Mardi 15 octobre 2019
Wagner sous respiration artificielle
Sebastian Weigle soutient comme il peut une distribution inégale
 
Le même, pas pareil
Le souffle et la passion
Birgit Nilsson et Karl Böhm en direct de Bayreuth
Siegfried

Proposer d’écouter Wagner sans images est toujours un pari difficile, la première scène de Siegfried en est l’exemple même : cette longue conversation entre Mime, qui s’efforce de prouver à Siegfried qu’il est un brave type, lequel Siegfried se demande pourquoi Mime a une tête qui ne lui revient pas, peut s’avérer d’un ennui mortel. Certes, le wagnéromaniaque est de toute façon en transe parce que les leitmotivs musicaux de la Tétralogie défilent tous ou presque, mais quand même : il faut du tonus dans l’interprétation pour que ça passe. Avec sa voix claire et alerte, Lance Ryan, le futur Siegfried de Bayreuth pour le Ring du bicentenaire l’an prochain, rend bien le côté naïf et fier-à-bras du personnage, tandis que Peter Marsh compose un Mime suffisamment retors et machiavélique pour que ce face-à-face soit convaincant. Et comme le chef, Sebastian Weigle, a, pour sa part, choisi la musicalité et la couleur plus que la dramatisation, ça marche tout seul. Seulement si on ne joue pas sur la tension, il faut compter sur les chanteurs pour éviter que l'émotion se dilue et donner du souffle aux scènes les plus fortes. Or du souffle, ils n’en ont pas toujours. Que les murmures de la forêt fassent penser à Blanche-Neige, pourquoi pas. Que la mort de Fafner le dragon ressemble à l’agonie d’un ver de terre sous le talon d’un gamin insouciant, c’est déjà plus étrange. Mais que la rencontre Siegfried-Brünnhilde soit aussi plate, ça frise la correctionnelle. Réveillée par un heldentenor exténué, la Walkyrie n’a pas l’air ravie de revenir à la vie et donne l’impression qu’en éteignant le feu qui l’entoure, Siegfried a aussi éteint sa voix. Imaginez alors le sublime dialogue passionné qui clôt l’opéra : ni intimiste, ni brûlant (évidemment !), mais insignifiant.
Gérard Pangon

Siegfried
Lance Ryan (Siegfried), Susan Bullock (Brünnhilde), Peter Marsh (Mime), Terje Stensvold (Der Wanderer), Jochen Schmeckenbecher (Alberich), Magnus Baldvinsson (Fafner), Meredith Arwady (Erda), Kateryna Kasper (la voix de l’oiseau)
Orchestre de l’Opéra de Francfort et Museumorchester
Direction musicale : Sebastian Weigle
4 CD Oehms Classics OC937
4 h

mis en ligne le dimanche 16 septembre 2012

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