Dimanche 22 septembre 2019
Oratorio
L’intensité tragique de la Passion selon Marc de Michael Levinas
La Passion selon Marc

Fasciné par la voix au point de la placer au centre de ses compositions, depuis ses premiers ouvrages lyriques avec La Conférence des oiseaux en 1985, puis une décennie plus tard Go-gol, jusqu’au récent Petit Prince d’après Saint-Exupéry (2014) – dont il confessait avoir reçu la musique : « comme une langue maternelle » –, l’insérant ou l’imitant dans ses pièces pour ensemble et bande magnétique (et / ou électronique), Michael Levinas a forgé sa propre esthétique, axée sur le timbre et l’acoustique – comme une phénoménologie du son. Une écriture que l’on retrouve dans La Passion selon Marc, sous-titrée Une Passion d’après Auschwitz, commande suisse créée et filmée par la RTS en l’église Saint-François de Lausanne, le 18 avril 2017. On aurait aimé que les œuvres théâtrales du compositeur (La Conférence, Go-gol, Les Nègres, La Métamorphose et Le Petit Prince) bénéficient elles aussi de l’image, mais il faut se contenter, pour l’instant (?), de cette Passion qui s’exprime sous la forme d’un oratorio. Dédiée à toutes les victimes de la Shoah, « à côté des millions et des millions d’humains de toutes confessions et de toutes nations, victimes de la même haine de l’autre homme, du même antisémitisme », la partition renoue avec la sublime méditation de La Conférence des oiseaux – les solistes Magali Léger et Marion Grange (sopranos), Guilhem Terrail (et sa tessiture de contre-ténor si prisée par le compositeur) et Mathieu Dubrocka (baryton) se mêlant harmonieusement à celles de l’Ensemble vocal de Lausanne (Kaddisch !). Une lamentation d’une intensité tragique portée par des voix magnifiques, à la fois chahutées par le froissement des vents (La trahison de Pierre) et auréolées du tintement obsessionnel des claviers (piano et célesta), tandis que les cordes manient le baume (Deuxième imploration) et la flagellation (La descente de croix). Contraste bienvenu des visages tourmentés et des plans larges, nimbés d’une lumière ocre tombée ce soir-là sur cette Passion.  
Franck Mallet

Levinas : La Passion selon Marc
Magali Léger et Marion Grange (sopranos), Guilhem Terrail (contre-ténor), Mathieu Dubrocka (baryton), Marie Hamard (mezzo-soprano), Tristan Blanchet (ténor), Simon Savoy (contre-ténor)
Orchestre de chambre et Ensemble vocal de Lausanne
Direction musicale : Marc Kissoczy
Réalisation : Jean-Marc Chevillard
1 DVD BelAir classiques BAC 152 (dist. Outhere)
1 h 27 min

mis en ligne le mercredi 31 juillet 2019

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