Dimanche 2 octobre 2022
Rossini Opera Festival - 2
Dans Rossini, Stan Laurel s’enhardit
La Gazzetta

Destinée au Teatro de Fiorentini de Naples, La Gazzetta fut un échec à sa création (26 septembre 1816), contrairement au Barbier de Séville et Otello apparus la même année. Cet opéra bouffe en 2 actes mérite néanmoins plus de considération qu’un simple commentaire qui voudrait qu’il fût bâclé après la première romaine du Barbier et l’incendie du Teatro San Carlo de Naples, en février 1816… Son Ouverture brillante nous est familière… puisque Rossini la remploie intégralement un mois plus tard pour La Cenerentola ! Sur un livret de Giuseppe Palomba inspiré de la pièce Il matrimonio per concorso de Goldoni (1763), le rythme plutôt vif de l’ouvrage est hélas en partie ralenti par de longs récitatifs. Mais Pesaro s’est fait un point d’honneur de le réhabiliter à partir de 2001, grâce à une nouvelle édition critique menée par la Fondation Rossini et l’éditeur Ricordi, et une mise en scène signée Dario Fo.
L’action se situe à Paris et brocarde une société pervertie par la presse. Installés dans une auberge – ici un hôtel chic des années 1950 –, Don Pomponio et Anselmo veulent marier leurs filles Lisetta et Doralice avec de riches partis, quitte pour Pomponio à passer une petite annonce dans une gazette. Quiproquos, amours contrariées et travestissement : la recette rossinienne est connue, d’autant plus que la musique provient d’ouvrages antérieurs comme La pietra del paragone (1812), Torvaldo e Dorliska (1815) ainsi que d’Il Turco in Italia (1814). Le metteur en scène Marco Carniti reprend son spectacle épuré et flashy de 2015, avec ce tour de force d’avoir introduit le personnage muet de Tommasino, valet de Pomponio et digne héritier de la commedia dell’arte – qui, avec son jeu précipité et comique, dynamise la scène. Une réussite troublante d’autant que le rôle a été confié au comédien Ernesto Lama aux traits proches de ceux de Stan Laurel ! Comme souvent à Pesaro, la distribution est irréprochable autour de la figure centrale de Pomponio, la basse napolitaine Carlo Lepore qui sait comme nul autre magnifier l’esprit bouffe. La plupart des airs nous sont connus (et pour cause !), et c’est un régal d’y apprécier les sopranos Martinianna Antonie (Doralice) et Maria Grazia Schiavo (Lisetta) – cette dernière pour la première fois à Pesaro – ainsi que Giorgio Caoduro (Filippo), grimé en riche Oriental et désopilant avec son refrain à l’adresse de Pomponio « Bon di te Pater, Ve salutingh ».
Rossinien aguerri, le chef Carlo Rizzi, qui dirige l’Orchestre sinfonica G. Rossini et le Chœur du Teatro della Fortuna, a eu la bonne idée d’introduire au 1er acte, entre la Cavatine de Lisetta et l’Aria de Doralice, le Quintette « Già nel capo un giramento » mystérieusement écarté dans l’édition de 1864, sous prétexte qu’il n’était pas de la main du compositeur. Retrouvé à Palerme en 2011, le manuscrit authentifié ne figurait jusqu’alors dans aucune édition… et sa musique, d’une finesse mozartienne et d’un entrain caractéristique, ne découle d’aucune autre partition du compositeur. Une belle découverte… et un pied de nez à ce mal-aimé du répertoire.
       
Franck Mallet

Photo, de gauche à droite : Martiniana Antonie (Doralice) Ernesto Lama (Tommasino), Carlo Lepore (Don Pomponio) Maria Grazia Schiavo (Lisetta) et Andrea Nino (Madama la Rosa)
• Pesaro 10 août 2022
• Prochaines représentations les samedi 13, lundi 15 et jeudi 18 août (20h)
• Exposition « Renata Tebaldi, ritratto di una diva » jusqu’au 18 septembre au Musée Rossini

Rossini : La Gazzetta
Carlo Lepore (Don Pomponio), Maria Grazia Schiavo (Lisetta), Filippo (Giorgio Caoduro), Martiniana Antonie (Doralice), Ernesto Lama (Tommasino), Alejandro Balinas (Anselmo), Pietro Adaini (Alberto), Andrea Nino (Madama la Rose), Pablo Galvez (Monsu Traversen)
Coro del Teatro della Fortuna, Orchestra sinfonica G. Rossini
Direction musicale : Carlo Rizzi
Mise en scène : Marco Carniti

mis en ligne le vendredi 12 août 2022

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