Mardi 18 septembre 2018
A nul autre pareil
Jonas Kaufmann étonne et convainc en Otello
Otello

Solitude des artistes hors-norme : pas plus que Maria Callas, Jonas Kaufmann n’est un chanteur à imiter. De l’Otello de Verdi - qu'il chantait pour la première fois dans ce spectacle filmé au Covent Garden de Londres -, il a naturellement le timbre barytonant et la personnalité torturée. Mais quid de la carrure surhumaine du personnage, de l’instinct brut affleurant sous le vernis de civilisation, qu’un Jon Vickers excellait à exprimer ? De celui-ci, il retient le sens de la nuance, la progression dans la folie. Mais cet Otello jeune, fragile presque, passé à la terracotta plutôt qu’au brou de noix et évoluant dans une sorte de monde parallèle, n’est qu’à lui. Si le metteur en scène Keith Warner n’est pas pour rien dans cette étonnante recréation, que n’a-t-il exercé son imagination sur le reste du spectacle, lequel n’est que fonctionnel ? Et si le gros plan ne nuit pas à Kaufmann (il le sert même, le public du Covent Garden l'avait jugé "en-dessous"), il est plus féroce pour Maria Agresta - belle voix mais un peu matrone en Desdémone – et pour Marco Vratogna, traître de mélodrame ne cherchant qu’à montrer qu’il est très méchant. Antonio Pappano fait sonner glorieusement l’orchestre et les chœurs maison, mais se révèle à son meilleur dans le plus intimiste dernier acte. 
François Lafon

Otello
Jonas Kaufmann (Otello), Maria Agresta (Desdemona), Marco Vratogna (Iago), Frédéric Antoun (Cassio), Kai Rüütel (Emilia), In Sung Sim (Lodovico)
Choeurs et Orchestre du Royal Opera House, Covent Garden
Direction musicale : Antonio Pappano
Mise en scène : Keith Warner
Réalisation : Jonathan Haswell
2 DVD Sony 889854491959
2 h 40 min

mis en ligne le dimanche 9 septembre 2018

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