-Webern-Yun () ) les avaient montrés techniquement impeccables (superbe équilibre entre les pupitres) et dramatiquement engagés. On retrouve ici ces qualités, non moins évidentes, mais cela suffit-il à faire apparaître l’« opéra latent » (selon Theodor Adorno) que constitue cette Suite lyrique « tristanesque » (Wagner y est cité) évoquant l’amour adultère de Berg avec l’épouse d’un de ses amis à travers une symbolique des nombres structurante autant que compliquée, comme les aimait le compositeur de Lulu ? L’équilibre (trois mouvements de plus en plus rapides mêlés à trois autres, de plus en plus lents) y est plus évident qu’ailleurs, mais au détriment de la sensualité, d’autant plus torturée qu’elle est contrainte. Une obsession que Schubert exorcise dans sa Jeune fille et la Mort, jeu de tonalités symboliques (le funèbre ré mineur) autour d’un lied de jeunesse dans lequel la Mort dit à la Jeune fille : « Donne-moi la main, je suis ton amie ». Là encore, les Novus sont pertinents mais péremptoires, préférant le tranchant à la souplesse. 
François Lafon

Berg : Suite lyrique - Schubert : Quatuor n° 14 D. 810 "La Jeune fille et la Mort"
Novus Quartet
1 CD Aparté AP 188
1 h 15 min

mis en ligne le mardi 26 février 2019

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