Dimanche 26 mai 2019
Son Chopin est le nôtre
Des trésors de Gulda qu’on a failli ne pas connaître
Préludes, Ballades, Barcarolle....

Comme Thomas Bernhard, Friedrich Gulda détestait son Autriche natale. Comme lui, il maniait la provocation : on l’attendait dans Mozart, il ne jurait que par le jazz ; on le voulait dans Beethoven, il se lançait dans Bach au clavecin. Et quand il jouait Mozart et Beethoven, il avait assez de génie pour en imposer des interprétations à rebrousse-poil. Sa discographie est chaotique, mais il avait une manie salutaire : il enregistrait tous ses concerts. C’est ainsi que Deutsche Grammophon a sorti ces dernières années deux somptueux albums de Sonates de Mozart captées sur … un piano d’hôtel. Pour l’année Chopin, son fils Paul, pianiste lui aussi, a rouvert le coffre aux trésors : les 24 Préludes, enregistrés en 1955, mais lors de deux concerts (Zürich et Gratz) et sur deux instruments différents, le 1er Concerto en studio avec Adrian Boult dirigeant l’orchestration de Balakirev (à l’époque, on ne faisait pas confiance à Chopin orchestrateur), les 4 Ballades jouées d’une seule coulée à Trieste, la Barcarolle immortalisée à Buenos Aires, le Nocturne op. 62 n°1 capté des années plus tard, en 1986 à Munich. Attention aux prises de son : les Ballades ont l’air d’être jouées sur un piano droit, et la Barcarolle dans une baraque de tôle. Mais que cela ne vous arrête pas, car le Chopin de Gulda est un cadeau dont on aurait tort de se priver. Les Préludes sont miraculeux de rigueur et de liberté mêlées ; les Ballades vont un train d’enfer et sont pourtant chantantes comme jamais ; le deuxième mouvement du Concerto est un modèle de legato expressif. En fin de programme, Paul Gulda a assemblé des morceaux choisis (il y avait des poèmes, qu’il a coupés) d’Epitaphe pour un amour, une suite chopino-jazzo-guldienne comme son père les aimait, pensant que cela éclairerait la façon dont celui-ci jouait le « vrai » Chopin. Il a eu raison : une fois les deux CD terminées, on remet le premier au début.
François Lafon

24 Préludes ; Concerto n° 1 ; 4 Ballades, Barcarolle, Nocturnes op. 48, n° 1, op. 15 n° 2, op. 62 n°1 ; Valse en mi mineur op. posth. – Chopin/Gulda : Epitaphe pour un amour
Friedrich Gulda (piano)
Orchestre Philharmonique de Londres
Direction musicale : Adrian Boult
2 CD Deutsche Grammophon 477 8724
2 h 30 min

mis en ligne le vendredi 5 mars 2010

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