Lundi 9 décembre 2019
Chorégies d’Orange
Une pomme pour une orange ?
Guillaume Tell

Le cent cinquantième anniversaire des Chorégies d’Orange fêté avec Guillaume Tell, ouvrage majeur du répertoire français et ultime opéra de Rossini – créé au Théâtre de l’Académie royale de musique de Paris, le 3 août 1829. Livret inspiré de la pièce de Schiller, traduite de l’allemand, adaptée et remaniée pour aboutir à un ouvrage de près de quatre heures, reçu sèchement, excepté par Berlioz qui le trouve « superbe, admirable, déchirant ! ». Le monégasque Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo depuis douze ans, ainsi que des Chorégies depuis 2016, réalise sa seconde mise en scène au Théâtre antique à la suite d’un Mefistofele de Boito, l’an passé. En réalité, c’est l’adaptation de sa propre production monégasque de 2015, avec une partie de la distribution, dont le rôle titre, confié de nouveau à Nicola Alaimo – qui le reprendra également à Lyon, mais dans une nouvelle production, dans trois mois ! –, Annick Massis (Mathilde), Celso Albelo (Melcthal) et Nicolas Cavallier (Furst), sans oublier l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo… Pour ce chef-d’œuvre du romantisme, nul décor, mais de simples projections sur la muraille : forêts et palais du tyran et oppresseur Gessler, avec les inévitables étendards autrichiens. C’est un peu chiche à l’image, et pour la féerie inhérente au drame on reste sur sa faim : mais à Orange, sans cintres, « on » fait avec le passé historique du lieu. Sur scène, costumes « d’époque » finement réalisés par François Raybaud et ballets d’une grande élégance chorégraphiés par Eugénie Andrin. Mouvements de foules – et il y en a ! – réglés avec goût et, seule réelle bonne surprise, l’arrivée de l’envahisseur autrichien dans un sous-marin de carton-pâte digne de Méliès. Côté chanteurs, avec ces récitatifs dramatiques, ses chœurs imposants et sa suite de « morceaux de bravoure », l’ouvrage dépasse la forme classique du bel canto et réclame des interprètes de haut niveau. Nicola Alaimo assure toujours autant dans un rôle rossinien qu’il connaît à la perfection ; Nora Gubisch, dans celui d’Hedwige, n’est pas toujours à l’aise pour projeter sa voix dans l’immensité du Théâtre, tout comme Annick Massis, malgré l’intensité sublime de son premier air, « J’ai cru le reconnaître », dès son entrée, à l’acte II, face à Philippe Do, en Rodolphe. La belle surprise vient des rôles plus modestes, en particulier Cyrille Dubois, épatant Ruodi, le pêcheur, ténor d’une diction impeccable et à la générosité vocale communicative, et Jodie Devos, dont les récentes interprétations d’Yniold (Pelléas) et de L’Enfant (L’Enfant et les sortilèges) l’ont certainement aguerrie pour celui de Jemmy, au soprano vif et clair. Direction enlevée du chef Gianluca Capuno à la tête d’un orchestre multicarte, sachant néanmoins faire resplendir les couleurs rossiniennes, pour une soirée marquante.                 
Franck Mallet

12 juillet, Chorégies d’Orange (Photo : Nicola Alamo (Guillaume Tell) et Jodie Devos (Jemmy) © C.Grommelle)

Guillaume Tell
Nicola Alaimo (Guillaume Tell), Nora Gubisch (Hedwige), Josie Devos (Jemmy), Celso Albelo (Arnold), Philippe Kahn (Melchtal), Nicolas Cavallier (Walter Furst), Nicolas Courjal (Gesler), Annick Massis (Mathilde), Philippe Do (Rodolphe), Julien Véronèse (Leuthold), Cyrille Dubois (Ruodi)
Ballet de l'Opéra Grand Avigon, Chœur des Opéras de Toulouse et de Monte-Carlo, Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
Direction musicale : Gianluca Capuano
Mise en scène : Jean-Louis Grinda

mis en ligne le dimanche 14 juillet 2019

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