Mardi 19 mars 2019
Le soleil noir de la mélancolie
Thomas Dunford et ses complices tirent des larmes avec John Dowland
Lachrimae

A l’époque de John Dowland, la nostalgie est toujours ce qu’elle était. Juste avant la naissance du compositeur, elle semble même s’affirmer encore un peu plus, avec Dürer d’abord et son énigmatique et ténébreuse gravure Melencolia I, puis Cranach et sa Melancholia, toile troublante et colorée de 1532. Mais la meilleure définition de la musique mélancolique à la Dowland, on la trouve étrangement – et involontairement - quelques siècles plus tard chez Gérard de Nerval : « Et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie. » L’atmosphère suggérée par le poète français est exactement celle des Ayres du musicien anglais. Un luth, des étoiles comme des éclats dans la mélodie, et cet extraordinaire oxymore soleil noir, qui se traduit chez Dowland par une joyeuse morosité. Chaque danse, chaque gaillarde, chaque chant reflète cette dualité et crée ainsi un climat envoûtant fait d’élans et de retenues, d’ardeur et de pudeur. Le langage harmonique de Dowland est rendu ici avec de magnifiques couleurs, chaque air est un petit bijou ciselé par des voix parfaitement en place, et le pari de l’alternance pièces pour luth/pièces chantées, avec parfois les deux versions d’un même song, est totalement réussi.
Gérard Pangon

Præludium, Come again, Fortune, I saw my Lady weepe, Flow my tears, Semper Dowlang, semper dolens, Sorrow stay, Mellancoly Galliard, Can she excuse, A dream, Go cristall tears, Lachrimæ, Frog Galliard, Now, o now
Thomas Dunford (luth), Ruby Hughes (soprano), Reinoud van Mechelen (ténor), Paul Agnew (ténor), Alain Buet (basse)
1 CD Alpha Outhere Alpha 187
1 h

mis en ligne le mardi 21 mai 2013

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