Mardi 15 octobre 2019
Une Phèdre début de siècle
L’opéra de Pizzetti ressuscité à Montpellier
Fedra

Au début du XXème siècle, l’Italie a, elle aussi, ses musiciens intellectuels. Comme Malipiero ou Zandonai, Ildebrando Pizzetti est de ceux-là. Dès son premier opéra, cette Fedra qui connaît ici sa première intégrale sur disque, le compositeur affirme son style : il a beaucoup écouté Wagner, Strauss et Debussy (Pelléas et Mélisande), mais il reste attaché à un lyrisme très latin, et il cherche surtout à renouer avec un âge d’or de la musique italienne qui remonte à Monteverdi. C’est dans l’air du temps, et le ralliement de Pizzetti au fascisme ira bien dans ce sens. Tout cela donne un curieux mélange. On a l’impression que le musicien pousse une série de portes sans oser les franchir. De cet arioso permanent ponctué de grands éclats vocaux et soutenu par un orchestre aux timbres recherchés résulte une monotonie tenace, comme si la musique cherchait à étouffer l’action. Le livret, signé par Gabriele D’Annunzio (un autre admirateur de Mussolini) d’après Euripide et Sénèque (mais pas Racine), n’est pourtant pas avare de « scènes à faire ». Si cette Phèdre lyrique n’a pas totalement disparu, c’est parce que le rôle titre a tenté quelques divas. Cela a été, par exemple, une des « créations contemporaines » de Régine Crespin. Au festival de Montpellier, où l’on aime bien les raretés, le plateau est solide, mais sans éclat. L’écoute de ce double album, enregistré live en juillet 2008, n’en exige que davantage d’effort.
François Lafon

Hasmik Papian (Fedra), Gustavo Porta (Ippolito), Chang Han Lim (Teseo)
Choeur de la Radio Lettone, Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon
Direction musicale : Enrique Mazzola
2 CD Accord 4803437
2 h 06 min

mis en ligne le vendredi 27 août 2010

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