Mardi 16 août 2022
Ethéré mais charnu
Maurice Bourbon poursuit son exploration de Josquin Desprez
Messes (La sol fa ré mi – Gaudeamus)

Josquin Desprez était-il un bon vivant ? On ne sait pas trop. Les maigres éléments que nous possédons sur son existence permettent juste de dire qu’il a beaucoup voyagé et qu’il a su être à l’écoute de toutes les tendances musicales de son époque. Son œuvre prouve toutefois qu’il a su introduire de la complexité, c’est-à-dire de la vie, dans les musiques issues du plain chant : fini l’étirement d’une même syllabe sur un grand nombre de notes, place à un lien étroit entre musique et texte, ce que le compositeur pousse parfois à l’extrême puisque le choix de « la sol fa ré mi » pour sa messe viendrait du « Lassa far a mi » que lui opposait Ascanio Sforza, son mécène de cardinal, lorsqu’il lui demandait un peu plus de sous. Qui plus est, il insiste, avec ce motif obstinément répété plus de 250 fois, comme un fond de litanie. Interpréter la musique sacrée de Josquin Desprez consiste à trouver un équilibre entre cet ancrage dans les réalités de la vie (tendance polyphonie) et les codes liés au caractère religieux (tendance psalmodie). Maurice Bourbon et ses ensembles vocaux, Metamorphoses et Biscantor !, ne négligent pas les envolées immatérielles, éthérées – comment pourraient-ils faire, d’ailleurs – mais privilégient le côté plein, charnu. Ils choisissent la vie plus que l’incantation, et ce Josquin-là a belle allure.
Gérard Pangon

Messes La sol fa ré mi – Gaudeamus
Metamorphoses, Biscantor !
Direction musicale : Maurice Bourbon
1 CD Ligia Lidi 0202238-12
1 h 05 min

mis en ligne le dimanche 13 mai 2012

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