Vendredi 18 octobre 2019
Une représentation qui hésite entre farce et sérieux
L'ultime et ambigu opéra de Haendel sur la scène d'Amsterdam - DVD
Deidamia

1740 : année charnière pour Haendel. Ses premiers oratorios, Saül et Israël en Egypte ont les faveurs d’un public londonien lassé des opéras à l’italienne. Et si Haendel persiste dans cette veine épuisée, c’est sans conviction. Tout commence avec le livret, qui fait de Deidamia l’héroïne titre quand l’intrigue est toute consacrée à Achille et son retour en Grèce. Service minimum côté voix : un grand air par personnage (sauf Deidamia), des sextuors finaux sommaires. La partie orchestrale désoriente… pour un opéra, Haendel a la tête dans ses oratorios, et sa sobriété quelque peu mécanique, bien qu’élégante, verse dans le répétitif. La mise en scène (Paul Steinberg) parie sur un esthétisme abstrait accentué par les lumières rasantes et les ombres chinoises, animé par des personnages et des danses façon Jean-Paul Goude. On y sourit et on y gesticule beaucoup, de façon là aussi répétitive, et sans raison, car cet opéra italien est  résolument seria. Le Concerto Köln a un rôle ingrat : accentuer les effets pour plaire ou livrer l’œuvre telle qu’elle est ? Il choisit la deuxième solution, ce qui est tout à son honneur. C’est le quatuor de femmes qui fait le sel de la représentation. Sally Matthews (Deidamia) a la voix claire, juste et agile, et Veronica Cangemi (Nerea) lui rend la pareille – la complicité entre les deux est jubilatoire. L’abattage de Sylvia Tro Santafé (Ulysse) ne peut s’exprimer que dans un Quel Belta non amo (acte II) étourdissant, on en redemanderait. Si Olga Pasichnik fait un Achille travesti en retrait par rapport à ses commères, c’est qu’elle se trouve dans la même posture délicate que l’orchestre : surjouer pour le fun, ou rester crédible ? C’est tout le défaut de cette représentation, ne jamais choisir son camp, partagé entre le pastiche à l'italienne sur scène et l’oratorio dans la fosse.
Albéric Lagier

Deidamia HWV 42
Sally Matthews (Deidamia), Sylvia Tro Santafé (Ulysse), Veronica Cangemi (Nerea), Olga Pasichnik (Achille), Umberto Chiummo (Licomede), Andrew Foster-William (Fenice)
Concerto Köln
Direction musicale : Ivor Bolton
Mise en scène : David Allen
Réalisation : Joost Honselaar
1 DVD Opus Arte OA1088D
2 h 59 min

mis en ligne le samedi 9 mars 2013

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