Mardi 19 novembre 2019
Le Joueur et les sortilèges
Jansons et Neuenfels imposent une glaçante Dame de Pique
La Dame de pique

Enfants en cage, silhouettes burlesques, héros en dompteur, Comtesse en meneuse de revue : considéré comme un des pères du Regietheater, Hans Neuenfels (74 ans) continue – même s’il a souvent été dépassé par ses émules – de secouer les habitudes opératiques, ainsi qu’en témoigne cette Dame de pique présentée au festival de Salzbourg 2018. Une audace qui ne manque pas de pertinence eu égard au sujet (l’ouvrage pourrait s’appeler "Le Joueur et les sortilèges"), mais qui conditionne l’écoute de la musique et jusqu’à son interprétation. Mariss Jansons, dont on a d’enthousiasmants témoignages dans la même œuvre avec des orchestres (Radio Bavaroise en CD BR Klassik, Concertgebouw d’Amsterdam en DVD Unitel) non moins superlatifs que le Philharmonique de Vienne qu’il dirige ici, ralentit cette fois le rythme, rigidifie les phrasés, impose un Tchaikovski grinçant, sorte d’annonciateur de Chostakovitch. C’est impressionnant, mais ne contribue pas à libérer les chanteurs du carcan de la mise en scène. Brandon Jovanovich - aigu facile et physique avantageux - s’en sort mieux en Hermann (le joueur) que ses bons mais peu mémorables partenaires masculins, et l’héroïne Lisa (Evgenia Muraveva), qui a pourtant de bien belles choses à chanter, est éclipsée (c’est souvent le cas) par la Comtesse détentrice des trois cartes maléfiques (clés de l’intrigue) incarnée comme il est de coutume par une star d’antan, cette fois Hanna Schwartz, dont la Fricka dans la Tétralogie par Boulez et Chéreau est restée dans l’Histoire. Si vous tenez à Jansons mais ne faites pas partie du cercle des admirateurs de Neuenfels, mieux vaudra donc en rester à la vidéo susnommée, en dépit de la mise en scène « psy » de Stefan Herheim.
François Lafon 

La Dame de pique
Brandon Jovanovich (Hermann), Evgenia Muraveva (Lisa), Hann Schwartz (la Comtesse), Vladislav Sulimsky (Tomski), Igor Golovatenko (Prince Yeletski), Oksana Volkova (Pauline), Stanislav Trofimov (Surin)
Choeurs de l'Opéra de Vienne, Orchestre Philharmonique de Vienne
Direction musicale : Mariss Jansons
Mise en scène : Hans Neuenfels
Réalisation : Tiziano Mancini
2 DVD Unitel 801 408
3 h 03 min

mis en ligne le jeudi 26 septembre 2019

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.