Mercredi 22 janvier 2020
Fil rouge
René Jacobs redonne ses chances à Leonore, le Fidelio originel
Leonore

A la suite d’Herbert Blomstedt (EMI -1976) et de John Eliot Gardiner (Archiv - 1996), René Jacobs s’attaque à Fidelio, pardon, à Leonore (le titre alimente toujours les discussions), première version (1805) du seul opéra de Beethoven, que celui-ci a remanié un an plus tard avant de donner en 1814 le Fidelio « définitif », chef-d’œuvre de maturité débarrassé de (presque) tout héritage post-baroque. C’est entre autres cet héritage qui l’a intéressé, comme il l’explique dans une interview de pochette aussi érudite qu’enthousiaste, et comme il le montre dans cette version de concert enregistrée en 2017 à la Philharmonie de Paris, avec un Freiburger Barockorchester et une Zürcher Sing-Akademie rompus à sa main, cela  dès l’Ouverture "Leonore II" (la moins aimée des trois), dont il fait ressortir la richesse musicale et la pertinence dramatique, tremplin de lancement d’un ouvrage qu’il juge plus homogène (glissement progressif du singspiel au mélodrame puis au tragique) que le Fidelio définitif (singspiel - grand opéra - oratorio final). En éclairant nombre de détails (trop, diront ses détracteurs) et, entre autres, au prix d’habiles aménagements des dialogues parlés, il trouve en effet – et c’est peut-être la plus grande qualité de son interprétation -  le fil rouge si bien caché (et souvent rompu ?) qui contribue à faire « des » Fidelio(s) un opéra à problèmes, spécialement pour les metteurs en scène. Comme à son habitude, il a choisi des chanteurs instrumentistes plutôt que bêtes de scène. Dans la version 1814, Marlis Petersen chanterait la petite Marzelline plutôt que l’indestructible Leonore, mais celle-ci peut ainsi assumer les fioritures plus tard supprimées qui relient son personnage aux grands travestis d’« avant ». De même en Florestan plus victime que meneur d’hommes, Maximilian Schmitt décevra les nostalgiques de Jon Vickers, et même Pizzaro devient moins méchant incarné par le plus scrupuleux que démoniaque Johannes Weisser. Au moins tous épousent-ils les options stylistiques du chef, ce qui n’était pas tout à fait le cas chez Gardiner. Discographie modifiée donc - ou plutôt enrichie -, ce qui n’empêchera pas les fans de la flamboyante Edda Moser de conserver la version Blomstedt. 
François Lafon 

Leonore
Marlis Petersen (Leonore), Maximilian Schmitt (Florestan), Joannes Weisser (Pizzaro), Dimitry Ivashchenko (Rocco), Robin Johannsen (Marzelline), Johannes Chum (Jaquino), Tareq Nazmi (Don Fernando)
Zürcher Sing-Akademie, Freiburger Barockorchester
Direction musicale : René Jacobs
Livre-disque de 2 CD Harmonia mundi HMM 9024 14.15
2 h 20 min

mis en ligne le lundi 16 décembre 2019

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.