Vendredi 30 octobre 2020
Langueur et sautillement
Holborne, le gentleman d'Elizabeth, par L'Achéron
Anthony Holborne - The Fruit of Love

En écoutant ces pièces d’Anthony Holborne, mort en 1602, et qui portait le titre de « Gentleman and Servant to her most excellent Majesty » Elizabeth Ière, on songe immanquablement à son cadet, John Dowland, luthiste et mélancolique comme lui. Mais l’aîné s’intéresse plus à la danse qu’au chant, tire les pavanes et les gaillardes vers des mélodies plus subtiles ou plus denses, instaure parfois un dialogue délicat entre violes, d’une part, luth, cistre et virginal de l’autre. Qui plus est, il donne à certains morceaux des titres un peu exotiques qui conviennent bien à leur atmosphère (Muy Linda, Bona Speranza, The Choice, The Honey-Suckle…) et qui semblent confirmer, dixit l’excellent livret, les fréquentations du compositeur avec tous les artistes de son temps. Le jeune ensemble L'Achéron trouve là de quoi montrer ses talents : un son plein et rond dans les gaillardes, une manière fringante de jouer The Night Watch, qui ne déparerait pas un pub d’aujourd’hui, un côté infiniment languissant dans The Tears of Muses ou bien à la fois éthéré et charnel dans Hermoza. On pense alors à ce qu’écrira, Gérard de Nerval dans El Desdichado, deux siècles après Holborne : « Et j’ai, deux fois vainqueur, traversé l’Achéron, Modulant tout à tour sur la lyre d’Orphée Les soupirs de la sainte et les cris de la fée. »
Gérard Pangon

Pavanes, gaillardes et airs d’Anthony Holborne
L’Achéron
Direction musicale : François Joubert-Caillet
1 CD Ricercar Outhere RIC 339
1 h 09 min

mis en ligne le mercredi 19 mars 2014

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.