Mardi 15 octobre 2019
Un chef d’œuvre tragico-déjanté
Provenzale pesamment restauré et exécuté par A. de Marchi
La Stellidaura Vendicante

Il ne reste pas grand chose de la partition de La Stellidaura Vendicante (La revanche de Stellidaura) : les parties vocales et la basse continue. On sait, par contre, que l'opéra a été commandité par Giulia De Caro, célèbre à la Cour espagnole de Naples comme comédienne et cantatrice, élégamment surnommée la princesse des bordels, mais de luxe : elle comptait parmi ses amants le Vice-Roi de Naples et son beau-frère. Francesco Provenzale était tout aussi populaire et prolifique, dans le seul genre de la composition d’opéra toutefois. Sa Stellidaura Vendicante est une étoile singulière, à mi-chemin entre Cavalli et Scarlatti, annonciatrice d’un mélange unique, légèrement teinté d’ibérismes, de Partenope (Haendel) et de La Serva Padrona (Pergolèse). Le livret d’Andrea Perrucci, le Métastase de l’époque, allie héroïsme et Commedia dell’Arte, dans un langage savoureux mêlant italien et calabrais. C’est dire si la matière est riche. Méandreuse au premier abord, l’intrigue est en fait celle d'une Fanciulla del West avant l’heure : le méchant Orismondo aime Stellidaura-la-pétroleuse, le bon Armidoro aussi, et tout se termine bien : Stellidaura et Armidoro pourront s'aimer sans trouble, car Orismondo s’est calmé entre l’ouverture et le finale. La restauration musicale d’Alessandro de Marchi laisse deviner une œuvre majeure du baroque napolitain « précoce ». Hélas, l'exécution est sans verve, et côté voix, c’est la débandade. Sous l’incessant vibrato de Jennifer Rivera, Stellidaura est lourdingue et poitrinante. A part Carlo Allemano qui incarne un bel Orismondo plein de hargne, les autres rôles mâles peinent à convaincre. L’ensemble manque de cohérence et le chef d’œuvre tragico-déjanté attendu est réduit à un état tragiquement pesant. On attendra donc une meilleure cuvée.
Albéric Lagier

La Stellidaura Vendicante
Jennifer Rivera (Stellidaura), Adrian Strooper (Armidoro), Carlo Vincenzo Allemano (Orismondo), Enzo Capuano (Giampetro), Hagen Matzeit (Armillo)
Academia Montis Regalis
Direction musicale : Alessandro de Marchi
2 CD Deutsche Harmonia Mundi
2 h 45 min

mis en ligne le samedi 12 juillet 2014

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